Une volonté manifeste du chef de l'Etat de renouveler et de rajeunir l'élite politique du pays, menacée de sclérose.
LE Conseil des ministres, mardi 12 novembre, a été marqué, entre autres, au plan politique national, par l'annonce dans le communiqué final lu par le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Porte-Parole du gouvernement, René Ndémezo Obiang, de la décision prise par le chef de'l'Etat, M. Omar Bongo, de freiner à partir des prochaines élections locales le cumul des fonctions politiques dans le pays.
Celui-ci a notamment enjoint le gouvernement de s'atteler sans tarder à la rédaction de projets de lois visant à mettre définitivement un terme au cumul des fonctions politiques, et le Communiqué de ce Conseil des ministres précise même que les fonctions de maire, de maire adjoint, de président ou de vice-président de conseil départemental seront désormais incompatibles avec les fonctions de membres du gouvernement, de même qu'avec le mandat de député ou de sénateur.
Si cette décision n'est pas en soi une révolution de la pratique politique observée depuis toujours dans le pays, avec la présence au devant de la scène politique des mêmes personnalités politiques qui occupent presque toutes les fonctions résultant des mandats électifs nationaux ou locaux, elle porte en elle, au fond l'idée d'opérer une transformation de l'appareil politique du pays.
Ce n'est pas la première fois qu'au sommet de l'Etat s'exprime ce souci. Il y a un an environ en effet, le président de la République de retour d'un voyage à l'étranger, avait émis cette opinion au cours d'une brève interview accordée aux journalistes, et fait valoir qu'il était devenu indispensable de mettre fin au cumul des onctions électives. Et qu'il n'était plus question, pour commencer, au 'un détenteur d'un mandat national veuille encore détenir également un mandat local.
Ces paroles du président de la République, alors qu'on s'attendait à les voir reprises par le gouvernement, afin de les matérialiser dans le domaine. de la réalité concrète, étaient en apparence restées sans lendemain. Mais c'était compter sans la détermination du président. Cette fois-ci, il est encore revenu solennellement sur cette idée qui lui tient à cœur, à l'occasion de ce conseil des ministres et, le moment choisi, c'est-à-dire moins d'un mois avant les élections pour le renouvellement des Conseils départementaux et municipaux, n'a rien de fortuit. Il prouve bien crue cette décision doit s'appliquer a partir de cette échéance électorale.
Alors que les-états-majors des partis politiques de la majorité et de l'opposition ont pratiquement arrêté leurs stratégies et les hommes qui défendront leurs couleurs respectives durant cette élection de listes, cette décision est une invite qui leur est lancée pour procéder à un remodelage complet des positions déjà arrêtées.
Sans que l'on sache, a priori, comment vont réagir ces partis qui n'auront pas d'autre choix que de s'y conformer, au risque d'être rattrapés par la loi qui en sortira, et même s'il faut encore attendre de connaître dans le détail le contenu de ces projets de lois, le moins qu'on puisse dire est que cette volonté politique qui s'est exprimée au sommet de l'appareil d'Etat, a suscité l'approbation de l'opinion nationale.
Abondant dans le même sens que la philosophie qui sous-tend cette décision, tout le monde est persuadé que cette décision ouvre des perspectives intéressantes pour l'avenir politique du pays. Mis à part le renouvellement de la classe politique qu'elle vise en toile de fond, on attend à travers cette décision que commence réellement le rajeunissement tant annoncé de l'élite politique avec une meilleure place faite aux jeunes compétences des deux sexes, déjà pétries de grandes valeurs nationales, de probité morale et d'éthique, capables de montrer patte blanche et pas forcément cooptés par certains "doyens" politiques en perte de vitesse ou compromis par les affaires.
Par ailleurs, cette décision est d'autant plus la bienvenue qu'elle est le gage de plus de démocratie de proximité, car si tant est que les plus anciens doivent se dessaisir des mandats locaux, c'est qu'ils auront compris que les populations ont hâte de se faire représenter dorénavant par des élus qui vivent au quotidien les difficultés qui les assaillent, et non plus par des parachutés sans attaches sociales et culturelles avec les gens du cru.
Voilà qui va donc remettre en cause les ambitions qui se sont déjà manifestées dans la course aux mairies de Libreville et Port-Gentil notamment, convoitées par des "has been" déjà détenteurs de mandats nationaux. Enfin, reste à savoir si cette décision de non-cumul peut, seule permettre de raviver la classe politique, au moment où les perspectives économiques du pays sont sombres.