Le quinzomadaire satirique africain Le Gri-Gri international du 13 janvier consacre une large place aux mésaventures de la banque française BNP Paribas au Gabon entre 2000 et 2003. Le journal, tiré à 10 000 exemplaires et dont le siège est à Paris, publie des documents internes à l'établissement, notamment un rapport de l'inspection générale et une lettre de Michel Pébereau, alors président de BNP Paribas.
Tout débute par la remise, le 13 juin 2000, des résultats de l'audit de la Banque internationale pour le commerce et l'industrie du Gabon (BICIG), filiale gabonaise de BNP Paribas. Le rapport vise cinq dossiers qualifiés de "sensibles", notamment "la mise en disponibilité de collaborateurs auprès du ministère des finances gabonais, les placements financiers de la BICIG auprès de Merrill Lynch et la cellule de gestion de comptes à numéro".
Les auditeurs signalent, en effet, la création en 1999 par le directeur de la BICIG, Emile Doumba, futur ministre des finances, d'un service dédié aux seuls comptes à numéro, prestations habituellement réservées aux paradis fiscaux. L'inspection précise : "Les pratiques locales (...) rendent difficile la maîtrise de cette activité." "L'ensemble des comptes ouverts, ajoute l'audit, concernent des personnalités politiques gabonaises et la justification de certains mouvements créditeurs apparaît délicate. C'est le cas d'un dépôt en espèces effectué par un administrateur de la banque qui correspond à des fonds spéciaux versés par l'Etat gabonais dont la transcription dans la comptabilité n'est pas garantie."
M. Pébereau insiste alors, dans une note, sur "la nécessité d'une reprise en main". Malgré tout, en janvier 2002, le paiement de la redevance de la société pétrolière Perenco à l'Etat gabonais met les services internes en alerte. Une partie de celle-ci est "ventilée" sur les comptes de dignitaires du régime avant d'être déposée sur le compte du Trésor gabonais à la BICIG.
M. Pébereau souhaite alors fermer la filiale, mais y aurait renoncé sous la pression de l'ambassade de France et de la présidence gabonaise. Interrogé par Le Monde, BNP Paribas a confirmé la validité des notes révélées par le journal, mais affirme que ces dérives appartiennent au passé. Dans sa réponse au Gri-Gri international, la banque précise qu'elle "s'était fixé comme objectif de mettre ses filiales et banques associées au standard des grandes banques internationales, notamment en termes de règles comptables et de déontologie".