Le chef de l'État a demandé au Premier ministre de reprendre les négociations dans le secteur vital de la santé, voire avec tous les partenaires sociaux afin de leur faire partager la situation financière actuelle qui contraint l'État à l'austérité.
AU terme de la tournée républicaine ayant conduit le président de la République à parcourir pendant plus d'une semaine, d'une capitale provinciale à une autre, le pays profond, il s'est dégagé cette évidence majeure: le chef de l'Etat, en consacrant d'interminables heures à écouter les populations de l'arrière-pays exprimer leur doléances a pris acte de celles-ci. Au-delà, Omar Bongo a pris le pouls réel de la nation, auprès de ces populations mobilisées pour l'accueillir dans la dignité et avec ferveur.
Dans le contexte de crise que connaît l'économie du pays, c'est tout à l'honneur du sentiment national grandissant dont le président est le premier et l'ardent défenseur. Avec force, lui-même l'a mis en relief dans chacun de ses discours. Néanmoins, le chef de l'Etat a perçu derrière cet élan populaire, comme une diversité de signes avant-coureurs d'une forte demande sociale à laquelle le gouvernement risque d'être confronté au moment où il s'y attend le moins.
La situation décrite comme particulièrement sensible par le maire de Port-Gentil, ville ouvrière s'il en est, Me Séraphin Ndaot Rembogo, dans la capitale économique, illustre cette atmosphère préoccupante qui englobe les difficultés sociales de tous ordres évoquées par les municipalités des autres provinces, y compris celle de Libreville. André Dieudonné Berre, le maire de la capitale, sans être prolixe, les a énumérées en mettant l'accent sur la route, l'insécurité, l'éducation, la santé...
STATUT PARTICULIER • Dans son multiple allocution orientée vers l'avenir en vue de poursuivre les efforts de construction du pays, en le dotant d'infrastructures qui manquent dans plusieurs domaines, le chef de l'Etat s'est déclaré solidaire de ses concitoyens en proie au doute, mais il leur a demandé de rester optimistes. S'il est un problème sur lequel on a peu insisté, mais qu'il a tenu â évoquer, c'est celui du chômage.
Omar Bongo a fait savoir dans l'Estuaire qu'il a bel et bien conscience que ce fléau est à résoudre partout dans le pays où il se pose avec acuité. Lors d'une précédente tournée, il y a quelques années, notamment lorsque la situation financière du pays le permettait; il avait dégagé des fonds conséquents destinés à la jeunesse dans chaque province afin que les diplômés en quête d'un premier emploi optent pour la création dé petites et moyennes entreprises (PME).
Il a réitéré ce message important au moment où le pays traverse une passe difficile au plan économique, contraignant le gouvernement à recourir à l'appui du Fonds monétaire international pour parvenir à la signature d'un accord à moyen terme pour la période 2003-2006.
Certes, une lettre d'intention vient d'être signée avec le FMI, mais cela contraint le gouvernement à de nouvelles contraintes. Or le risque est encore plus réel que dans la société s'exprime de fortes demandes des populations et des fonctionnaires, tel que c'est le cas dans le secteur de la santé publique, où le Syndicat national des personnels de santé observe une grève qui paralyse le Centre hospitalier de Libreville (CHL).
Globalement, il ne s'agit pas de revendications liées au cadre de travail, selon les syndiqués qui ont acquis le texte sur le statut particulier des personnels de santé, sorti du parlement en 2001, avant d'être envoyé dans le circuit laborieux e promulgation, et dont le ministre de la Santé publique, Faustin Boukoubi, avait fait 'un de ses chevaux de bataille. Par contre leurs exigences pour le moins "légitimes" sont essentiellement financières bien qu'elles se fondent sur une disposition contenue dans le texte: logement, prime hospitalière, transports, prime d'éloignement.
Qu'il s'agisse du cas des personnels de santé, ou d'autres situations de ce type, elles mettent le gouvernement aux prises avec deux impératifs contradictoires: initier des actions conformes aux exigences du FMI et satisfaire les besoins sociaux prévisibles. " Nous sommes en présence d'un nœud gordien ", expliquait il n'y a pas longtemps le Premier ministre, M. Jean-François Ntoutoume Emane aux journalistes.
Convaincu que " la santé n'a pas de prix", et montrant bien qu'il a conscience que les dépenses de santé .en cette période où sévit mortellement la pandémie du Sida qui le préoccupe iront crescendo, le chef de l'État a exhorté le Premier ministre à faire confiance aux personnels de Santé, en rouvrant le dialogue avec eux, et au-delà, avec le reste des partenaires sociaux afin de leur faire partager la situation financière de l'État contraint de réduire de façon drastique son train de vie. Pour le président Bongo, cette méthode qu'il conseille au gouvernement constituera alors un acte refondateur de la nation et devrait ouvrir une nouvelle époque plus spécifiquement axée sur le dialogue social.