Après le récent congrès du parti au pouvoir, le président gabonais Omar Bongo a fini, avec la révision constitutionnelle adoptée mardi, de mettre en ordre de bataille ses troupes en vue de la présidentielle de 2005, face à une opposition laminée.Si M. Bongo, au pouvoir depuis 1967, n'a pas encore fait savoir s'il entendait se représenter, les voix se sont multipliées ces dernières semaines au sein de sa formation, le Parti démocratique gabonais (PDG), pour appeler le chef de l'Etat à se porter candidat une nouvelle fois.
A la mi-juillet, le congrès du PDG, le premier depuis 1995, a marqué une véritable reprise en main du parti par son président-fondateur.
Celui qui avait pris ses distances il y a quelques années avec cette véritable machine électorale a signé un retour en force en devenant "le chef suprême du parti et le garant de son unité et de sa cohésion", selon les résolutions du congrès.
Ce rôle de "chef suprême" est loin d'être honorifique. En effet, "il préside de droit les réunions du bureau politique, du conseil national" et autres instances qu'il lui revient de convoquer.
Le président "examine pour arbitrage, avant l'investiture par le bureau politique, toutes les candidatures aux fonctions publiques et électives".
"Toutes choses, relève le quotidien pro-gouvernemental L'Union, que le président-fondateur faisait certainement, mais jusqu'à maintenant de façon officieuse, et qu'il devra plus que jamais faire (...) en engageant toute sa crédibilité et son charisme".
Par ailleurs, six postes de vice-présidents ont été créés et attribués pour l'essentiel à des "barons" du parti. L'un de ces postes est revenu au fils du président, le ministre de la Défense, Ali Bongo, chef de file des "rénovateurs" au sein du PDG.
Quant à l'Union des femmes du PDG, elle a été placée sous la présidence d'honneur de l'épouse du chef de l'Etat, Edith-Lucie.
La révision constitutionnelle adoptée mardi comporte deux éléments marquants: toutes les élections seront désormais à un seul tour et le chef de l'Etat, qui pouvait de toute manière se représenter en 2005 avec les textes antérieurs, pourra briguer plus de deux mandats.
Il n'est pas certain qu'en 2012, alors âgé de 76 ans, le président Bongo souhaite se représenter. A moins de "vouloir, comme beaucoup de chefs d'Etat en Afrique, mourir au pouvoir", ainsi que l'en soupçonne son vieil ennemi Me Pierre Agondjo Okawé du Parti gabonais du progrès (PGP).
Par ailleurs, alors que les dernières consultations électorales ont été marquées par un très fort taux d'abstention, certains auraient souhaité que l'adoption du scrutin à un tour soit assortie de la fixation d'un seuil minimum de votants pour que la consultation soit validée, ce qui n'a pas été le cas.
Autre révision allant dans le sens de cette reprise en main: les présidents et vice-présidents du Conseil économique et social seront non plus élus par leurs pairs mais nommés par décret présidentiel. "C'est un recul de la démocratie", ont estimé des dirigeants syndicaux, impuissants.
Si le président Bongo peut se permettre ces initiatives, c'est qu'il a toutes les cartes en mains face à une opposition laminée, surtout depuis le ralliement à la mouvance présidentielle ces dernières années de l'opposant historique qui s'affirmait irréductible, le père Paul Mba Abessole.
Entré au gouvernement début 2002, celui dont le ralliement est resté pour beaucoup de militants déboussolés une "trahison", a été récompensé début 2003 par une promotion au rang de vice-Premier ministre.
L'alternance politique apparaît plus que jamais lointaine au Gabon. Ainsi que l'a énoncé le chef de l'Etat: "Ou l'on est avec Bongo, ou l'on n'est pas avec lui. Il faut que chacun se détermine".