LORSQUE Omar Bongo évoque lors du Conseil des ministres du mardi 12 novembre dernier la fin du cumul des fonctions en donnant des instructions fermes au gouvernement pour que cette idée soit matérialisée dans le cadre d'un projet de loi, nombreux sont ceux qui dans l'opinion et même parmi les acteurs politiques espéraient bien que cette idée resterait au stade des bonnes intentions.
Il aura fallu tout juste un peu plus de deux semaines pour que les choses se précisent réellement et que se concrétise l'idée à laquelle le président de la République attache le plus grand intérêt étant entendu qu'elle participait de sa ferme volonté de favoriser la circulation des élites politiques, permettre l'émergence de toutes les intelligences et lutter contre la pauvreté par une redistribution équitable des fonctions et partant des revenus.
Le gouvernement a adopté lors du dernier Conseil des ministres du lundi 3 décembre dernier des projets de lois organiques qui consacrent déjà la fin du cumul des fonctions et mandats. Autant dire que ce pan de l'Exécutif clarifie et définit, si I' on peut dire, à moins d'un mois des élections des conseillers municipaux et départementaux, la situation et les contours d'une décision qui vient, quoi qu'on dise mettre un sérieux coup d'arrêt aux ambitions exprimées ou supposées de certains hommes politiques.
PRÉTENDANTS •A la lecture des différents projets de lois organiques adoptes, il n'y a plus de doutes sur les incompatibilités des mandats de député et sénateur avec les fonctions de gestion d'une collectivité locale, de même que les positions du membre du gouvernement et d'élu local sont clairement définies. Mieux encore, obligation est dorénavant faite au sénateur d'être un élu local.
Concrètement, ces incompatibilités devraient se traduire sur le champ politique et institutionnel, notamment dans la perspective des élections locales, par un redéploiement des acteurs politiques. Tous les élus nationaux siégeant à l'Assemblée nationale ont le droit d'être sur des listes lors des locales, mais aucun d'eux ne peut prétendre présider un conseil municipal ou départemental.
Plus clairement, cela revient à dire que les actuels députés-maires et ministres, Paul Mba Abessole, Antoine Mboumbou Miyakou, Idriss Ngari, Pierre Amoughé Mba, les deputés-maires, Pierre Louis Agondjo Okawé, jean-Boniface Assèlé, Marcel Doupamby Matocka, les sénateurs-maires Mouvagha Tsioba et autres, sont d'emblée disqualifiés de la course.
Et le fait que la seule possibilité de démission d'un mandat ne semble ossible que lors de l'entrée du tituaire au gouvernement, réduit considérablement le champ d'action de ces hommes politiques. Ce qui complique davantage la donne et brouille quelque peu les repères de nombre de ces prétendants, candidats à leur propre succession, ou encore élu national candidat proclamé à la mairie d'une ville, ou d'un arrondissement. C'est le cas, notamment pour André Mbourou, du Parti gabonais du progrès (PGP) à Port Gentil, et bien d'autres postulants.
INCERTITUDES • Dans le même ordre d'idée, et contrairement à la première élection de 1997 des membres du Sénat, obligation est aujourd'hui faite à tout candidat de siéger dans un Conseil départemental ou municipal . Cette mesure se présente aujourd'hui aussi comme une exigence destinée, semble-t-il, à donner une limite au niveau local au sénateur élu au Parlement.
Dans cette logique et globalement, il y a effectivement lieu d'admettre une forme de révolution naissante dans le landerneau politique gabonais et surtout de tournant majeur dans les mœurs politiques nationales dominées, il faut le dire, pendant des décennies par une forte concentration, voire un panel quasiment générique des acteurs politiques.
A cet égard la volonté de réguler les élites politiques si clairement exprimée sonne comme une remise en cause, l'amorce d'un nouveau départ, un changement dans les approches, les normes et les strates politiques. Et avec elle, se manifeste une farouche détermination de voir émerger sur la scène politique d'autres acteurs que ceux déjà présents à divers niveaux de la strate politique et sociale, notamment au sein du Parlement, du gouvernement.
Dans tous les cas, ce changement décisif, correspondant à la volonté du plus grand nombre de compatriotes, a ceci de particulier qu'il met fin à une longue période d'incertitude, d'interrogations, interprétations, appréciations et lectures diverses autour de l'initiative présidentielle. La dernière réunion de ce pan de l'Exécutif a donné des réponses précises aux interrogations, doutes et autres appréhensions. Des lors les réactions de nombre d'acteurs politiques, élus nationaux, membres du gouvernement se comprennent, car ils devront pour certains, se résigner face à la nouvelle donne juridique dessinée par l'initiative, l'acte révolutionnaire posé par Omar Bongo.