LES relations entre les différentes formations politiques de la majorité présidentielle, sous le leadership du Parti démocratique gabonais, majoritaire à l'Assemblée nationale et au Sénat, les deux chambres du Parlement, restent un sujet d'actualité apte à nourrir des débats souvent passionnés dans l'opinion.
Au sein des populations de nombreux concitoyens rivalisent d'exemples sur fond d'âpres affrontements entre les partis, via leurs candidats respectifs, ou de contre-exemples discutables démontrant par contre la collusion d'un de ces partis de la majorité avec 1" adversaire au détriment de l' "allié objectif" comme lors des législatives de décembre 2001 dans certaines localités de l'arrière pays.
Ces interrogations que cette perspective soulève quant à avenir, se sont trouvées confortées par le "fait politique" du week end écoulé, à savoir l'audience que le président de la République, Omar Bongo, qui est aussi le président-fondateur du PDG, a récemment accordée à l'appareil dirigeant de l'Allance démocratique et républicaine (ADERE). De source sûre, a-t-on appris, la rencontre s'est déroulée dans une atmosphère détendue, constructive et conviviale.
Cependant, dès qu'il s'est agi de savoir dans le détail le menu des questions ayant été au cœur de cette audience, notre interlocuteur s'est montré laconique, indiquant qu'il a été question des futures élections locales pour le renouvellement des Conseils départementaux et municipaux.
D'autres canaux tout aussi "autorisés" ont abondé dans le même sens, non plus en avançant une simple hypothèse; mais en arguant que c'est de cela qu'ils ont longuement parlé. Cette lecture tombe sous le sens, d'autant crue la période électorale qui s ouvre est d'ores et déjà perçue dans l'opinion comme un ultime test électoral sur la réelle représentativité de l'ADERE sur l'échiquier politique après les dernières législatives au cours desquelles la moisson n'a pas été digne d'éloges. Loin s'en faut.
Ayant réussi à se faire recevoir par le président .Bongo, avant cette échéance électorale cruciale, les responsables de l'ADERE envoient à leurs militants un message consistant à leur faire savoir que pour cette consultation électorale, les enjeux sont énormes. Ils concernent la place et le poids du parti au sein de la majorité présidentielle, et plus encore l'avenir politique des hiérarques de l'ADERE dans l'appareil d'État.
La tâche s'avère ardue, car dans l'ensemble elle est à accomplir sur une route qui est tout sauf un long fleuve tranquille. Autant qu'on le sache, sa stratégie visant à obtenir que soient établies des listes communes dès le premier tour des locales n'a pas été acceptée. Sans être contre les alliances, le PDG soutien
qu'à e stade du scrutin, les perspectives des différents partis doivent aller voter en toute responsabilité, et ce n'est qu'en cas de 2e tour que des alliances seront envisagées. Une analyse qui s'adapte mieux aux élections législatives, mais qui, pourrait s'appliquer aux locales lors de la formation des majorités au sein des Conseils locaux. Requérant l'anonymat, un cadre pédégiste a expliqué à sa manière cette position du parti:
" Si nous acceptons des listes communes maintenant, nous nous ferons avoir pour servir encore de marchepied aux autres". Est-ce à dire, comme certains militants pédégistes l'avancent que" leur parti a trop apporté aux autres sans être rétribué en retour? .
Un point de vue qui rejoint à tout le moins des récriminations récurrentes souvent par la vieillie garde pédégiste. Celle-ci mène une tout autre bataille, défendable selon certains, critiquable selon d'autres, mais elle se résume au fait qu'elle tolère difficilement le positionnement à travers certaines fonctions assumées par les cadres de ce parti dans l'appareil d'État. Sans jamais avoir digéré cette ouverture politique décidée par le président Bongo en personne pour associer toutes les sensibilités politiques à la gestion des affaires publiques.
Mais enfin, une telle audience chez le président, peu avant les locales et les sénatoriales avait visiblement vocation à rechercher des gages concernant un avenir chargé d'incertitudes. Probablement les ont-ils obtenus. Mais dans tous les cas, au sortir de ces élections; le problème du poids politique de l'Adère se posera avec la même acuité.