Si la sortie, samedi dernier, de ce qui reste aujourd'hui de l'opposition gabonaise, a eu pour effet d'extirper ce camp politique de l'anonymat dans lequel il s'était confiné, il n'empêche que celle-ci était pour le moins inattendue. D'autant que l'opposition est depuis les élections législatives de 2001 une coquille quasiment vide, du fait qu'elle a définitivement perdu ses repères sur le terrain politique. Elle se cherche.
Une situation qui rompt, malheureusement, avec ce à quoi nous avait habitué ce camp politique à l'origine. Car, au sortir de la Conférence nationale, une multitude d'associations politiques regroupées au sein du Front uni des associations politiques de l'opposition (Fuapo) avait tout de même fait échouer, au cours de ces assises, le projet de mise en place du RSDG qui se dessinait.
Ce groupe s'était clairement identifié comme une force politique capable de faire fléchir le pouvoir exécutif qui avait désormais en face un véritable contrepoids pour la bonne marche du pays à ce moment-là.
Les élections législatives qui s'en sont suivies ont constitué le baromètre ayant permis à l'opinion de mesurer la représentativité de cette nouvelle classe politique. Elles vont d'ailleurs conforter (influence de celle-ci sur la vie politique nationale en s'adjugeant 58 sièges sur les 120 à pourvoir à l'Assemblée nationale, en dépit du mot d'ordre de boycott du Rassemblement national des Bûcherons (RNB), du père Paul Mba Abessole.
Ce premier acte majeur posé par le principal parti de l'opposition avait été révélateur à la fois du manque de maturité et du dysfonctionnement des partis qui la composaient. A l'Assemblée nationale, malgré tout, il va y avoir tout au long de la VIIIe législature une sorte d'équilibre relatif, garanti par le très faible écart entre le PDG, parti majoritaire et l'ensemble des partis politiques de l'opposition ayant au moins obtenu un siège de député.
Toutefois, en 1993 lors de la présidentielle, incapables de s'unir et de présenter un candidat unique contre celui du PDG et ses alliés, les leaders de (opposition vont davantage s'illustrer en alimentant les querelles de clocher qui ne donnaient pas lieu à une réelle volonté de changer la donne politique. Au sortir de cette consultation électorale, la multitude de candidats présentés n a pas eu pour effet d'annihiler les chances du candidats du PDG comme l'opposition (avait prétendu. Bien au contraire, elle a plus servi à son effondrement, puisqu'elle s'en est sortie outrageusement défaite.
Comme pour masquer sa culpabilité, l'opposition se montre plutôt discursive en se faisant remarquer par (utilisation des formules passe-partout: «coup d'Etat électoral» autant que par sa presse virulente. Poussant la mascarade jusqu'à récupérer les émeutes des 21, 22 et 23 février 94 qui sont plus à porter aux actions entreprises par la confédération gabonaise des syndicats libres (CGSL) consécutives à la dévaluation du franc CFA, qu'à un mot d'ordre de l'opposition pour contester les résultats de la présidentielle.
Rôle figuratif. La contestation des résultats de la présidentielle et les émeutes de février qui s'en suivirent permirent néanmoins à l'opposition d'obtenir les "Accords de Paris". A l'issue desquels, même les partis qui se montraient jusque-là radicaux, comme le PGP, sont entrés au gouvernement. Reste que l'automarginalisation du RNB de ce gouvernement n'empêche nullement de donner à l'opposition une image fantomatique et un rôle purement figuratif.
N'ayant pas pu assurer la survie de sa presse, le discours a fini par s'étioler. Et pour continuer d'exister, l'opposition a été obligée de conclure des alliances contre nature avec la majorité.
Quel crédit alors accorder à une opposition dont les choix opérés jusqu'ici n'ont eu pour conséquences que de servir de passerelle aux ambitions personnelles de quelques carriéristes politiques ? Toute chose à l'origine de la disparition de bien des partis, devenus pour certains de simples appendices du principal parti au pouvoir.
L'opposition aujourd'hui semble se résumer à une poignée de partis politiques très peu consistants à l'image de ceux présents samedi au siège du MESP autour de Mouang Mbadingue. D'autant qu'en l'absence des ténors que sont Pierre Mamboundou, Pierre-Louis Agondjo-Okawé, Jules Aristide Bourdès Ogouliguendé; Pierre André Kombila; Pierre Maganga Moussavou, le discours de ce groupement ne semble guère plus porteur.