Le président et vice-président du CND élus le 8 Janvier 2003, éprouvent, après Jules Aristide Bourdès 0gouliguendé et Serge Mba Bekalé, les pires Difficultés à donner vie à cette "spécificité gabonaise".
Lin-Joël NDEMBET
NEUF ans après la création du Conseil national de la Démocratie, trouvaille des acteurs politiques gabonais réunis sur les bords de la Seine à Paris en 1994 dans le cadre des discussions majorité-opposition, 1e caractère inopérant de cette institution née des Accords de Paris suscite de réelles inquiétudes pour ne pas dire une sérieuse gêne au sein de la classe politique gabonaise. Ce double sentiment gagne des pans entiers de la société surtout depuis qu'un grand nombre d'acteurs politiques ont constaté, malgré l'élection du président et vice-président du CND, Pierre-Claver Zeng Ebome et son homonyme Maganga Moussavou, le leader du Parti social démocrate (PSD), que ce cadre de concertation spécificité gabonaise"regroupant les principaux leaders des partis politiques du camp de la majorité présidentielle et de l'opposition, n'a guère pu fonctionner normalement.
Effectivement, en dehors des deux premières séances, notamment celle organisée avec trois ans de retard au lendemain des élections législatives de 1997 et la toute dernière du 8 janvier 2003 au cours de laquelle les successeurs de Jules Aristide Bourdes Ogouliguendé et Serge Mba Bekalé, ont été installés par Georges Rawiri, président du Sénat, par ailleurs, doyen d'âge présent à cette séance. Cette instance fait face depuis sa création à d'énormes difficultés jugées selon un membre du CND sous couvert d'anonymat, "pas insolubles".
Les difficultés auxquelles les nouveaux dirigeants représentants les camps poli tiques du pays sont confrontés et qui n'ont d'ailleurs guère changé depuis les sept premières années de mandats successifs d'Ogouliguendé, portent sur l'absence de commodités de travail.
COMME UN BEAU DIABLE • Malgré les directives présidentielles données, on s'en souvient encore lors d'une réunion de la classe politique à la présidence de la République, à la suite de requêtes formulées à l'époque par Jules Aristide Bourdes Ogouliguendé, puis relayées, à son tour, par Zeng Ebome, semblent ne pas avoir jusque-là été respectées.
On constate que le CND est toujours à la recherche d'un siège permanent, alors que des promesses ont été faites depuis des années à ses dirigeants pour l'acquisition à la cité éponyme de villas devant abriter ses services. Aucun personnel n'a été affecté en dehors de la nomination récente d'un Secrétaire général. Pis, aucun budget ne lui a été affecté même si la donne financière difficile que traverse le pays contraint les plus hautes autorités gabonaises à resserrer les cordons de la bourse et à consacrer les ressources financières à des projets de développement plus porteurs.
Cette situation semble réellement gêner les nouveaux dirigeants de cette institution. Puisque depuis leur installation en présence du Premier ministre, Jean-François Ntoutoume Emane, et les autres leaders de la majorité présidentielle et en 1 absence de l'opposition gabonaise, Pierre-laver Zeng Ebome se démène comme un beau diable pour donner corps à cette institution.
Le président du CND s'est employé, depuis lors en allant à la rencontre des plus hautes autorités du pays et des responsables de partis politiques désireux de voir cette instance se réunir pour débattre de l'évolution démocratique de notre pays, à sensibiliser ses hôtes sur la nécessité pour l'ensemble du corpus politique national d’œuvrer pour la mise en place effective dudit Conseil.
DISPOSITIF LEGAL • II semble bien que le leader du Mouvement africain de développement (MAD) ait reçu le soutien et l'appui d'un certain nombre de hautes personnalités politiques du pays et même de chefs de partis membres du CND.
Ce soutien qui semblait faire défaut à leurs prédécesseurs, est d'autant plus important, fait-on remarquer au sein de la classe politique, que la réunion de cette instance qui compte en son sein les anciens Premiers ministres, présidents de l'Assemblée nationale ainsi que l'actuel Premier ministre, les présidents des deux chambres du Parlement et plus d'une trentaine de chefs de partis politiques, exige que cette institution dispose d un équipement approprié, d'un personnel, en clair, de moyens conséquents.
Au-delà de cet aspect matériel et financier et de l'attentisme qui entoure l'installation des services de cette institution, reste que les deux premiers responsables du Conseil national de la Démocratie doivent tout aussi résoudre la question de fond qui porte sur le texte portant création du CND. Lequel laisse apparaître, selon un expert, des insuffisances relatives au mode de fonctionnement et aux procédures. Et celui de la faiblesse du dispositif légal.
A la lecture de la loi portant création de cette institution, ils sont nombreux à percevoir des imperfections de plusieurs ordres. D'abord autour du statut même de cette instance. Est-ce un organe arbitral ou consultatif? Ensuite, sur le mode de saisine. On s'interroge effectivement sur les modalités de saisine et sur les instances à qui sont destinées les arbitrages ou avis émis par le CND. Enfin, sur la portée de ces décisions ou avis.
En ce qui concerne le volet électoral, l'autre vide juridique réside aussi sur la question de la remise des procès verbaux au terme des élections. Un juriste estime sur cette question que rien n'est énoncé sur l'instance chargée de transmettre les procès verbaux au CND. Est-ce la CNF. le ministre de l'Intérieur ou la Cour constitutionnelle? A qui sont adressés les avis observations et autres ? Autant d'interrogations présentées aujourd'hui à la présidence de cette institution comme étant un sérieux casse tête pour Zeng Ebome et Maganga Moussavou.