Les élections au Gabon des conseillers municipaux et départementaux ont été marquées dimanche par un fort taux d'abstention, alors que le scrutin n'avait pas pu se tenir dans plusieurs communes pour des raisons diverses avant la clôture officielle des bureaux.
L'Union du peuple gabonais (UPG, opposition radicale) de Pierre Mamboundou a de son côté exigé l'annulation de ces élections, émaillées de "fraudes", selon le secrétaire général de l'UPG, David Mbadinga.
Le vote n'a pu se dérouler notamment à Oyem, capitale du Woleu-Ntem (nord), à Bongoville, dans le Haut-Ogooué (sud-est), à Mékambo, dans l'Ogooué-Ivindo, à l'est, et à Kango, à environ 80 km à l'est de Libreville, a indiqué à l'AFP la Commission nationale électorale (CNE), qui n'a pas exclu que le scrutin se poursuive au-delà de l'heure officielle dans ces localités.
La CNE s'est déclarée dans l'impossibilité, au moment de la clôture du vote à 18H00 (17H00 GMT), de donner une évaluation du taux de participation des quelque 532.000 électeurs inscrits.
Indépendamment des quelques incidents qui ont empêché la tenue du scrutin, une bonne partie des 2.210 bureaux de vote au Gabon ont ouvert avec retard, y compris à Libreville. Le plus souvent, le matériel était disponible en temps et en heure mais les membres des bureaux faisaient partiellement défaut.
Parfois, des litiges portant sur la représentativité de ces membres ont été à l'origine des retards.
Quant à la participation, dans les bureaux visités par l'AFP à moins d'une heure de la clôture des bureaux, les journalistes ont pu constater qu'à de rares exceptions près, le nombre de votants était inférieur à 10% des inscrits et parfois moins de 5%.
Selon l'UPG, qui a exigé l'annulation de ces élections en arguant de "fraudes", "le taux de participation est inférieur à 2%".
Pour le secrétaire général de l'UPG, David Mbadinga, ce faible taux est dû au fait que "le pouvoir a fait disparaître des noms sur les listes électorales et plusieurs électeurs se retrouvent sans cartes d'électeur".
"Les Gabonais ne croient plus que l'ordre politique actuel peut changer par la voie des urnes", a poursuivi M. Mbadinga.
Selon lui, cette situation marque "une rupture entre la population et le pouvoir qui pourrait entraîner le chaos, pire qu'en Côte d'Ivoire", pays en proie depuis le 19 septembre à une rébellion armée.
Les autorités et les médias gouvernementaux n'avaient pourtant pas ménagé leurs efforts pour tenter de mobiliser la population pour ces élections destinées à désigner, pour la deuxième fois dans l'histoire de ce pays d'un million d'habitants, les conseillers municipaux de 50 communes et les conseillers de 47 départements dans un scrutin de listes à la proportionnelle à un tour.
Le scrutin a même mobilisé "2 milliards 500 millions de FCFA" (3,81 EUR), selon la CNE.
Le Premier ministre, Jean-François Ntoutoume Emane, avait lancé vendredi après-midi un appel pressant aux électeurs: "Je demande aux Gabonais d'aller (...) massivement exercer leur devoir civique", avait-il dit.
"Il serait dangereux que le taux d'abstention soit encore élevé", avait estimé le Premier ministre, en référence notamment aux dernières législatives de décembre 2001 où le taux de participation avait plafonné aux alentours de 20%.
De même, parmi diverses mesures pour favoriser la participation, la Cour Constitutionnelle avait prorogé le délai de délivrance des cartes d'électeurs "jusqu'au jour du scrutin inclus".
Ces élections se déroulent alors que les députés ont adopté en décembre une loi interdisant aux membres du gouvernement, aux sénateurs et aux députés de briguer des mandats municipaux ou départementaux, mais cette loi n'a pas encore été promulguée.
Dans l'esprit de son initiateur, le président Omar Bongo, cette loi visait à favoriser l'émergence d'une nouvelle élite politique dans le pays.