Le leader du Rassemblement pour le Gabon a créé la stupéfaction, samedi 10 avril, en renvoyant sine die la signature par son parti de la Charte portant plate-forme politique et Code de bonne conduite. Dans le camp présidentiel, le scepticisme prévaut concernant le rôle à venir du RPG.
ABASOURDI, parfois résigné ou souvent amusé, telle est la tonalité des commentaires livrés à chaud par les participants - leaders des partis et hiérarques confondus - au premier Conseil politique de la majorité présidentielle varie, cependant. Le fond, lui est identique et indiscutable.
Face au renvoi sine die par le leader du Rassemblement pour le Gabon (RPG) de la signature par son parti de la Charte portant plate-forme et Code de bonne conduite au sein de cette majorité, le scepticisme prévaut.
Avant même l'ouverture de ce Conseil politique, certains responsables des traditionnelles formations politiques de la majorité n'excluaient pas qu'il y ait au moins un chef de parti naguère dans l'opposition radicale, ayant à peine rallié le camp présidentiel, qui vire sa cuti au moment de s'engager solennellement, à soutenir en prélude à l'élection présidentielle de 2005, le président Bongo, son action ainsi que sa politique.
L'issue du Conseil politique dont la cérémonie a été retransmise en direct à la télévision nationale, a confirmé leur crainte. Il se trouve, malheureusement ou heureusement, que le leader du RPG est celui qui s'est singularisé parmi les néo-membres de la majorité à cette occasion. Lorsqu'il s'est agi d'entrer dans le vif du sujet de cette réunion historique, à savoir l'ultime point inscrit à l'ordre du jour : la signature de la Charte par les nouveaux membres.
DIRECTIVE.
A ce moment précis, tout le monde dans la salle des conférences de l'immeuble Arambo, siège du ministère de l'Économie, des Finances, du Budget et de la Privatisation, a compris qu'il allait se passer quelque chose. Parvenu au pupitre le père Paul Mba AbessoIe a fait savoir au nom du RPG, qu'il n'est pas question pour lui de signer maintenant la Charte portant plate-forme politique et Code de bonne conduite au sein de la majorité présidentielle. Son principal argument pour justifier ce refus voilé de s'engager ouvertement dans le camp présidentiel, a consisté à faire valoir qu'il n'a pas reçu mandat de sa base d'engager à jamais le Rassemblement pour le Gabon à défendre bec et ongles le régime en place.
Pour autant, le leader du RPG n'a pas fermé la porte, du moins sur le principe, il a demandé séance tenante à ses pairs de lui accorder du temps jusqu'à la tenue éventuelle d'un prochain Congrès de son parti au cours duquel les militants seront invités à se prononcer sur l'appartenance ou non de leur parti à la majorité présidentielle.
Par contre, la déclaration d'intention du père Paul Mba Abessole n'est pas rassurante; à cause de ce qu'elle n'indique nullement de date précise pour la convocation de son Congrès de la vérité. On croit savoir, que le chef de l'Etat en personne, le lui a demandé avec un brin d'ironie au palais des banquets de la cité de la Démocratie, et le leader du RPG n'a pu avancer un calendrier précis.
Par conséquent, ce souci du chef du RPG de se montrer sourcilleux quant au respect de la "démocratie interne" dans son parti est davantage habile que convaincant selon plusieurs personnalités du camp présidentiel interrogées sur place. Visiblement, ces propos du leader du RPG sont de nature à semer la zizanie au sein de la majorité présidentielle, où des voix s'élèvent pour le presser de vite clarifier son positionnement au risque de se marginaliser.
Plus personne dans la majorité présidentielle ne comprend qu'un parti associé à la gestion des affaires publiques depuis l'entrée officielle du père Paul Mba Abessole, le 27 janvier 2002, au sein du gouvernement d' "Ouverture" en tant que ministre d'Etat, ministre des Droits de l'Homme, Chargé de mission, avant de devenir vice-premier ministre, ministre de l'Agriculture de l'Élevage et du Développement rural, en vienne encore à attendre l'avis de la base pour savoir s'il est ou non dans le camp présidentiel.
S'y ajoute, enfin, le fait que le RPG compte en tout trois ministres au sein du gouvernement Ntoutoume Emane II, outre lui-même, il y a le vice-président du RPG Vincent Moulengui Boukossou (ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation technolo&ique), et Pierre Amoughé Mba (ministre de la Culture, des Arts, chargé de l'Éducation populaire). Du coup, une interrogation était sur toutes les lèvres: est-ce qu'il, y a encore un militant du RPG, aujourd'hui mieux représenté dans l'appareil d'Etat que d'autres partis de la majorité. Pourtant signataires de la Charte et actifs sur le terrain, qui se pose des questions au sujet du positionnement de leur champion. Certainement y en a-t-il, au fait des dessous du RPG.
LOUVOIEMENT.
Le moins qu'on puisse dire est que le chef du RPG donne l'impression de vouloir gagner du temps, car son refus courtois de signer la Charte vient mettre en lumière le distinguo subtil mais révélateur, qu'on entretient au RPG entre la majorité républicaine, dont son chef se réclame depuis son rapprochement avec le président Bongo 0ndimba, et la majorité présidentielle qui est de saison.
A ce propos, si l'on s'en tient au discours du chef suprême de la majorité présidentielle à la fin de ce Conseil politique, il ne saurait y avoir encore à l'égard du RPG s'il ne signe pas la Charte laquelle est en définitive celle d'adhésion véritable à la majorité, ni faiblesse ni compromis, d'autant que son leader n'a pas refusé sa part de gâteau symbolisant la solidarité retrouvée de la majorité, au déjeuner offert aux partis alliés au palais des banquets de la Cité de la Démocratie, par le chef de l'Etat. " Je voudrais féliciter les partis qui ont signé la Charte, j'espère que ceux qui ne l'ont pas fait vont le faire vite, pour nous permettre de clarifier nos positions", a conclu l'air de rien M. Omar Bongo Ondimba.
Sans le dire expressément, mais prenant l'opinion à témoin, le président place de facto le vice-Premier ministre, ministre de l'Agriculture, de l'Élevage et du Développement rural, Paul Mba Abessole, face à ses responsabilités devant l'histoire. Qui plus est, une réunion cruciale des leaders de la majorité est imminente, René Ndémezo'Obiang, secrétaire général adjoint du PDG, chargé de la propagande et maître de séance de ce Conseil politique, l'a dit et redit avec force. Théoriquement, ne doivent y participer que les partis signataires de la Charte. Autrement dit, la marge de manœuvre du RPG risque de se réduire si son leader, naguère opposant intraitable au pouvoir en place, continue d'entretenir la confusion dans les esprits.
Cela dit, alors que ce Conseil politique a vocation à résoudre les limites à l'action collective et à renforcer la solidarité agissante d'ici à l'élection présidentielle qui pointe à l'horizon, de nombreux chefs de partis appréhendent une telle situation qui risque de bloquer le mouvement en avant pour attendre le Congrès "virtuel" du RPG. Or, cette perspective apparaît pour le moins ténue, car le leader du RPG a habitué l'opinion depuis toujours à des variations de tonalité acrobatiques.En fait, l'événement s'est produit après l'imposant discours d'orientation prononcé sur le ton de la directive par le chef de l'Etat, M. Omar Bongo Ondimba s'exprimant en qualité de chef suprême de la majorité présidentielle, et les interventions successives des leaders des partis, le président du RPG a curieusement demandé la parole.