L'OPPOSITION gabonaise dans son ensemble s'est quasiment indignée de ce que la Cour constitutionnelle, instance dont les décisions s'imposent sur l'échiquier politique et institutionnel gabonais, ait décerné au Parti social démocrate (PSD) de Pierre Claver Maganga Moussavou, le label de parti d'opposition.
En décernant cette étiquette à ce parti politique alors qu'était posé le problème de la double attitude de ses dirigeants dans le jeu électoral, les juges constitutionnels ont exhumé un vieux débat sur le label d'opposant et de l'opposition gabonaise et de ceux qui sont habilités à l'apposer ou à le décerner.
Partant du principe bien établi en régime démocratique que le statut d'opposition et de majorité n'est pas absolu en raison du principe de l'alternance rythmée par le cycle des élections qui caractérisent le modèle démocratique. Et en faisant une lecture linéaire de la spécificité de l'histoire politique gabonaise d'avant 1990 et celle en gestation depuis la Conférence nationale à la base du système démocratique en cours au Gabon. On constate autour de la thématique d'opposant ou de l'opposition une inconstance continue et une sorte de confusion, un désordre prédominant qui ne facilite guère une réelle visibilité du champ politique.
Que l'on se situe avant la Conférence nationale qui a posé les bases de l'ère démocratique actuelle ou encore que l'on se place dans cette période contemporaine, les faits historiques nous rappellent des situations particulières. Le label d'opposant avait été décerné a quelques critiques du régime. Pour ne citer que Pierre-Louis Agondjo Okawé, Simon Oyono Aba'a, Jean-Pierre Nzoghé, Pierre André Kombila, Mba Abessole, etc. Et même à ceux militant au sein de l'Association générale des étudiants gabonais (AGEG).Même si le système du monopartisme ne reconnaissait pas et ne permettait pas le principe d'opposition.
La Conférence nationale "non souveraine" avait vu naître une pléthore d'opposants au simple motif qu'ils entendaient se saisir de cet élan démocratique et de liberté suscité par le président Omar Bongo, pour changer le régime en place.
Ces deux périodes laissent entrevoir une constance dans l'attitude, les comportements des uns et des autres acteurs politiques, critiques du régime arborant le label d'opposant: tous ou presque tous ont rallié le régime qu'ils dénonçaient des années plus tôt. Des alliances ont été nouées et dénouées, des intérêts partisans ont prévalu sur les intérêts du plus grand nombre. Nombreux sont ceux qui, réagissant au gré des évènements et des intérêts, ont viré leur cuti. Des défections ont été enregistrées, des tentatives de rapprochement avec les tenants du pouvoir ont été légion.
Des incohérences et fortes contradictions ont marqué et jalonné les parcours des uns et des autres des candidats alliés au PDG lors des législatives ou locales, se portent candidats lors des présidentielles contre le président-fondateur du PDG. Des leaders d'opposition qui font leur entrée dans un gouvernement à majorité PDG, des personnalités issues des rangs de ce bloc politique promues à de très hautes fonctions sur l'échiquier institutionnel du pays.
Bref, un désordre et une réelle confusion ont depuis lors été chaque fois perceptibles sous le ciel politique gabonais. Du seul point de vue de l'analyse, nul doute que ces repères ont pour fondement, le manque et surtout le respect des principes de fonctionnement de la démocratie, d'éthique précise, pour ne pas dire d'idéologies clairement affichées de manière à ce que les clivages et positionnements politiques soient réellement définis et s'ancrent solidement sur le champ politique national.
On comprend aisément que le délire de la suspicion se soit sérieusement emparé du Landerneau politique national, tant ce phénomène légitime et malsain, en raison des actes posés par divers opposants, vient davantage brouiller le paysage, et rendre encore plus difficile la lecture. Car, l'on s'interroge encore aujourd'hui sur le profil type de l'opposant, sur la physionomie même d'une opposition au Gabon. Et sur les risques engendrés par cette image renvoyée par ces opposants.
Au demeurant pour sortir de cette caractéristique ce mal qui ronge la vie politique gabonaise, ces derniers gagneraient à revenir aux principes fondamentaux qui régissent les clivages politiques dans un système démocratique, seule façon de crédibiliser l'ensemble du processus éclaboussé par le genre de comportement à l'origine de la confusion autour du label d'opposant.