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Le PDG face à la tension entre ses députés et le gouvernement sur le budget d'investissement
Auteur:  Jean Christian KOMBILA  | Date: 13 Novembre 2003  | Réactions ()
Section: Politique  | Source: L'Union

La crise actuelle entre le gouvernement et sa majorité à l'Assemblée nationale, a nécessité l'ultime recours, hier en matinée, à l'arbitrage du président-fondateur pour ramener la confiance dans ce camp. Le Secrétariat exécutif est devant sa première épreuve.

Jean-Chritian KOMBILA

LE spectre d'une crise entre le cabinet Ntoutourne Emane II, et les députés issus des rangs du Parti démocratique gabonais (PDG), à l'Assemblée nationale, qui puisse déboucher sur une impasse prolongée dans l'examen de la loi de finances 2004, s'est éloigné à jamais.

Cependant, ces derniers temps, en particulier durant cette semaine, les députés réunis au sein de la Commission des finances, du budget et de la comptabilité publique, présidée par le très critique député du PDG (2e siège de la Sébé-Brikolo), Luc Oyoubi, ont laissé planer la menace de suspendre jusqu'à nouvel ordre, les auditions programmées de certains ministres dans le cadre du budget 2004.

Cette menace a même été mise à exécution, et l'un des ministres dont le passage devant cette Commission a été reporté sine die, est le chef du département des Affaires sociales et de la Solidarité nationale, André Mba Obame, qui devait être auditionné avant-hier, mardi 11 novembre, au palais Léon Mba. Dans ce contexte, précisément jusqu'à hier matin d'autres auditions qui étaient envisagées n'ont repris que lentement et tard.

TRIOMPHE DE LA LOI Visiblement, plusieurs militants ont redouté que cette épreuve de force ne s'intensifie, et porte un coup dur à la cohésion de la majorité. II y a soixante-douze heures, ces craintes se sont ravivées avec la détermination de la Commission des finances, du budget et de la comptabilité publique d'assumer la fonction de contrôle de l'action gouvernementale. Les élus du peuple ont accusé le cabinet Ntoutoume Emane II de prendre tout son temps avant de faire parvenir la mouture finale du budget d'investissement, jusque-là provisoire, sur la table de l'Assemblée nationale.

En particulier, ils mettent en cause les manquements graves imputables au ministère de la Planification et de la Programmation du développement, à la tête duquel se trouve le ministre d’Etat, Casimir 0yé Mba, pourtant précédé à la chambre des députés par une réputation positive, grâce à sa rigueur et sa probité morale. Dans ce département ministériel, une enquête parlementaire dont on parle encore dans l'opinion, longuement menée à propos de l'exécution du budget d'investissement 2003 dans certains ministères à vocation sociale (Santé, Education, Enseignement supérieur), dénonce ouvertement la direction de la programmation et des investissements, qui taille chaque année en pièces la loi de finances après son vote parle Parlement.

A la Planification, les mêmes critiques n'ont pas cessé contre cette direction qualifiée à juste titre de juteuse. Mais en sourdine ce qui est en jeu c'est la responsabilité de la tutelle afin qu'elle s'attaque au laisser-aller et au laisser-faire qui caractérisent la DPI, où les passe-droits ont permis à de hauts fonctionnaires et à des cadres inexpérimentés de la Fonction publique de faire fortune.

Depuis lors ils ont l'illusion d'être intouchables par la justice. C'est ainsi que l'autre bataille de la Commission des finances, du budget et de la comptabilité publique est celle du triomphe de la loi, et dans celle-ci, le risque d'un affrontement ouvert avec le gouvernement à travers le budget d'investissement a menacé la solidarité dans les rangs de la majorité. Nombreux sont les militants qui redoutent ce schisme. Sans que leur message ait été amplifié, ils ont souhaité que les plus hauts responsables du parti mettent fin à ce duel perceptible.

CHEF SUPRÊME • Ils peuvent se réjouir. Une importante réunion à huis clos s'est tenue hier mercredi 12 novembre sous l'égide du président-fondateur, M. Omar Bongo et a, entre autres, vu la participation du chef du gouvernement, Jean-François Ntoutoume Emane, des responsables du PDG au Parlement et en dehors, ainsi que des élus. Elle a essentiellement porté sur cette question du budget d'investissement. Selon une source fiable, après de longs débats qui se sont déroulés sur un mode convivial et constructif, "tout est rentré dans l'ordre", grâce à l'arbitrage du président-fondateur, redevenu "chef suprême" du parti.

Cela lui donne un réel droit de regard sur la conduite des affaires du PDG, grâce aux prérogatives contenues dans l'article 21 des nouveaux statuts. En toute circonstance, il peut alors descendre dans l'arène pour restaurer la sérénité dans les rangs de la majorité et conduire lui-même le jeu politique. Aux yeux des militants, c'est un gage de sécurité. On l'a vu encore avec cette crise momentanée.

Le texte définitif sur ce budget d'investissement 2004 qui a posé problème se trouve à l'Assemblée nationale depuis avant-hier, ce qui signifie que les auditions des ministres vont sérieusement reprendre à la Commission des finances, du budget et de la comptabilité publique.

Par ailleurs, pour beaucoup de militants, cette affaire est la première épreuve politique à laquelle a été confronté le Secrétariat exécutif, à la tête duquel avait été brillamment reconduit, le 20 juillet dernier, le secrétaire général, Simplice Guédet Manzéla. Le principal argument des militants consiste à faire valoir que la composition du secrétariat exécutif, avec des hommes expérimentés pour encadrer la nouvelle garde, permet d'emblée d'éviter au PDG d'aller dans l'inconnu.

 

 

Revenir aux vrais enjeux

Au moment où les relations entre le gouvernement et sa majorité parlementaire tendent à prendre un caractère des plus

 

ONDOUBA’NTIBAH

TOUT le monde retiendra que l'examen de la loi de finances 2004 aura instauré un climat tendu dans les rapports entre le gouvernement et sa majorité parlementaire. Notamment les élus de l'Assemblée nationale. Plus de deux semaines durant, députés surtout ceux inscrits dans la Commission des finances, du budget et de la comptabilité publique, et membres du gouvernement ont eu des échanges empreints de suspicion, voire de mépris...

Les flèches ont commencé le 29 octobre 2003, lorsque les ministres dépensiers ont été auditionnés par la Représentation nationale sur le budget 2004. Le reproche qui aura déjà annoncé l'esprit de défi qui devait caractériser la suite de l'examen dudit texte était sans doute relatif aux dysfonctionnements constatés dans la mise en place et l'exécution des budgets antérieurs. Des questions ont davantage porté sur la loi de finances 2003 dans son volet investissement.

La première chambre du Parlement a essentiellement reproché au gouvernement l'inadéquation entre les lois de finances votées par les parlementaires et celles exécutées par le gouvernement. Selon des investi D' actions entreprises par les élus, des modifications importantes sont régulièrement opérées par le gouvernement sans s’en référer au Parlement seul constitutionnellement habilité à voter les charges et les ressources de l'État.

En clair, Guy Nzouba Ndama et ses collègues accusent la direction L la programmation de l'investissement de procéder à des détournements lors de la mise en place du budget et pendant son exécution. De sorte qu'en faisant le bilan de l'exécution du budget il apparaît des décalages entre les textes votés par les députés et ce que les membres du gouvernement viennent présenter en fin d'exercice. Tous ces reproches n'ont pas été réfutés par les services compétents du ministère de la Planification. Loin s'en faut. Et c'est certainement ce qui a suscité l'ire des représentatifs du peuple.

ÉLÉMENTS NOUVEAUX • Ce qui a exacerbé la colère des membres de l'Assemblée nationale a trait aux nouvelles données relatives au budget d'investissement 2004. Les députés n'auraient pas compris comment ce document jusqu'à cette semaine, n'était toujours pas parvenu à leur chambre alors que la question avait déjà été évacuée au niveau de l’Exécutif depuis le Conseil des ministres du mardi 4 novembre 2004. D'où les membres du gouvernement qu'ils interrogeaient disposaient des nouvelles données qu'eux n'avaient pas encore. C'est pourquoi, l'honorable Luc Oybubi, le président de la Commission des finances et les siens ont préféré surseoir aux auditions en attendant que le gouvernement leur fasse parvenir les éléments nouveaux contenus dans le budget d'investissement.

L'incident a fait couler beaucoup d'encre et de salive. Aussi bien du côté de l'Assemblée nationale que du gouvernement. Certains ont vu dans la décision des députés une volonté manifeste de mettre le gouvernement en difficulté. D'autres y ont décelé un moyen pour les élus d'exprimer au gouvernement, sur fond d'avertissement, leur ras-le-bol face au comportement "peu soucieux" de certains de ses membres. Nombre d'observateurs de la vie politique du pays, tout comme l'opinion, y ont vu un malaise entre ce pan de l'Exécutif et sa majorité parlementaire...

Sans minimiser la gravité des modifications unilatérales des lois de finances par les services de la Planification, encore moins le fait que les élus sont tenus par les délais constitutionnels pour le vote du budget 2004 il y a tout compte fait lieu de souligner ici que cette ambiance délétère entre l'équipe gouvernementale et sa majorité parlementaire ne fait que retarder le pays. Ce d'autant plus que les Gabonais exigeront en dernière analyse les mêmes résultats aux uns et aux autres. Tous étant du même camp. Et tout le monde sait que les défis à relever à court et moyen termes sont nombreux.

AMBITIONS PERSONNELLES • Ce qu'il convient de qualifier de "perte de temps" ne permettra ni au gouvernement, ni au Parlement de mieux affronter les vrais enjeux du moment. Et ces enjeux sont aussi nombreux qu'importants. Ils concernent essentiellement les négociations que notre pays poursuit avec le très exigeant Fonds monétaire international (FMI) pour assainir nos finances publiques. Parce qu'à ce niveau également, il Faut souligner que cet organisme financier mondial a un droit de regard sur notre loi de finances 2004.

De même, il convient de rappeler que le tout ne sera pas de parvenir à un accord avec le FMI. Le véritable défi sera d'en respecter les termes. Surtout que d'aucuns les reconnaissent très contraignants. Mais, a-t-on le choix ? La responsabilité des élus des membres du gouverne ment ne sera pas non seule ment de sensibiliser les Gabonais sur la nécessité de s'y tenir, mais aussi de montrer le bon exemple pour convaincre leurs compatriotes de la réalité de la situation difficile du pays. Ce qui ne semble pas encore être la chose la mieux partagée par les gouvernant et les parlementaires.

Cet enjeu implique aussi rigueur dans la gestion de maigres moyens publics. Ce qui veut dire que les comportements de la nature de ceux décriés au niveau des services de la programmation doivent être surveillés et combattus avec la dernière énergie. Les Gabonais comprendraient mal que pendant que le plus grand nombre se serre la ceinture, une minorité joue, impunément, avec les deniers publics.

Les autres défis dont les politiques, c'est-à-dire le gouvernement et sa majorité parlementaire, doivent se préoccuper sont enfin la lutte contre la pauvreté, le combat contre l'insécurité et l'amélioration des conditions de vie des populations. Et par rapport a cela, ce serait sans doute une erreur pour les uns et les autres de penser que la meilleure voie pour y arriver c'est de semer la désunion au sein du camp présidentiel ou d'instaurer l’antagonisme entre le gouvernement et ses élus. Ce climat conflictuel ne peut servir que des ambition personnelles de part et d'autres. Rien de plus.

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