L'entrée du RPG dans la majorité présidentielle rend, désormais, l'actuel gouvernement "monocolore", le leader du Parti social démocrate (PSD) ayant été éjecté depuis longtemps déjà.
COMBIEN de temps le gouvernement d'"Ouverture" tiendrat-il encore ? L'interrogation peut paraître saugrenue, mais le fond ne manque pas d'intérêt.
A l'évidence, le Congrès national extraordinaire du Rassemblement pour le Gabon (RPG), jeudi 22 avril, au palais des conférences internationales de la cité de la Démocratie, marqué par le "oui massif' des Rpégistes en faveur de la signature par leur parti de la Charte portant plate-forme politique et Code de bonne conduite au sein de la majorité présidentielle a, d'emblée, soulevé cette question lancinante.
En outre, l'acte de signature solennelle de cette Charte par le père Paul Mba Abessole, le lendemain au palais de la présidence de la République, a conforté les tenants de ce débat dans l'opinion. Pour de nombreux concitoyens, il ne fait aucun doute que le cabinet Ntoutoume Emane II ne peut plus être considéré comme un gouvernement ouvert à l'opposition.
Pour eux, désormais, l'entrée du RPG dans la majorité présidentielle sonne le glas du gouvernement dit d' "Ouverture", qui devient à tout le moins caduc. Formé au lendemain des élections législatives, largement remportées par le parti démocratique gabonais (PDG), ce gouvernement voulu par le chef de l'Etat, M. Omar Bongo Ondimba, répondait à un contexte particulier.
Ce long processus électoral avait été émaillé par un contentieux électoral quasi-interminable devant la Cour constitutionnelle, de telle qui n'a pas hésité à faire reprendre les législatives dans certaines localités où le scrutin avait connu des incidents regrettables ayant fortement vicié les résultats et la sincérité du scrutin.
ASSISE POLITIQUE• Fidèle à sa philosophie politique d'ouverture, qui fait que, nonobstant la majorité issue des urnes, après chaque processus électoral, il tende volontairement la main à toutes les forces politiques du pays pour participer à la gestion des affaires publiques, le président de la République avait fait part de sa ferme volonté de faire entrer l'opposition dans le gouvernement. Dans la foulée de ce processus, le cabinet Ntoutoume Emane II, formé le 27 janvier 2002, répondait à ce souci de doter cette équipe gouvernement d'une assise politique et populaire beaucoup plus large.
L'entrée aux affaires de quatre opposants, en particulier le leader du Rassemblement pour le Gabon, ne s'est pas fait attendre. Nommé jninistre d'Etat, ministre des Droits de l'Homme, Chargé de missions, le père Paul Mba Abessole est entré depuis lors au gouvernement en compagnie de son numéro 2, Vincent Moulengui Boukossou, devenu ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation technologique, ainsi que Pierre Amoughé Mba, le théoricien du parti, fait, quant à lui, ministre de la Culture, des Arts et de l'Education populaire.
De même, le président du parti social démocrate (PSD), Pierre-Claver Maganga Moussavou , pour sa part, deviendra ministre d'Etat, ministre de l'Agriculture, de l'Élevage et du Développement rural. Indiscutablement, ce sont ces quatre personnalités issues de l'opposition qui donnaient à ce cabinet son "label" de gouvernement d'"Ouverture".
EXIGENCE D'ACTION. Certes le Premier ministre, M. Jean-François Ntoutoume Emane n'a jamais manqué une occasion de positive l'apport de ces partis respectifs à l'action de son équipe gouvernementale. Pour autant, lors des élections locales cette année-là, l'un de ces opposants devait être démis de ses fonctions ministérielles, en l'occurrence, l'ancien ministre d'Etat, en charge de l'Agriculture et de l'Élevage. La sortie du gouvernement de P.C. Maganga Moussavou pour son inconséquence avant et après les locales, signifiait fatalement aussi la sortie de son parti.
En dépit du réaménagement technique du gouvernement coïncidant avec la sortie du PSD de ce gouvernement, au cours duquel le père Paul Mba Abessole a été promu vice-Premier ministre, doublé de ministre de l'Agriculture, de l'Élevage, des Droits de l'Homme, Chargé de missions, le RPG n'a pas cessé malgré tout de se réclamer de l'opposition, bien que conviviale à l'égard du pouvoir.
Cela étant, avant le dernier Congrès de son parti ayant conduit son leader à signer la Charte portant plate-forme politique et Code de bonne conduite au sein de la majorité présidentielle, pour avoir longtemps refusé de se réclamer de cette majorité préférant plutôt parler de majorité républicaine, le RPG entendait symboliser l'idée de vaste rassemblement incarné par le gouvernement d"'Ouverture".
En tout cas, le cabinet Ntoutoume Emane II n'a plus de ministre issu de l'opposition, car il n'y a plus le moindre doute dans les esprits que les partis qui y sont (PDG, ADERE, CLR et RPG) sont signataires de la Charte de la majorité présidentielle. Certes, auparavant, le Premier ministre en personne s'est félicité de la capacité des partis entrés sous la bannière de l'opposition à acquérir rapidement la culture gouvernementale. Certes, aussi, on a parfois perçu une certaine frilosité ambiante entre les départements ministériels ignorant allègrement le sacro-saint principe de solidarité au sein de ce cabinet.
Dorénavant, étant donné que seuls les partis de la majorité présidentielle siègent au sein du cabinet Ntoutoume Emane II, l'équipe actuelle est tenue d'aborder ce tournant crucial avant la bataille de 2005 avec une plus forte exigence de transparence dans les secteurs jugés prioritaires au budget 2004.
Enfin, la bataille qui s'annonce lorsqu'il s'agira de tenir la prochaine réunion des leaders des partis politiques dictée par le chef suprême de la majorité présidentielle, lors du Conseil politique, va porter sur la nécessité de bâtir un discours de campagne réaliste et rassembleur. Loin de toute démagogie et des promesses fallacieuses dans l'actuel contexte de crise économique et financière qu'endure l'Etat.