LE fantôme de l'union rode autour de la galaxie présidentielle. Deux composantes de ce groupement politique formé autour du président Omar Bongo, plus précisément le Parti de l'unité du peuple (PUP), de Me Louis-Gaston Mayia et le Mouvement commun de développement (MCD), de Paul Biyogué Mba se sont dilués dans le Parti démocratique gabonais (PDG), principale force de cette famille politique. Quatre jours avant que le Parti gabonais du centre indépendant (PGCI), naguère dans l'opposition dite modérée, ne décide de s'associer à l'action menée par la majorité présidentielle.
Cette succession d'évènements politiques décline de prime abord amorce d'un rapprochement des forces politiques, de même' qu'elle traduit et marque une constante dans la vie politique gabonaise de ces trente dernières années.
Rétrospectivement, la création du Parti démocratique gabonais répondait au souci de son Fondateur Omar Bongo, de rassembler au sein d'une seule structure politique et autour de sa personne, toutes les forces vives de la nation de manière à ce que chacun des fils de son pays contribue et s'implique dans le développement du Gabon. Cette vision unitaire s'imposait face à l'urgence de rompre avec les clivages politico-ethniques, nés de l'exacerbation des tensions entre communautés et personnalités des différents bords politiques pour la conquête du pouvoir, qui avait marqué la vie politique quelques années plus tôt.
Dans ce contexte, on comprend aisément qu'au sein du parti unique, parti de masse, plusieurs Gabonais, membres de fait, y aient milité et oeuvré ensemble. Cette union des forces vives du pays n'a nullement sacralisé l'unanimisme politique, d'autant plus que l'adhésion autour des années 80 surtout d'une frange importante de compatriotes forte d'idées novatrices, a suscité des velléités d'indépendance, d'autonomie, d'affirmation de la "libre pensée" à travers la volonté d'expression manifestée en son sein par divers courants politiques.
Pour autant, le socle idéologique et la volonté de poursuivre ensemble l'œuvre accomplie n'ont guère été, dans la majorité des cas, entachés. Bien au contraire, car la consolidation des acquis a gagné des pans entiers du Parti démocratique gabonais. Sauf que' les différents courants ont, parla suite, eu des lectures parfois différentes, mais au fond souvent similaires du développement politique, économique et social du pays.
RAPPROCHEMENT • De ces lectures diverses, doublées d'une volonté affichée par certains hauts cadres de rompre avec le passé et les habitudes arrêtées, naîtront, si l'on peut dire, les premiers grands clivages et des divorces entre personnalités et hauts cadres. Ainsi que les départs de nombre d'entre eux du parti fondé par Omar Bongo dès les premiers moments d'ouverture au début des années 90.
Ces hommes politiques semblent davantage avoir été motivés parle nouveau contexte démocratique né de la Conférence nationale qui est apparu plus comme un tournant historique pour la jeune nation gabonaise après l'accession à la souveraineté nationale et internationale que par l'idée de rompre définitivement avec le président Omar Bongo. Car, bien qu'étant statutairement hors de l'ancien parti unique, ils n'ont eu de cesse d'inscrire leur combat dans le sillage de celui du chef de l'Etat.
Parce que justement ce qui les rapprochait était plus fort que ce qui pouvait les diviser. Cette volonté d'indépendance politique affichée car ces anciens pédégistes n'aura finalement pas réussi à les émanciper de l'union. Du moins pas pendant longtemps, à en juger par lés nombreux évènements politiques qu'a connus notre pays depuis l'instauration du multipartisme.
Décembre 1983 verra naître les premiers grands rapprochements des partisans d'Omar Bongo, avec la création de la Nouvelle Alliance, groupement de formations politiques soutenant sa candidature à la première élection présidentielle de l'ère démocratique.
Six à sept années plus tard, les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce sentiment va davantage s'enraciner. Puisque l'avènement de la majorité résidentielle, concept que traduit ~a vantage l'union scellée entre la vingtaine de forces politiques originellement proches du président Omar Bongo et signataires d'une Charte, et celles jusque-là moins proches, au regard de leur positionnement, trouve son réel sens avec le revirement opéré par le Rassemblement national des bûcherons de Paul Mba Abessole.
C'est sans nul doute, après coup, que tout aussi convaincus que la situation vécue par le pays et le combat sans cesse mené pare président Omar Bongo pour trouver les voies et moyens de sortir de la crise, que Jérôme Okinda et les membres du PGCI, convaincus de la justesse des idéaux prônés par le chef de la majorité, se sont laissés guider, eux aussi, par le mouvement de l'union.
À l'analyse de la déclaration lue dimanche dernier par l'ancien ministre des Finances, message qui dessine déjà la naissance d'un rassemblement le plus large possible des partis politiques, la perception et la réalité politique selon lesquelles l'heure est presque partout à l'union des forces politiques, à la cohésion des acteurs, se confirment bien au sein de la famille présidentielle. Et dans cette perspective, l'on peut déjà s'interroger avec qui d'autre et quand cette union se fera-t-elle réellement ?