VENDREDI dernier le président du Rassemblement pour le Gabon (RPG), Paul Mba Abessole, et ses amis ont accompli l’ultime acte nécessaire pour officialiser leur rapprochement avec le président de la République Omar Bongo Ondimba et sa famille politique. Comme l’a d’ailleurs souligné le chef de l’État, “désormais le RPG fait partie à part entière de la majorité présidentielle, et à ce titre il est au même pied d’égalité que toutes les autres formations politiques qui composent ce camp.” Tout le monde aura compris que, ne maîtrisant pas la question, nous nous abstenons de considérer la thèse selon laquelle, Paul Mba Abessole a toujours roulé pour le régime...
Ce rapprochement officiel a été matérialisé par la signature de la Charte portant plate-forme et Code de bonne conduite au sein de la majorité présidentielle. Un acte qui a été posé en présence du chef de cette famille politique, c’est-à-dire Omar Bongo Ondimba. Les responsables des principaux partis membres de ce camp étaient également présents. Notamment ceux du Parti démocratique gabonais (PDG), de l’Alliance démocratique et républicaine (Adere), du Centre des libéraux réformateurs (CLR), de Gabon Avenir, et du Parti gabonais du centre indépendant (PGCI)...
La signature de la Charte par Paul Mba Abessole, ancien opposant au régime, ayant brillé par sa force de mobilisation, son verbe facile et sa critique acerbe, peut être considérée comme étant l’épilogue d’un long processus engagé depuis la fin des années 1990 avec le lancement du concept de “démocratie conviviale”. Intégrer la majorité présidentielle, doit-on le rappeler, constitue un rapprochement du président Bongo Ondimba et le soutien de son action politique.
Le moins que l’on puisse reconnaître ici c’est que Paul Mba Abessole a non seulement su entretenir le suspense, mais aussi il aura été assez méthodique dans sa démarche. Et on peut tout lui refuser sauf ce mérite-là. Seuls, quelques rares acteurs politiques et une poignée infime d’analystes politiques de notre pays, sachant interpréter les déclarations et les actes, ont pu se convaincre des intentions réelles de l’homme, et de la stratégie retenue pour les concrétiser. Tant l’ancien président du Morena des bûcherons, puis du Rassemblement national des bûcherons, est resté conforme à sa stratégie. Se contentant de procéder par le lancement de concepts aussi confus les uns que les autres, tels que “démocratie conviviale”, “majorité républicaine”, etc.
Dans tous les cas, et par rapport au processus de rapprochement du camp présidentiel par le père Mba et les siens, on peut retenir que son meeting du dimanche 27 février 2000 à la mairie du 6e arrondissement (Nzeng-Ayong) était un grand tournant. Ce jour-là, le discours tenu par l’ancien président du RNB-Nouveau départ était très conciliant. L’appel au consensus de la classe politique gabonaise était si insistant que d’aucuns ont cru qu’il renonçait au combat pour la conquête du pouvoir. Ce qui était une erreur. Car, il ne s’agissait que d’une évolution dans sa stratégie. Rares sont ceux qui avaient compris que désormais l’entrisme constituait sa nouvelle arme. Voilà pourquoi, certains esprits avisés avaient qualifié ce meeting “d’historique”.
On se souviendra de ce que ce jour-là, après avoir dressé un tableau sombre de la situation économique et financière du pays, le numéro un du RPG avait appelé à un “consensus fort” de la classe politique. “Renouons le dialogue entre nous”, avait-il lancé déterminé. Avant de poursuivre : “Parlons-nous. Fréquentons-nous. Retrouvons-nous, non plus en catimini, mais au su et au vu de tous. Retrouvons nos parents des camps adverses pour bâtir une nouvelle solidarité. Libérons-nous de la peur qui nous tient à distance les uns des autres, alors nous pourrons nous asseoir autour d’une table, non plus pour parler de nous, ni de nos petits partis politiques, mais du Gabon. Donnons-nous, au besoin, des garanties pour ne pas nous maltraiter quand le changement se fera.”
Le décor étant ainsi planté. À partir de cet évènement, l’ancien député-maire de Libreville avait mis de l’eau dans son vin. Il ne ratait aucune sortie pour réitérer son appel au consensus et au principe de la “démocratie conviviale” qui restait toutefois confuse dans l’esprit des Gabonais, y compris au niveau de nombre de ses militants. Entre-temps, les critiques commençaient également à fuser de partout dans l’opinion sur sa gestion à la mairie de Libreville...
Après les élections législatives de décembre 2001, le président du Rassemblement pour le Gabon, ne changera pas de discours. Paul Mba Abessole restera conciliant à l’égard du pouvoir. C’est ainsi que réagissant à l’appel lancé par le chef de l’État pour la formation d’un “gouvernement d’ouverture”, le RPG se montrera particulièrement réceptif au principe. Mais, pour éviter de faire les choses dans la brutalité, la hiérarchie du parti décidera de convoquer un congrès extraordinaire pour demander aux militants si oui ou non, le RPG peut entrer au gouvernement ?
C’est ainsi que, organisée le samedi 12 janvier 2002, cette instance donnera, non sans mal, l’autorisation aux responsables du parti de siéger au gouvernement. Et le 27 janvier de la même année, Paul Mba Abessole, Vincent Moulengui Boukossou et Pierre Amoughé Mba furent nommés respectivement ministre d’État, ministre des Droits de l’Homme, Chargé des Missions, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation technologique, et ministre de la Culture, des Arts, Chargé de l’Éducation populaire. Depuis le dernier remaniement du gouvernement, le président du RPG est devenu vice-Premier ministre avec en plus les portefeuilles de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural.
Au cours de ce 7e congrès extraordinaire du RPG ayant autorisé le parti à intégrer l’équipe gouvernementale, un autre concept est né : “majorité républicaine”. L’étape suivante aura été le congrès extraordinaire du jeudi 22 avril dernier. Celui qui a permis la signature de la Charte par le père Mba.
Rappelons toutefois, qu’au cours des assises de janvier 2002, Paul Mba Abessole s’était montré on ne peut plus éloquent, par rapport à sa logique de rapprochement ou d’entrisme, c’est selon. Il avait relevé que la décision de dire oui à l’appel du chef de l’État était motivée par l’existence au Gabon d’une “crise politique, économique, sociale et culturelle, grave et profonde, qu’aucun camp ne peut résoudre seul.” De même, l’homme avait souligné que “ceux des militants du RPG qui violent la consigne de la convivialité s’enterrent politiquement, car ils n’arriveront pas avec lui en terre promise”.
Paul Mba Abessole et les siens sont-ils déjà arrivés en “terre promise” depuis vendredi dernier ou en sont-ils seulement proches ? Seule l’histoire le dira.