En dépit d'une stabilisation de la prévalence du VIH (autour de 8%) au Gabon en 2003 et d'une amorce de changement des comportements, les acteurs de la lutte contre le sida affichent un optimisme mesuré face à une situation toujours inquiétante.
"Le travail commence à porter quelques fruits", s'est prudemment réjoui le directeur du Programme national de lutte contre le sida (PNLS), le Dr Gabriel Malonga, à l'occasion de la présentation de son rapport 2003 faisant le point sur la situation du VIH-sida au Gabon.
"On n'a pas dit que nous avions gagné la bataille. Il y a une situation dangereuse (...) Il ne faut pas baisser la garde", a immédiatement tempéré le Dr Malonga.
Au premier rang des satisfactions, la hausse du nombre de tests effectués s'est poursuivie en 2003, et le nombre de résultats positifs, qui ne cessait d'augmenter entre 1999 et 2001, a diminué depuis 2002.
Mais surtout, la demande de dépistage spontané a considérablement augmenté, signe d'un "changement de comportement important", selon le rapport du PNLS.
Ce dépistage spontané prend une part de plus en plus importante dans le nombre total de tests VIH (également pratiqués lors de dons de sang, d'examens prénataux ou de suspicions cliniques) et "de moins en moins de personnes découvrent leur statut après le début du stade sida", selon le Dr Patricia Keba du PNLS.
Reste que la majorité de ceux qui ont tenu volontairement à connaître leur statut sérologique ont entre 15 et 25 ans et sont célibataires, et que la demande décroît avec l'âge au-delà de 25 ans.
De plus, les jeunes ont beau - contrairement à une idée répandue au Gabon - être relativement moins touchés que la moyenne par le VIH-sida, leurs "comportements à risque (...) constituent une menace à long terme", selon le PNLS, "une bombe à retardement", selon le Dr Malonga.
Au nombre de ces comportements figure la fréquence des relations occasionnelles non protégées de jeunes filles avec des adultes plus âgés, proportionnellement plus touchés par le virus, au risque de contaminer ensuite les partenaires de leur âge.
Le PNLS constate en effet que les jeunes filles de 20 à 25 ans sont deux fois plus touchées par le virus que les garçons de leur âge, contrairement au reste de la population, où autant de femmes que d'hommes sont infectés.
Une étude menée auprès de 640 élèves gabonais âgés de 14 à 22 ans a révélé un taux de prévalence de 2% environ. Mais elle a aussi montré que sur les trois-quarts disant avoir déjà eu des rapports sexuels, 67% n'avaient pas utilisé de préservatif lors de leur première expérience.
En matière de connaissance de la maladie, des progrès restent à faire malgré les campagnes d'information: 48% des élèves ignorent les modes de transmission du VIH, 49% ne connaissent pas les moyens de prévention et 40% pensent que le sida se guérit.
Pourtant, l'attitude vis-à-vis du préservatif a également changé, notamment grâce à la vente de modèles à des prix très faibles (25 francs CFA l'unité, environ 4 centimes d'euros) par le PNLS dans le réseau des kiosques du PMUG (Pari mutuel urbain gabonais).
"On vend près de 100.000 préservatifs par mois dans les kiosques du PMUG, sans compter les ventes en pharmacie", se réjouit le Dr Malonga.
"Il faut au moins trois, quatre ans pour que les campagnes aient un impact", explique-t-il toutefois. "Changer les comportements, c'est tout un processus. Si on arrête cette mobilisation, les gens reprendront leurs anciennes pratiques. Il ne faut pas baisser la garde", prévient-il.