Le discret vice-président du Gabon, Clément Didjob Divungi Di Ndinge, alimente depuis janvier des polémiques au pays d'Omar Bongo, au point de voir dangereusement vaciller son fauteuil convoité de deuxième personnage de l'Etat. Le vice-président gabonais n'a jamais autant défrayé la chronique que ces derniers mois, signe qu'une course à la "vice-succession", où tous les coups sont permis, est bien ouverte.
Ce tohu-bohu agite d'autant plus le tout Libreville que l'honori
fique vice-présidence y est souvent décrite, à tort ou à raison, comme un tremplin stratégique pour la succession d'Omar Bongo, qui préside depuis 1967 ce pays pétrolier francophone d'Afrique centrale. Depuis des années, la presse privée gabonaise évoque régulièrement un hypothétique projet de révision de la Constitution qui ferait du vice-président le successeur provisoire désigné du chef de l'Etat en cas de vacance du pouvoir, prérogative actuellement dévolue au président du Sénat.
Mais ce projet n'a encore jamais vu le jour et tout semble indiquer qu'Omar Bongo, plus actif que jamais à 67 ans, briguera un nouveau mandat de sept ans en 2005, face à une opposition désunie.
"Divungi sur une chaise éjectable!". "Vice-présidence: règlements de comptes à visages ouverts!". "Bientôt un nouveau vice-président?": la presse gabonaise a pourtant ouvertement lancé le débat du remplacement du président de l'Alliance démocratique et républicaine (ADERE).
Cet ex-opposant, propulsé en 1997 au sommet de l'Etat par un de ces tours de passe-passe politique dont le président Bongo est passé maître en 36 ans de pouvoir, avait lui même déclenché les hostilités en janvier.
M. Didjob Divungi Di Ndinge avait accusé l'opposant Pierre Claver Maganga Moussavou, qui venait d'être nommé ministre, né comme lui dans la Province de la Ngounié, d'avoir tenté de le faire assassiner à Mouila (sud-est de Libreville) par des militants qui avaient barré la route à son avion au moment du décollage.
Le président Bongo avait démis le ministre, arbitrant en faveur de son vice-président.
Le répit fut de courte durée, car en avril, trois députés de l'ADERE lâchaient M. Didjob Divungi Di Ndingele pour rejoindre le Parti démocratique gabonais (PDG) d'Omar Bongo.
L'entourage vice-présidentiel, furieux, accusait alors le PDG de débaucher ses cadres pour l'affaiblir. Mais il a finalement dû se confondre en excuses publiques pour avoir violé la solidarité de rigueur au sein de la mouvance présidentielle.
Le vice-président s'est accroché. Il aurait fait savoir qu'il ne démissionnerait que si M. Bongo le lui demandait.
Mais la polémique a repris la semaine dernière quand un journal privé a publié un courrier personnel virulent qui lui était adressé par le président du Conseil économique et social, Me Louis Gaston Mayila, autre "baron" politique de la Ngounié, qui vient de rallier le PDG.
Ce brûlot, allant jusqu'à évoquer une affaire de crime rituel, a replacé le vice-président en première ligne d'une sourde lutte.
Celle-ci pourrait trouver son épilogue fin juillet, à l'issue d'élections législatives partielles qui remettront en jeu les sièges des trois députés ayant quitté la formation du vice-président.
C'est au résultat de cette consultation qu'on jugera "s'il y a lieu encore de considérer le parti du vice-président comme une force politique majeure sur l'échiquier politique national", commentait mercredi, sous forme d'avertissement, le quotidien pro-gouvernemental L'Union.
Des rumeurs avaient déjà circulé fin 2002 sur un changement de vice-président lors du ralliement à la mouvance présidentielle de l'opposant historique Paul Mba Abessole. Mais ce dernier avait finalement hérité en janvier d'un poste taillé sur mesure: vice-Premier ministre.