A moins de trois semaines des législatives, prévues pour les 9 et 23 décembre prochains, le débat politique s'envenime au Gabon sur les préparatifs de ce scrutin qu'une quinzaine de partis de l'opposition gabonaise menacent de boycotter.
Le 10 novembre, après une longue période de quasi-léthargie, l'opposition refait surface en dénonçant avec vigueur et chiffres à l'appui le "gonflement" des listes électorales confectionnées par le ministère de l'Intérieur.
Pour les quinze partis réunis ce jour là, les listes font apparaître un corps électoral de 778.000 électeurs (hommes et femmes de plus de 18 ans) pour une population, selon eux, de seulement 1.048.000 personnes...
Fort de ce constat, l'opposition s'attaque alors au "régime en place" qu'elle soupçonne de vouloir programmer une fraude électorale "pour s'assurer la pérennité au pouvoir" et menace de boycotter le scrutin.
L'impact de ces critiques est d'autant plus fort que ces dernières sont largement relayées par le journal pro-gouvernemental L'Union qui en profite pour asséner de violentes critiques à l'encontre du ministre de l'Intérieur, Antoine Mboubou Miyakou.
L'Union fera d'ailleurs les frais de son audace éditoriale: la semaine dernière son directeur de publication, Germain Ngoyo Moussavou, pourtant candidat du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir) dans une circonscription de sa région natale est soudain remplacé par décret présidentiel.
La riposte politique ne se fait pas attendre non plus: le Premier ministre Jean-François Ntoutoume Emane organise dans l'urgence un point de presse pour dénoncer la "mauvaise foi" de l'opposition et "ceux qui, voyant leur côte de popularité en baisse sur le terrain, cherchent à semer la zizanie dans l'esprit des populations".
Le chef de l'exécutif, qui évoque des "imperfections" dans les listes électorales mais sans remettre en cause le chiffre de 778.000 électeurs avancé par ses adversaires, ne semble guère convaincant.
Depuis, opposition et gouvernement campent sur leurs positions, malgré une réunion marathon organisée par le Premier ministre le 16 novembre.
A l'issue de cette réunion, le porte-parole du gouvernement, André Mba Obame, a confirmé la tenue des élections législatives aux dates prévues et expliqué que la CNE a donné des "assurances" pour qu'une "liste électorale fiable" soit disponible "d'ici quelques temps".
"Il n'y a pas de débat au sein de la CNE sur les dates", a ajouté le porte-parole, soulignant que cette commission paritaire - incluant des représentants de l'opposition - est la seule habilitée à décider d'un éventuel report.
"Nos représentants ne sont pas à la CNE pour débattre d'un report", explique de son côté le président d'un des partis de l'opposition. "C'est à nous de porter ce débat sur la scène politique".
Pour l'opposition, qui menacait encore mardi de boycotter les législatives, les réclamations et les recours des électeurs liées au toilettage des listes électorales "ne permettront pas de respecter les dates du scrutin".
L'opposition reste encore divisée, estiment cependant les observateurs qui doutent de la fermeté de ces partis à mettre à exécution leurs menaces.
Ainsi, le Rassemblement national des Bûcherons/Rassemblement pour le Gabon (RNB/RPG, opposition), la formation de l'actuel maire de Libreville, Paul Mba Abessole, s'est déjà désolidarisé du front de l'opposition en écartant lundi tout idée de boycott des élections.
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