La démarche des deux leaders pupiste et tortue ne fait pas que des heureux dans "la maison du père". C'est le moins que l'on puisse dire !
LE président de la République a reçu hier les dirigeants du Parti démocratique gabonais, avec à leur tête Simplice Guedet Manzela, le secrétaire exécutif qu'accompagnaient Me Louis-Gaston Mayila et Paul Biyoghé Mba, tous deux anciens leaders respectifs du Parti de l'unité du peuple (PUP) et du Mouvement commun de développement (MCD), qui se sont dissous dans le parti fondé par Omar Bongo.
Cette rencontre au sommet, la première depuis cet évènement, intervient au lendemain de la désignation des têtes de listes du Parti démocratique gabonais (PDG). Laquelle procédure place vraisemblablement les responsables de cette formation politique face à deux exigences de taille: panser les blessures causées par ces choix rendus quelque peu difficiles dans certaines circonscriptions par la fusion-absoption du 21 novembre dernier. Et s'engager dans une entreprise pédagogique indispensable à la compréhension de la donne imposée par le retour de ces deux dirigeants dans leur ancienne formation politique.
Pour l'une ou l'autre exigence, l'exercice ne sera guère simple. Nombreux en effet, sont ceux qui, aussi bien dans les rangs du parti au pouvoir; que chez les anciens pupistes et tortues, et même dans l'opinion, s'interrogent toujours sur la portée des actes posés par les deux anciens chefs de partis membres de la majorité présidentielle et les raisons profondes de leurs choix politiques.
Mais, que l'on se situe dans un camp ou dans l'autre, il faut reconnaître tout de même que plus d'une décennie après avoir claqué la porte du Parti démocratique gabonais, Louis-Gaston Mayila et Paul Biyoghé Mba, deux personnalités formées à l'école du président Omar Bongo, ont posé un acte de courage en réintégrant le PDG.
A ce sujet, au regard des conditions dans lesquelles ces deux hommes politiques avaient quitté la famille pédégiste, le premier au lendemain de la Conférence nationale et le second tout juste après les présidentielles de décembre 1993, et cela en exprimant les critiques les plus virulentes à l'endroit du PDG. Il faut admettre que le retour à la maison-mère, voire dans la "maison du père", ne pouvait que susciter étonnements et critiques.
ATTACHEMENT• Pour autant, ce revirement pour le moins inattendu dans les milieux pédégistes, ne saurait en tous cas éluder cet acte de courage et de fidélité par rapport à Omar Bongo.. Et si l'on se place bien dans logique de ces deux personnalités, il ne devrait donc guère surprendre. Et pour cause : les deux hommes et présidents de leurs partis politiques respectifs sont restés par leur positionnement et combat politique toujours proches du prégident-fondateur du PDG. Leur retour au PDG se comprend aisément.
Car, en acceptant de se dissoudre dans l'ancien parti unique, principale force politique du pays, ils perdent leur autonomie et indépendance sur la scène politique, détruisent des années d'efforts d'implantation de leurs partis et acceptent de se remettre en cause. Alors qu'en restant à la tête de leurs propres partis, ils disposaient chacun d'une tribune pour faire entendre leurs différences, leurs conceptions du jeu politique, de l'état du pays, qu'ils pouvaient se prévaloir comme d'autres forces de la majorité présidentielle et de l'opposition d'être représentant d'une certaine frange de la population représentée au Parlement et dans les conseils locaux sortants.
Cette évolution peut aussi être interprétée comme le fait d'un acte volontariste- étant entendu qu'en fusionnant au grand jour avec le PDG et en affichant publiquement leur attachement au président Omar Bongo, le président du Conseil économique et social, Louis-Gaston Mayila et Paul Biyoghé Mba, l'actuel ministre des PME-PMI du gouvernement Ntoutoume Emane II, ont accepté de revenir mener leur combat aux côtés de ceux là qu'ils critiquaient il y a encore peu de temps.
INTÉRÊTS • Comparativement à d'autres acteurs politiques qui s'illustrent par des comportements et attitudes aux antipodes des déclarations qu'ils tiennent le jour en collaborant avec celui qui est supposé être leur adversaire public numéro un et cela pour des intérêts beaucoup plus individuels que généraux, il y a manifestement dans la décision de fusion acceptée par le président-fondateur du PDG, un mérite non négligeable. Et qui, malheureusement, est, semble-t-il, perçue diversement au sein du Parti démocratique gabonais, de la majorité présidentielle et même dans l'opinion.
C'est donc le lieu de s'interroger au sein de la galaxie présidentielle et même au-delà pour savoir qui la fusion-absorption gêne réellement ? Lorsque l'on part du principe que cette fusion est entre le PDG et deux formations du camp présidentiel, donc autour d'Omar Bon o, dès lors, il faut également s~interroger à qui profite ce retour ? Et par la même occasion tenter de savoir qui a réellement peur de cette fusion absorption ?
De ce point de vue, on peut d'ores et déjà déduire que seuls ceux qui s'engagent dans le parti au pouvoir et avec l'intérêt de défendre leurs intérêts individuels ou encore de groupuscules politiques, dont la seule ambition est de se positionner toujours de manière avantageuse aux côtés du chef de l'Etat et président-fondateur du PDG, et cela sans se soucier de savoir s'ils servent réellement ses intérêts, peuvent s'offusquer de cette fusion.
A la veille des élections des conseillers et des maires, la juste mesure des évènements commande aux uns et autres d'attendre l'issue de ce vote pour savoir ce que rapportera cette fusion qui suscite four l'heure, bien à tort, tant d'interrogations, d'incompréhensions, de mécontentements.