Ces importantes assises, hier à la cité de la Démocratie ont connu un ,g rand succès. Le mandat obtenu par le président du parti de parapher la Charte est une profonde rupture avec les années d'affrontement avec le pouvoir.LE père Paul Mba Abessole et son parti, le Rassemblement pour. le Gabon (RPG), ont définitivement tourné la page de l'affrontement avec le pouvoir, hier jeudi 22 avril, lors du IXe Congrès national extraordinaire, organisé au palais des Conférences internationales de la cité de la Démocratie. Par un "oui massif" des militants venus de toutes les provinces du pays, mandat a été donné au leader du RPG de signer la Charte portant plate-forme et Code de bonne conduite au sein de la majorité présidentielle.
Cette décision intervient après le Conseil politique de la majorité présidentielle, convoqué à Libreville, par le chef de l'Etat, M. Omar Bongo Ondimba, soit près de deux semaines après le report demandé par le père Paul Mba Abessole avant d'engager son parti à signer la Charte de la majorité, au motif qu'il n'avait pas reçu l'aval de toutes les instances du RPG pour opérer ce saut qualitatif vers la famille présidentielle en se rendant à cette réunion.
Depuis lors, ce virage opéré publiquement sur l'aile par le président du RPG pour s'en remettre à la base avant de parapher ce document, avait nourri le scepticisme au sein de ce camp jusque dans l'entourage du chef suprême de la majorité. Cependant lui-même était reste serein. A preuve, lors de ce Congrès du RPG, le chef de l'État invité par le leader du RPG n'a pas décliné cette invitation, il s'est fait représenter à un niveau très élevé aux assises de ce parti par le président du Sénat, Georges Rawiri.
L'entrée dans l'hémicycle du palais des Conférences internationales de la cité de la Démocratie de cette personnalité politique nationale de premier plan, marchant en compagnie du père Paul Mba Abessole, a contribué à rehausser l'éclat de ce Congrès extraordinaire.
TON GRAVE • Au terme de la réunion, le leader du RPG a beaucoup insisté sur la portée politique et symbolique de cette présence du président du Sénat, autorité morale s'il en est, et vieux compagnon de route du président Bongo Ondimba. Le principal résultat de ce Congrès a été obtenu après moult discussions en commissions, dont cinq ont été mises en place peu après le discours d'ouverture du père Paul Mba Abessole. Notam
ment, la présidence du parti, le Secrétariat exécutif, les mouvements des femmes d'une part, et des jeunes d'autre part, ainsi que les Conseils provinciaux. Exceptée l'Organisation de la jeunesse du parti, qui a parfois semblé vouloir hésiter à prendre la voie tracée à l'ouverture par le chef du RPG, il n'y a pas eu de fausse note quand il s'est agi d'entrer dans le vif du sujet.
Le ton du Congrès a été donné dans la matinée par le père Mba Abessole lorsqu'il a planté le décor de cette réunion devant ses hôtes, comprenant les autres leaders des partis ayant depuis longtemps paraphé la Charte portant plate-forme et le Code de bonne conduite au sein de la majorité présidentielle, ainsi que ceux qui l'ont récemment fait. En particulier, le Secrétaire général du parti démocratique gabonais (PDG), Simplice Guedet Manzéla avec à ses côtés certains hiérarques de son parti, et le président de l'Alliance démocratique et républicaine (ADERE), Gaston-Noël Mboumbou Ngoma.
Conscient que l'heure était grave, et- que les enjeux de la signature de la Charte sont cruciaux, à la fois pour l'avenir de son parti et celui du pays, le père Mba Abessole a d'emblée, fait savoir sur le ton de la gravité: " au cours de ce Congrès extraordinaire, nous demandons à la base de notre parti de nous autoriser à signer la Charte de la majorité présidentielle". Et d'ajouter: C'est un engagement que nous prenons, parce que nous voulons durant les dix prochaines années, participer à la refondation de notre pays".
En définitive, cela a été fait et traduit le souci de cette formation politique de ne pas manquer ce tournant de la vie politique. D'autres décisions capitales ont été adoptées à ce Congrès, l'une comporte de sérieuses nuances. Il s'agit de la mise en place d'une commission ad hoc chargée d'examiner le contenu de la Charte de cette nouvelle majorité. En fait, il ne s'agit pas d'une mesure à même de relativiser l'engagement pris, seulement le RPG profite d'une fenêtre ouverte par le chef suprême de la majorité présidentielle lors du Conseil politique, à savoir que cette Charte doit, en cas de besoin, être Peaufinée si possible.
Puis, il y a la vaste campagne d'information en vue d'expliquer cette décision historique sur toute l'étendue du territoire national. Enfin, le Congrès a engagé le père Paul Mba Abessole à prendre toutes les décisions politiques nécessaires et jugées urgentes pour le parti dans le cadre de la majorité. Ces différentes mesures, on le voit, montrent l'immense succès politique de ce congrès mémorable.
ARTICLE 18• Avec l'entrée du père Paul Mba Abessole dans la majorité présidentielle, ce dernier remporte une victoire sur lui-même, en ce sens que le RPG cesse de s'arcbouter derrière le concept de majorité républicaine dont le parti se réclamait- encore la veille du congrès. Certes, il s'est évertué à défendre pied à pied son concept de majorité républicaine qu'il lie avec force à la grande stature d'homme d'Etat du président Bongo Ondimba, dont les soutiens, aux yeux du RPG, doivent émaner de toutes les forces vives de la nation, et même au-delà, en prélude à 2005.
Chemin faisant, l'autre argument à mettre au crédit du leader du RPG réside dans la rupture avec les années de combat avec le pouvoir et la personne du chef de l'Etat au début des années 90, jusqu'à la dernière élection présidentielle en 1998, qu'induit de facto l'entrée en grande pompe du Rassemblement pour le Gabon dans la majorité présidentielle. Cela est d'autant plus vrai, que dans l'esprit des militants de son, parti et même de l'appareil dirigeant, ce parti n'avait pas forcément renié son appartenance à l'opposition, même conviviale.
Le fait que le père Paul Mba Abessole soit devenu ministre d'Etat, ministre des Droits de l'Homme, Chargé de Missions, avant d'être promu vice-Premier ministre, ministre de l'Agriculture, de l'Elevage et du Développement rural, chargé des Droits de l'Homme et des Missions, n'a pas, pour autant, changé leur conviction. Encore moins l'attribution au n° 2, Vincent Moulengui Boukossou, du portefeuille de ministre de Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation technologique.
Ou encore à Pierre Amoughé Mba, l'idéologue du RPG, du ministère de la Culture, des Arts, chargé de l'Éducation populaire. Dans leur for intérieur, cette arrivée aux affaires de leurs dirigeants, s'inscrivait dans le cadre du gouvernement d'ouverture préconisé par le président de la République. Cela étant, le mandat donné par le Congrès au leader du RPG de signer la Charte sonne donc le glas de l'ancien parti d'opposition qu'a été le parti du père Mba. Toute chose, qui achève de convaincre que ce congrès a été historique. Ainsi, la hiérarchie du RPG a tenu à faire imprimer des tee-shirts sur, lesquels on pouvait voir-juxtaposées les effigies du président Bongo Ondimba et celle du père Paul Mba Abessole.
En toile de fond, la volonté de marquer le rapprochement avec le chef de l'Etat, et de faire savoir aux siens que le meilleur est à venir dans la majorité présidentielle. Le plus dur, sans doute aussi, car il faudra le prouver même dans l'épreuve. Et l'échéance de 2005 en est une. Or la question de savoir quel candidat le RPG soutiendra-t-il à l'élection présidentielle n'a pas été inscrite à l'ordre du jour. Elle n'a donc pas été évoquée.
Certainement, parce que le RPG est au courant de l'article 18 de la Charte qui stipule que: "le candidat de la majorité à l'élection présidentielle est le chef de la majorité". Il n'empêche, le plus important à retenir restera la volonté affichée par le RPG de s'atteler, avec sa spécificité, à l'équipage majoritaire, à apporter sa pierre à la construction du pays au sein de la galaxie présidentielle.