LES états-majors des partis politiques, conscients de ce que les élections locales dessinent la réelle carte politique du pays, échafaudent tactiques et stratèges.
Au sein des principales forces politiques du pays, notamment le Parti démocratique gabonais (PDG) et le Rassemblement national des bûcherons, tendance Paul Mba Abessole, les esquisses de listes de candidatures ont laissé apparaître la réelle ambition des dirigeants de ces deux formations de se lancer dans là bataille en adoptant quasiment la même démarche au niveau de la désignation de leurs candidats au prochain scrutin.
A quelques exceptions près, les têtes de listes probables de ces deux partis politiques sont tout naturellement ceux qui avaient brigué les suffrages des électeurs dans ces mêmes circonscriptions électorales en décembre 2001. Et ceux qui ont toujours été présents dans la vie politique locale, voire nationale.
Dans la démarche stratégique arrêtée au sein de l'ex-parti unique, majoritaire au Parlement, on note à Libreville et quelque peu dans l'arrière-pays, que les personnalités qui devront conduire les listes disposent déjà, pour la plupart, d'un mandat électif, en leur qualité d'élu au Parlement.
De même, on note que d'autres, notamment du côté du PDG, font partie de l'équipe gouvernementale en place. De façon quasi générale, ils paraissent par conséquent sur l'échiquier local , voire national, comme des acteurs de premier plan, faisant partie des "principaux leaders politiques" de leurs contrées ou fiefs respectifs. Avec ce que cela confère comme "pouvoirs".
Même si de manière officielle au sein du parti au pouvoir on argue, comme au RNB-Paul Abessole,.que le fait de conduire une liste ne confère pas automatiquement le droit d'être désigné maire d'une ville. Cet argument confirme tout autant celui selon lequel le choix porté sur ces militants ou hauts cadres; participe réellement de la seule volonté de ratisser large et de matérialiser sur le terrain les acquis des dernières élections législatives, mais également l'aura de ces personnalités.
En revanche, au regard de la présence permanente et de l'implication de ces mêmes personnalités et acteurs politiques dans toutes les élections politiques de ces dix dernières années, le risque est grand que cette participation régulièrement observée conforte les positions de ces derniers et se manifeste par la réelle tentation d'un cumul qui ne dit bas son nom. Surtout dans un environnement géopolitique où règne une véritable caste de compradores".
Car, au-delà de l'argument fort habile mais peu convaincant des chefs de ces deux partis politiques autour de la non désignation de ces derniers à la tête des Conseils municipaux, ces hommes et femmes poli tiques exerceront quoi qu'on en dise un cumul de fait.
Ils ne seront certes pas à la tête des différents conseils municipaux, mais en terme de légitimité, ces personnalités issues pour la plupart de la classe d'hommes politiques "des quinquagénaires" et donc pas forcément des "caciques", pourront se prévaloir d'avoir suscite l'adhésion autour de leurs listes. Donc être les principaux bénéficiaires et les maîtres du jeu politique dans ces localités. Au point qu'il n'est pas exclu qu'ils s'enferment dans ce cumul de fait en se présentant dans ces localités, s'ils ne le sont déjà pour certains; comme de véritables "potentats".
Si cette logique s'impose, il n'est pas non plus impossible que se pose au niveau de ces circonscriptions et autres communes le problème de l'émergence d'une nouvelle élite politique. D'autant que la présence régulière de cette casse de "quinqua" aujourd'hui assez nombreux au Parlement, dans les instances dirigeantes de ces deux formations politiques et au sein de l'administration générale, peut entraîner du côté des quadragénaires et autres franges de la classe politique une sorte de repli sur soi. Découragement qui peut se manifester far la tentation de se mettre en réserve de la chose politique. Parce que réduits des années durant à jouer les seconds rôles, ils peuvent être gagnés par la tentation de la défection ou du vagabondage politique.
On ne devrait donc pas être surpris dans plusieurs localités du pays de voir des hauts cadres de l'administration et du secteur privé, disposant d'une véritable légitimité dans leurs contrées pour s'y être investis sérieusement pendant plusieurs années, refuser de s'impliquer dans le jeu politique, au motif qu'ils ne doivent rien aux élites restées en place des années durant.
Résolus à faire cavalier seul, ils seront impossibles à maîtriser, donc apparaîtront comme la nouvelle classe d'indépendants dont le Parlement aura certainement besoin.