A l'aéroport Léon Mba, hier jeudi 23 octobre, il a tenu à rassurer les Gabonais saisis de panique par le grossier mensonge distillé dans l'opinion , et faisant état de sa mort. "Je me porte comme un charme", a-t-il assuré. A sa sortie du Salon d'honneur, il a reçu une chaude ovation populaire.
Jean Christian KOMBILA
LE chef de l'Etat, M. Omar Bongo a regagné Libreville hier jeudi 23 octobre, en milieu jeudi de retour d'un long périple à l'étranger, où il a successivement séjourné au Japon, en Chine, en Thaïlande, en Malaisie, puis en France. Le président de la République, accompagné de son épouse, Edith Lucie Bongo, et d'une importante délégation comprenant notamment plusieurs membres du gouvernement avait quitté Libreville, le samedi 27 septembre dans la nuit.
Ce n'est pas la première fois qu'il est arrivé que le président Omar Bongo séjourne aussi longtemps hors du pays, et que son retour au Gabon soit autant attendu comme un grand moment par l'ensemble de ses concitoyens, au-delà des appartenances politiques. Mais cela a été le cas pour ce voyage, davantage que pour les précédents déplacements. La raison de cette grande mobilisation populaire autour de cette rentrée au pays du chef de l'Etat, tient a ce que les Gabonais étaient de plus en plus impatients de voir leur président, et surtout de savoir dans quel état, au physique comme ou moral, celui-ci allait leur revenir.
Et pour cause : une folle rumeur faisant état du décès du président de la République a été insidieusement distillée depuis près de deux semaines créant un grand émoi dans l'opinion nationale. Ce malaise qui s'est répandu au-delà de la capitale a atteint son pic alors que le président Omar Bongo entamait l'étape française de son périple. A mesure, donc, que se poursuivait le voyage présidentiel l'inquiétude allait en grandissant dans le pays.
Ce n'est pas pour autant, que le chef de l'Etat a hâté son retour au bercail. Son calendrier avait depuis longtemps programmé cette arrivée à cette date du 23 octobre.
BOBARDS IGNOMNIEUX • A 17 heures précises, le DC 8 présidentiel frappé aux couleurs nationales a atterri sur le tarmac de l'aéroport LEON MBA, où le président Bongo a été salué par le vice-président de la République, et Mme Véronique Divungi Di Ndinge. Puis il s'est dirigé au salon d'honneur, où il a serré la main des membres du gouvernement, et plusieurs hauts responsables de l'appareil d'Etat. Le fait de le voir descendre de l'avion, et passer en revue les troupes militaires venues lui rendre les honneurs a suffi pour rassurer les nombreux concitoyens massés plus loin, venus sur place voir de visu leur président, visiblement bien portant, contrairement à ce qu'ils avaient entendu sans trop y croire.
Cette question a donc été soulevée par les journalistes, qui ont interrogé le président sur sa santé. Avec son franc parler habituel, Omar Bongo a répondu sans ambages. Critiquant cette propension de certains compatriotes à colporter de fausses nouvelles en épiloguant sur l'état de santé des dirigeants du pays, le président Bongo caché que lui-même a été surpris en apprenant là où il était qu'il y en a qui ont tenté de se convaincre et de faire circuler ces bobards ignominieux de sa mort.
Il a expliqué, entre autres, que le ministre de l'Intérieur, de la Sécurité publique et de la Décentralisation, Idriss Ngari, qui l'a rejoint à Paris, lui a rapporté le grand désarroi des populations gagnées par le doute sur cette affaire. A l'adresse de ses compatriotes, d'emblée le chef de l'Etat a déclaré en réponse à un journaliste: " Je me porte comme un charme". C'est à peine s'il n'a pas été applaudi dans la salle. Cependant, il a précisé que durant ce séjour, il a subi une opération réussie de la cataracte à son œil droit.
Le président a laissé entendre que cette nouvelle opération avait été envisagée, après le succès de la première intervention chirurgicale à l'œil gauche, toujours pour cause de cataracte. En regagnant le pays, lors du précédent voyage qui l'avait conduit en Espagne, en France et au Maroc, il n'avait pas attendu que son peuple l'apprenne par la presse étrangère ou par d autres canaux qui déforment parfois la vérité, dès sa descente d’avion lui même l’avait rapporté aux Gabonais.
Concernant ce grossier mensonge qui a couru ces jours derniers dans le rapport qui a été fait il y a quelques jours par le ministre de l'Intérieur, de la Sécurité publique et de la Décentralisation, on note que ce qui est choquant c'est que même des officiers supérieurs des forces de sécurité ont contribué à amplifier cette nouvelle inacceptable. Comme s'ils avaient un intérêt particulier à ce qu'un tel dessein funeste se concrétise, et que le chaos politique s'installe dans le pays. Ces officiers supérieurs, ainsi que les partisans de cette sombre vision doivent être démasqués, et tenus à l’œil, voire sanctionnés en conséquence.
Certes, le président Bongo a tenu à dédramatiser les choses, en même temps qu'il a dit ne pas comprendre l'attitude de ceux qui dans la classe politique, majorité ou opposition confondues et même dans l'appareil d'Etat, souhaitent le pire au pays. Certes encore, il n'est pas dans l'intention du chef de l'Etat de poursuivre quiconque, mais tout le monde attend que les services fassent leur travail afin que les propagateurs des fausses nouvelles soient découverts, et pourquoi pas que la justice s’en saisisse dans la foulée.
"S'il y a des gens dans le pays pour qui la mort de Bongo ferait des orphelins, qu’ils prient", pour éloigner ces démons. Et de poursuivre, par-contre : s’il y a des gens qui veulent la mort de Bongo, ceux-là qu'ils sachent que j'ai une couronne pour chacun d'eux". Dans l’esprit du président de la République, il ne s'agit pas pour lui de faire croire qu'il est un être immortel. Autrement dit, fort de sa foi, musulman pratiquant et rigoureux, s'en remet à DIEU. C'est ce que traduit qu'il ait d'avance promis le pardon aux coupables de cette contrevérité destinée à créer un climat politique des plus confus.
CRISE SANS PRECEDENT *Néanmoins, le président Bongo s'est d'autant plus montré préoccupé qu'il a fait savoir que ce genre d'invention sures les plus hauts responsables de l'Etat est presque devenue une particularité gabonaise. Ce qui l'a fait dire au chef de l’Etat, c'est le mensonge de même type formulé dans un passé récent à propos de l'état de santé du Premier ministre, Jean-François Ntoutoume Emane.
La fausse nouvelle de la mort du chef du gouvernement, on s'en souvient, s'était aussi répandue comme une traînée de poudre. Ce mensonge politique, a reconnu le président, lui était également parvenu par le biais d'un autres responsable du pays qu'il s'est gardé de nommer. A ce propos globalement, le président Bongo n'est pas apparu bouleversé outre mesure. Loin s'en faut. Même s'il est à craindre que ce malaise créé par ces affabulations aux relents politiques révèle une crise sans précèdent de valeur qui est à résoudre dans le pays. Tout donne à penser quelle est entretenue dans l’ombre.
En revanche, dans le contexte de crise économique et financière actuelle, il a implicitement appelé à l'effort de solidarité nationale, pour réussir le pari difficile des négociations en cours avec le Fonds monétaire international (FMI), avec lequel le gouvernement a signé une lettre d'intention, mais attend la concrétisation d'un accord de trois ans qui devait l'être déjà, mais qui a encore été reporté alors que tout, en principe, est fin prêt au plan technique.
En évoquant ces négociations délicates avec le FMI dans le message délivré par le président, à l'occasion de ce retour, ce qui ressort en filigrane c'est que celles-ci doivent se poursuivre malgré les écueils politiques, ce challenge appelle des efforts ininterrompus au lieu de disperser les énergies en cédant aux ragots. Dans cette bataille en vue d'un accord indispensable avec le FMI, et afin de bénéficier de l'appui de toute la communauté financière internationale, le président Bongo a salué l'appui précieux de son homologue français, Jacques Chirac, qui l'a reçu en visite privée, lundi 20 octobre, à l'Elysée. Hier, enfin, à sa sortie du salon d'honneur de l'aéroport LEON MBA, le couple présidentiel, a été fortement ovationné par une foule bigarrée de citoyens, se réjouissant.