C'EST un secret de polichinelle. Communautés Mpongwé et Fang originaires de l'Estuaire sont engagées dans une guéguerre feutrée pour l'instant pour la conquête de la mairie de Libreville qu occupe encore le père Paul Mba Abessole. Et depuis lors le sujet alimente la chronique dans ces différents groupes ethniques et même au-delà de cette province qui, à l'analyse, ne se singularise pas dans le pays en raison de l'extension de ces mêmes réflexes identitaires à d'autres provinces du pays.
Pour peu que l'on se penche réellement sur cette approche politico-ethnique que traduit la revendication posée aussi bien par des populations de ces deux groupes ethniques, ce réflexe, à rebours des principes qui sous-tendent l'ère démocratique actuelle, se vit tout autant à Port-Gentil entre Orungu et Nkomi, à Franceville entre Ndoumou et les autres ethnies (Obamba, Teké, Bahoumbou, etc.), à Mouila, Ndendé entre Punu originaires et allogènes, à Makokou entre Kota et Fang, etc., pour le contrôle de mairies et même au-delà. Quelles en sont les causes profondes ? Les exigences actuelles ne peuvent-elles pas avoir une influence négative sur la cohésion entre ces communautés et l'unité nationale ?
Toujours est-il que dans la principale ville du pays et même ailleurs, où cette revendication semble galvaniser les potentiels ou supposés candidats au fauteuil de maire, les repérés socio-historiques ont largement conforté cette perception des choses, qui selon toute vraisemblance, est assez restrictive et risque à bien des égards de susciter une sorte de dérive politico-ethnique aux conséquences graves pour notre jeune Nation.
ÉQUILIBRES
Il faut reconnaître qu'en s'inscrivant dans une logique politique et dans le mode de fonctionnement des institutions qui a marqué les trois dernières décennies dans notre pays, cette approche trouve également son origine dans le fait géopolitique. Celui-ci, comme on le voit, s'est imposé puisqu'il aura de tout temps guidé la démarche, et les choix politiques des plus hautes autorités gabonaises. Et influencé, au bout du compte, les comportements de nombre de filles et fils au sein des diverses populations inscrites dans cette logique.
L octroi des postes de responsabilité, le choix des cadres ont été souvent fait dans la recherche permanente d'une représentativité poli tico-ethnique, du maintien des équilibres socio-politiques. Plus largement encore, la quête permanente du renforcement de la cohésion sociale et de l'unité nationale, a toujours constitué le fondement de cette approche participative et représentative.
A l'inverse, la configuration sociologique pluri-ethnique observée dans la capitale du Gabon comme dans les autres localités où ce phénomène politico-ethnique s'illustre de plus en plus, celle-ci tranche résolument avec le fait dominant que tente d'imposer une communauté sur une autre. Car, au-delà des ambitions affichées par les différents représentants de celles-ci, aucune d'entre-elles ne eut sérieusement prétendre hisser sans appui des autres un de ses membres sur le siège convoité.
Démographiquement, aussi bien chez les Mpongwé que chez les Fang, le constat qui s'impose est révélateur à lui seul de la fragilité de ces groupements au sein desquels coexistent et cohabitent plusieurs "clans", signe d'une disparité et d'une multitude d'intérêts. Des repères qui, à eux seuls fragilisent tout autant leur combat politique engagé dans un nouvel environnement politique ouvert à plusieurs composantes ethniques du pays.
Et, c'est manifestement à ce niveau que le fait démocratique s'impose à tous pour effacer, outre ces clivages, mais surtout ces différents clichés. D'autant que la donne politique qui s'appuie sur le principe actuelle d'un homme, une voix, ne s'accommode pas de ces exigences d'un âge ancien. Face a cette réalité, les unes et les autres communautés gagneraient à inscrire leur combat pour la conquête des sièges et mairies dans une approche plus politique qu'ethnique.
Ce qui, au demeurant, interpelle aussi bien les Mpongwé que les Fang, sur la nécessité de moduler leur approche autour des idées et sur la capacité de leurs "ambassadeurs" inscrits sous les bannières des partis politiques, à susciter l'adhésion autour de celles-ci et non pas seulement sur l'approche politico-ethnique qui, à terme, fragilisera tout le socle social du pays.
• En effet, dans l'orientation politico-ethnique donnée au débat politique dans la perspective de la bataille pour le contrôle de l'Hôtel de Ville de Libreville, notamment, "l'exigence" des Mpongwé et des Fang, pour ne parler que de communautés qui sur le plan purement démographique, et pris de façon individuelle, ne fournissent pas le gros de la population de cette ville, repose avant tout sur une sorte de droit du sol qui ne dit pas son nom. Lequel droit les amené à revendiquer, sinon exiger la paternité du ou des strapontin (s) et autres prérogatives.