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Bongo for ever ?
Auteur:  Jean-Dominique Geslin  | Date: 21 Juillet 2003  | Réactions ()
Section: Politique  | Source: Jeune Afrique

Dans la quasi-indifférence de l'opposition, le Parlement doit se réunir en congrès et réviser la Constitution pour permettre au chef de l'État de briguer autant de mandats qu'il le souhaite.

La Constitution du Gabon, c'est un peu comme le vin : elle est censée s'améliorer en prenant de l'âge. Et ce n'est pas Omar Bongo qui dira le contraire. Installé au pouvoir depuis 1967, le président gabonais va pouvoir poursuivre sa carrière politique aussi longtemps qu'il le souhaitera. Un projet de révision du Texte fondamental envisage de permettre au chef de l'État de briguer sa propre succession sans limitation du nombre de mandats. Une fois modifié, l'article 9 stipulera que « le président de la République est élu pour sept ans au suffrage universel direct et au scrutin secret à un tour. Il est rééligible. » Point final. La précédente mouture spécifiait qu'il n'était rééligible qu'une seule fois. Les parlementaires gabonais sont plutôt prévoyants. Déjà en avril 1997, ils avaient porté la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans tout en limitant à deux leur nombre, permettant ainsi au tenant du titre de se maintenir en poste jusqu'en décembre 2012. Omar Bongo, qui sera alors âgé de 77 ans, pourra envisager de rempiler, si le coeur lui en dit...

Les artisans de la réforme indiquent que ce n'est pas pour modifier l'article 9 que le Texte fondamental a été toiletté. Lancée en mars dernier par le président de l'Assemblée nationale, Guy Nzouba-Ndama, l'idée d'amender la Constitution visait initialement à instituer un mode d'élection à un seul tour, tant pour la présidentielle que pour les scrutins législatifs, départementaux et municipaux. L'objectif est de réduire « les coûts exorbitants qu'implique l'organisation d'élections à deux tours, compte tenu de la crise financière que connaît le pays et qui pourrait perdurer », a expliqué Nzouba-Ndama devant la commission des lois. Le coût de l'organisation d'une élection à deux tours sur le territoire gabonais est estimé à 15 milliards de F CFA (22,8 millions d'euros). Outre l'aspect financier de cette mesure, le président de l'Assemblée a également insisté sur l'assainissement du jeu électoral qui devrait en résulter. Selon lui, la réforme doit notamment permettre de « limiter les candidatures fantaisistes, empêcher les alliances contre nature qui faussent le jeu démocratique au deuxième tour des élections, et accroître la rigueur dans l'élaboration et la présentation des programmes des différents candidats ». Une opinion que ne partage pas l'ex-ministre Zacharie Myboto. Membre du parti au pouvoir en délicatesse avec le chef de l'État, le député du Haut-Ogooué, qui prêche pour sa paroisse, craint que cette mesure ne conduise à marginaliser d'authentiques candidats, alors que « des candidatures parallèles sont suscitées et appuyées par le pouvoir pour faire ombrage à des candidatures considérées comme gênantes ».

Mais, en amendant la proposition de loi qui lui était soumise le 14 juillet dernier, le Conseil des ministres a escamoté le débat sur le mode d'élection pour glisser subrepticement vers ce qui lui tenait à coeur : faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels. Pour permettre au chef de l'État de se représenter - comme en France - ad vitam aeternam, le gouvernement a invoqué « l'harmonisation du nombre de mandats électifs, qui laisse dorénavant le suffrage universel seul juge ». Une initiative que n'a pas découragée le principal intéressé, bien au contraire. Omar Bongo a tout lieu d'être satisfait : il ne craint plus la retraite anticipée, et profite de l'occasion pour reprendre en main le jeu politique gabonais. Tout en faisant taire les rumeurs relatives à sa succession, le chef de l'État se montre aujourd'hui plus actif que jamais. « Le boss vient d'effectuer une tournée en province, et va certainement mettre à profit le VIIIe congrès du PDG (Parti démocratique gabonais), les 19 et 20 juillet à Libreville, pour renforcer son rôle au sein du mouvement et resserrer les rangs autour de lui, explique un exégète du bongoïsme. Ce qui devrait lui permettre ensuite de faire passer la réforme constitutionnelle comme une lettre à la poste. »

Assuré du soutien inconditionnel de la mouvance présidentielle, le chef de l'État n'a pas de souci à se faire. D'autant que l'opposition, convertie à un mode de fonctionnement résolument « convivial », n'est plus vraiment en mesure de lui tenir tête. Autrefois qualifié d'opposant historique, Paul Mba Abessole, leader du Rassemblement national des Bûcherons (RNB/RPG), siège au gouvernement depuis janvier 2002 en qualité de vice-Premier ministre... et se garde bien de critiquer toute initiative venant du palais du Bord de mer. Éphémère ministre de l'Agriculture débarqué en début d'année, Pierre Claver Moussavou, chef de file du Parti social-démocrate (PSD), se fait pour le moins discret. Tout comme le Parti gabonais du progrès (PGP) de Pierre-Louis Agondjo Okawé. En revanche, l'Union du peuple gabonais (UPG), principale formation de l'opposition radicale, a réagi à la décision de supprimer la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels en accusant le régime d'Omar Bongo de vouloir « instaurer une présidence à vie ». Mais depuis qu'il a boycotté les élections législatives de décembre 2001, son président, Pierre Mamboundou, se trouve privé de tribune parlementaire et peine à faire entendre sa différence.

En fait, plus que l'UPG, ce sont les responsables du Rassemblement national des républicains (RNR) que le pouvoir semble juger plus menaçants. Son président, Gérard Ella Nguema, et deux autres militants ont été interpellés le 7 juillet par des agents des services de renseignements. Dans son édition du 12 juillet, le quotidien gouvernemental L'Union a confirmé l'arrestation de ces militants, accusés d'avoir voulu incendier le siège de la Radiotélévision gabonaise (RTG).

De ce jeune parti créé en février dernier, on ne sait pas grand-chose, sinon qu'il s'est doté d'un « gouvernement parallèle » destiné à fonder « une nouvelle République débarrassée de la corruption ». Bien qu'il revendique plusieurs centaines d'adhérents, le RNR ressemble plus à une affaire de famille qu'à un mouvement politique. Et la tentative d'attentat qui lui est imputée, plus à une blague de potaches qu'à un complot terroriste. Des graffitis proclamant « Bongo doit partir », populairement désignés sous les initiales BDP, ont fait irruption au cours des dernières semaines sur les murs de la capitale. Le RNR serait également suspecté d'être à l'origine de ces inscriptions.

Toujours est-il qu'au palais du Bord de mer, on ne prend pas la menace à la légère. Le président Bongo a lui-même expliqué à ses administrés que ces « dangereux » agitateurs envisageaient de commettre des attentats contre plusieurs bâtiments officiels. « Ils avaient préparé des explosifs et voulaient faire sauter la RTG et la présidence de la République. Ils voulaient aussi faire sauter la primature et la prison centrale », a affirmé le chef de l'État le 12 juillet, lors d'une conférence de presse à son retour du sommet de l'Union africaine de Maputo, au Mozambique.

« Cela fait partie de la méthode du président, estime-t-on dans l'opposition. Il crie au loup pour faire diversion et faire avaler sa Constitution à géométrie variable. » Pour les anti-Bongo, le débat sur le mode de scrutin n'est donc qu'un leurre destiné à retoucher le très sensible article 9. De la même manière, le 18 avril 1997, la création du poste de vice-président de la République a servi d'alibi pour allonger le mandat du chef de l'État de cinq à sept ans. Enfin, le 9 octobre 2000, députés et sénateurs ont profité d'une réforme introduisant la notion de Dieu dans le préambule de la Loi fondamentale pour garantir, dans la foulée, l'immunité judiciaire du chef de l'État après l'expiration de son mandat : une fois qu'il aura quitté son poste, Omar Bongo ne pourra donc plus être mis en cause, poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé pour des actes commis dans l'exercice de ses fonctions. Désormais, seule la Haute Cour de justice peut, comme en France, juger le président de la République.

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