Les participants proches de Pierre-Louis Agondjo Okawé ont quitté la salle avant la fin des débats. Récit d'une réunion qui s'est achevée brusquement, sans conclusion satisfaisante.
LE samedi 24 novembre 2002. 9h30. Nous nous approchons de l'Hôtel de Ville, sis au bord de mer. Il devait abriter, ce jour-là, le 9e Conseil communal ordinaire du Parti gabonais du progrès (PGP). L'ordre du jour portait sur l'essentiel, sur la validation des candidatures aux prochaines élections locales prévues pour la mi-décembre.
La cour grouille de monde. Certains participants prennent encore un peu de temps pour aller grignoter quelque chose ou avaler un verre de bière au marché d'à côté. Nous sommes en solitaire. Parce que, en fait, la presse n'a pas été conviée. On aurait dit qu'elle a mauvaise presse. Nous abordons quand même un progressiste. Il ne tarde pas à nous faire une remarque. L'homme, un inconditionnel de l'honorable André Mbourou, n'apprécie pas que, dans nos articles, nous tenions des propos élogieux à l'endroit de Pambo, maire du 2e arrondissement. On le sent très courroucé. Il dit qu'il n'est pas normal que l'on écrive, ainsi qu'on l'a fait la dernière fois, "le très populaire maire". II voudrait que l'on cache notre sympathie, si sympathie il y a, pour être objectif.
Pour lui, Pambo n'a rien fait durant son mandat. "Je le prouverai pendant la campagne", dit-il, à brûle pourpoint. On passe, ensuite, a un débat courtois.
À l'entrée de la salle où devait se tenir la réunion, les gens s'agitent. Un membre de la sécurité projette de la salive au sol et éructe des insanités. "Si quelqu'un boude, je le jette à l'eau tout de suite, c'est moi qui vous le dis", lance-t-il. On ne saura jamais à qui il tenait de tels propos qui frisaient la provocation. Seulement, on peut constater que la tension est vive. Dans la foule, les rumeurs les plus folles circulent. On nous apprend, par exemple, que Jean-Paul Wora - autrement appelé "général ", en raison de ce qu'il est le patron de la "Securitate" du PGP - aurait décidé de battre campagne dans le 3e arrondissement, aux côtés du Parti démocratique gabonais (PDG). Pour déstabiliser Pierre-Louis Agondjo Okawé. Une information vite démentie par l'un de ses lieutenants. On apprend également que l'un des groupes au front aurait fait venir un nganga pour séduire les militants.
L'entrée de la salle est filtrée. Il faut être en possession d'un mandat pour y accéder. Abandonnés à nous-mêmes, nous faisons appel au chargé de la communication, Pierre Mboumba Agongo afin de lui demander si nous pouvons avoir accès à la pièce où vont se tenir les débats. Il accepte après avoir consulté le bureau de séance. Bien sûr, il faut une autorisation. Nous y voilà. Les travaux vont démarrer.
Le président communal, Georges Ndong lance le slogan du parti avant de procéder à l'appel des différentes délégations. Le quorum est atteint. Dans la salle un doigt se lève. L'intervenant s'étonne de ce qu'on ait refusé l'entrée de la salle à bon nombre de militants, y compris certains cadres. "Nous avons voulu travailler dans la sérénité", répond Georges Ndong. Et comme le ton montait, le président du Conseil du 3e arrondissement, Ernest Okawé trouve judicieux qu'on mette la presse dehors. En attendant le discours d'ouverture. Ce qui sera fait avec soin et célérité. Plusieurs minutes s'écoulent. Puis, on vient nous dire que les travaux vont enfin commencer. On réintègre la salle.
Dans son discours d'ouverture, Georges Ndong exhorte les participants à faire montre d'une grande lucidité et d'avoir le sens du discernement dans les problèmes à traiter. "Chers progressistes, il est grand temps qu'on se ressaisisse, en, vue de créer une dynamique unitaire qui est l'une des conditions qui nous conduira à la victoire finale", dit-il. Un message qui est tombé dans des oreilles de sourds. Puisque la rencontre a tourné court.
D'après les renseignements collectés ici et là, il paraît que Ernest Okawé aurait jugé ce conseil inopportun, dès lors que certains malentendus nés du fameux conseil de Ntchengué n'avaient pas été réglés. "On ne va pas venir ici valider des listes alors qu'il y a une crise qui est là", aurait-il déclaré. C'est, dit-on, devant la sourde oreille du bureau du conseil présidé par un "pro-Mbourou" que les pro-Agondjo " ont quitté la salle. Du coup, les travaux ont été interrompus. Il était prévu, avant-hier soir, à 18 heures, au siège du parti, une réunion "hautement politique", présidée par Pierre-Louis Agondjo Okawé, le leader de cette formation politique ancrée à gauche et dans l'opposition au régime du président Omar Bongo.