Les désaccords enregistrés ces derniers temps entre les élus et les membres du cabinet Ntoutoume Emane, autour du budget d'investissement, pourraient se solder par une prochaine interpellation du Premier ministre.
Lin Joël NDEMBET
L'EXAMEN depuis deux semaines du projet du budget de l'État pour l'exercice 2004 a révélé un profond malaise jusque-là étouffé entre le gouvernement et sa majorité parlementaire, consécutif aux nombreux désaccords enregistrés lors du passage au palais LEON MBA de ministres venus défendre les prévisions budgétaires de leurs départements respectifs devant la Commission des finances.
Ce malaise traduit ces derniers temps par la fronde menée par les députés allant jusqu'à s'interroger sur la nécessité de poursuivre les auditions des membres du gouvernement, a connu hier matin encore un rebondissement majeur suite au refus des élus d'auditionner le ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale et du Bien-Etre, André Mba Obame.
Le ministre qui devait, conformément au programme de l'Assemblée nationale, défendre les grandes lignes de son action, n'a pu être entendu, les députés n'ayant pas en leur possession la mouture finale du volet investissement dé la loi de finances 2004.
Or, cette partie importante du budget de l'État et qui est au centre de l'action gouvernementale ayant fait l’objet de sérieux arbitrages du chef de l'État lors du Conseil des ministres du 4 novembre 2003, contient les données financières définitives arrêtées pour la santé, la sécurité et la défense, la route et la justice, les quatre priorités de l'année 2004 ainsi que les autres secteurs de la politique gouvernementale.
AJOURNEMENT • Le fait que les députés n'aient pas encore ce texte en leur possession alors qu'ils sont tenus par le respect des délais constitutionnels pour adopter la loi de finances après son dépôt à l'Assemblée nationale, a eu pour effet de provoquer une sérieuse gêne et une forte impatience au palais LEON MBA, où se trouvant dans l'incapacité de procéder correctement aux auditions des membres du cabinet Ntoutoume Emane, ces élus n'ont eu aucune autre alternative que de surseoir à la séance d'audition.
Une décision qui semble manifestement n'avoir pas beaucoup gêné le ministre André Mba Obame, lequel beau joueur, joint hier au téléphone tout juste après le report sine die de son passage devant les membres de la Commissions des finances, a semblé minimiser l'incident, estimant avoir compris les motivations et raisons invoquées par les députés pour expliquer leur attitude.
Face à ce retard inexpliqué, il s'est refusé de jeter l'anathème sur ses collègues membres du gouvernement, encore moins, sur son chef Jean-François Ntoutoume Emane. Lequel, pour les députés, assume la responsabilité de ces distorsions dans la pratique législative, d'une part, et de l'état actuel des rapport pour le moins tendus entre les membres de son cabinet et ceux de la majorité parlementaire. Tant ces derniers ne cessent de se livrer à chaque rencontre à un assez curieux) eu où critiques, chausses trappes et autres, marquent ce débat ouvert sur fond d'intrigues politiciennes. Une habitude qui cache un véritable malaise au sein de la galaxie présidentielle regroupant les ministres et parlementaires qui s'étripent. A travers des passes d'armes devenues quotidiennes au palais LEON MBA.
En effet, au-delà de l'ajournement de cette séance qui aurait également pu être décrétée quelque jours plus tôt pour le ministre de la justice, garde des Sceaux, Honorine Dossou Naki, si elle n'avait pas eu en sa possession les derniers chiffres issus des arbitrages présidentiels, il n'en demeure pas moins que ces fréquents reports, les échanges et critiques entre ministre et députés autour des entorses observées depuis peu dans la procédure législative, donnent une fois de plus la preuve des relations de plus en plus conflictuelles entre le gouvernement et sa majorité parlementaire. Que les uns et es autres aient beaucoup à se reprocher; que le temps de la cohésion entre les membres de ce camp politique ait laissé la place à l'affrontement. C'est sur la loi de certain. Au point que l'on se pose aujourd'hui la question de savoir jusqu'où iront les députés? Que veulent-ils ? Et qui visent-t-ils réellement?
CRÉDITS • Car, ce climat surréaliste dominant lors des auditions au palais LEON MBA, n'est pas nouveau en soi. Bien au contraire, il a été révélé il y a encore quelques jours lors du passage du ministre de l'Éducation nationale, le Pr. Daniel Ona Ondo. Ce jour-là effectivement, le patron de l'Éducation nationale, acculé par les députés désireux de faire la lumière sur certains dérapages observés dans l'exécution de son budget d'investissement, eut la chance de présenter son budget grâce au seul soutien de quelques élus du parti au pouvoir exprimant leur solidarité au ministre en difficulté. Ces derniers ayant réussi à convaincre leurs collègues, très frondeurs et peu convaincus par les explications du ministre, d'accepter de poursuivre la discussion.
Le vif échange sur fond de critiques qui s'en est suivi ce jour-là par rapport à la démarche globale du gouvernement, accusé de violer les procédures d'exécution du budget d'investissement, a été aussi interprété comme l'expression grandissante et marquante du refus des parlementaires de cautionner ce qui apparaît à leurs yeux comme un diktat du gouvernement, sinon un sérieux manque de considération et de respect à l'égard de la Représentation nationale.
Avant le ministre Ona Ondo, ils avaient tenu déjà à le faire savoir au ministre d'État Casimir Oyé Mba, arguant ce jour-là au siège des députés, de ce que des événements imprévus pouvaient contraindre les ministères financiers à puiser dans les caisses de l'État, quoique des crédits n'aient pas été tracés par la loi de finances votée par le Parlement.
C'est ce désordre, ce laxisme observé de plus en plus dans les procédures qui confortent, de l'avis des députés, ce sentiment de manque de considération que dénoncent encore de manière véhémente ces élus. C'est forts de l'importance des dérapages et des conséquences de ces pratiques décriées, qu'ils se proposent d'interpeller d'ici peu Ie Premier ministre Jean-François Ntoutoume Emane à l'Assemblée nationale. Ils entendent disent certains interrogés hier au siège de leur institution, à cette occasion, en réponse à ce manque de considération affiché par les ministres à leur endroit et à celle de l'Assemblée, exprimer clairement leur désapprobation au chef du gouvernement, dénoncer ouvertement ces pratiques de modification de la loi de finances en dehors du Parlement.
D'autant plus qu'à leurs yeux, cette exécution arbitraire du budget d'investissement, prenant les contours de détournements de fonds, ôte tout son intérêt aux auditions des ministres venant défendre leurs budgets respectifs pour mettre en ouvre les grandes orientations du chef de l'État.