La bataille pour la succession du député-maire de Port-Gentil à la tête du Parti gabonais du progrès est ravivée à l'approche des locales.
PRÉSIDENT du Parti gabonais du progrès, Me Pierre-Louis Agondjo Okawé, et son n°2 Benoît Joseph Mouity Nzamba sont en proie à une profonde crise interne au sein de leur famille politique, avec en toile de fond la bataille pour la succession à la tête de cette formation politique en nette perte de vitesse sur le terrain électoral à l'approche des élections locales et sénatoriales.
Certes, il n'y a rien d'original à évoquer le nouveau climat délétère qui prévaut dans ce parti, habitué a faire parler de lui négativement depuis l'élection présidentielle de 1998. Où en dépit du refus de son leader d'être le candidat naturel du parti à ce scrutin, le Congrès convoqué dans la confusion à cet effet, avait refusé de facto, puis à l'issue même de ces assises, l'investiture au vice-président.
De même que lorsqu'il y a un an de cela, a mi-mandat de l'actuel Conseil municipal de Port-Gentil, Me Agondjo Okawé a succédé dans des conditions toujours critiquées dans la capitale économique, à l'ancien maire de la ville, Marie-Augustine Houangni Ambouroué, exclue sévèrement du PGP après un Congrès extraordinaire sans suspens.
Soit dit en passant, ces souvenirs tristes ne sont pas' si lointains dans l'esprit des militants. Pis, une nouvelle crise plus dévastatrice fait planer très sérieusement, cette fois-ci, le spectre d'un schisme qui menace d'emporter l'édifice PGP. Il s'agit des événements actuels qui se déroulent à Port-Gentil en prélude aux locales, et qui ont récemment franchi un palier supplémentaire.
Alors qu'on ne s'y attendait pas le moins du monde, le maire délégué du 2e arrondissement, Jean-Rémy Pambo, au départ inscrit en deuxième position sur la liste que doit conduire au nom du PGP, le député de cette circonscription électorale, et 3e vice-président de l'Assemblée nationale, André Mbourou, a décidé de se retirer pour se présenter comme tête de liste en "Indépendant". A priori, cette affaire est passée inaperçue, mais les observateurs chevronnés ont noté qu'elle est symptomatique de la crise qui couve au sein du PGP à Port-Gentil, fief traditionnel de ce parti.
Hier matin, au siège librevillois des pégépistes, un cadre a reconnu que ce qui s'est passé là prouve si besoin en était encore, que l'édifice PGP peut effectivement s'effondrer a ce rythme, avant de préciser que ce qui est plus que jamais en jeu c'est le contrôle de l'appareil du parti après que Me Agondjo Okawé aura accepté, tôt ou tard, de passer le témoin à un autre militant. Bien que ce hiérarque du PGP se soit exprimé sous couvert de l'anonymat, l'exacerbation de la crise en question part justement de la double candidature à la mairie de Port-Gentil-de deux pégépistes, le débuté du 2e arrondissement d'une part, et le maire sortant d'autre, part.
En effet, avant que la dernière décision prise en Conseil des ministres et interdisant le cumul des fonctions politiques électives ne vienne doucher les ambitions des uns et des autres on se souvient que juste après l'annonce de la décision officielle du chef du PGP de rempiler à l'Hôtel de ville, ce député courageux annonçait à son tour sa candidature à la candidature. Pour Me Agondjo Okawé, curieusement, il s'agissait là d'un crime de lèse majesté que les instances du parti devaient punir sévèrement. En un mot, son souhait était que son adversaire déclaré fût exclu, comme l'avait été son prédécesseur à l'Hôtel de ville jadis.
Une réunion du Bureau national à laquelle Me Agondjo n'avait pas assisté fut alors convoquée, au cours de laquelle André Mbourou justifia sa démarche en faisant valoir que sa candidature était le fait d'un consensus partagé par le président du PGP, et conséquemment c'est lui par contre qui n'avait plus respecté la parole donnée. C'est exact, selon la grande majorité des pégéistes, que leur leader avait dejà fait savoir publiquement qu'au terme de l'actuel quinquennat, il n'allait plus briguer les suffrages du collège électoral pour demeurer le maire de la capitale économique, et qu'il n'entendait guère se représenter non plus aux législatives. Bref, qu'il allait se retirer de la scène politique afin de prendre une retraite méritée.
Aujourd'hui, là où le bât blesse, c'est qu'en dépit des instructions fermes données au vice-président Mouity Nzamba de ne pas entendre l'accusé, et de le radier des effectifs du PGP, l'ancien député de Mououtsi choisit plutôt de jouer l'apaisement, en blâmant André Mbourou et en lui enjoignant de battre sa coulpe pour certains des propos qu'il avait tenus sur l'état de santé du leader du PGP.
DONNEES ÉLECTORALES • Evidemment, cette sanction n'a pas du tout été du goût du chef charismatique du pGP, qui ne l'a jamais pardonné à son n°2, au point que, depuis lors, il s'est refusé à avoir le moindre contact avec lui. Il se dit même, à Likouala, que l'atmosphère est autrement; plus sinistre entre eux depuis cette réunion du Bureau national.
Il se dit surtout, que cela prouve à quel point le président du PGP est fragilisé et mis en minorité parmi les responsables du parti, d'où les décisions unilatérales qu'il a prises ces temps derniers pour faire entrer de nouveaux "lieutenants" tout acquis à sa cause dans l'instance dirigeante du parti pour retrouver la majorité qui lui fait défaut afin de conserver la marge de manœuvre, dont il a besoin, en particulier, pour tout faire avaliser. En face, on lui rétorque qu'il agit en violation flagrante des statuts du PGP qui stipulent que seul le Congrès choisit les membres du Bureau national.
Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a désormais un bras de fer entre Me Agondjo Okawé et les autres membres du Bureau national, et il se murmure enfin que ce bras de fer porte en lui les germes de la bataille pour la succession à la présidence du parti. Et tout indique de plus en plus que, de l'avis de Me Agondjo Okawé, il n'est pas question que l'actuel vice-président lui succède. Selon la thèse présentant ce parti comme étant celui des Nkomis du Fernan Vaz, avec leurs "frères" Orungus de Port-Gentil.
C'est ce qui explique toute l'attitude belliciste et va-t-en guerre qu'affiche sans s'en cacher le leader du PGP. Mais, son problème aujourd'hui est que parmi les militants qui sont ses "frères", il y en a qui pensent que pour que le PGP survive, il est indispensable qu'il accepte de passer le témoin à un militant qui ne parle pas sa langue, en l'occurrence son n° 2. Nombreux sont ceux qu défendent cette position en s'appuyant sur des données électorales. Le gros des élus du PGP est issu du Sud du pays.