Les avocats de l'ex-"Monsieur Afrique" d'Elf André Tarallo ont réclamé lundi la relaxe de leur client, dressant de lui le portrait d'un "homme d'Etat" qui n'a cherché qu'à défendre "l'intérêt de son pays" et s'est révélé "indispensable" aux relations franco-africaines.
Après avoir planté un peu maladroitement devant le président et ses assesseurs une vaste carte du golfe de Guinée -pour qu'ils comprennent bien "quelle a été l'action de M. Tarallo pendant 22 ans"- Me Pierre Benoliel, décrit l'ancien n°2 d'Elf comme un personnage "considérable".
"André Tarallo a agi comme une homme d'Etat" chargé d'une "mission": "assurer l'indépendance énergétique de la France", lance-t-il avec emphase.
Dans ces conditions, la peine de huit ans de prison réclamée contre son client, qui n'a jamais fait de détention dans cette affaire contrairement à Loïk Le Floch-Prigent et Alfred Sirven, lui apparaît être un "scandale".
"Etant donné son âge (76 ans), on vous a demandé que M. Tarallo finisse ses jours en prison, de la condamner à perpétuité !", s'énerve l'avocat.
Prenant sa suite, Me Guillaume Foyer de Costil déplore "un procès dont l'issue semble, en tout cas pour certains, écrite à l'avance", demandant au tribunal "d'avoir du courage pour aller à contre-courant" et éviter qu'André Tarallo ne soit victime d'"une très grande injustice".
Il évoque aussi "un dossier en ruine".
"On nous dit : les sommes ont circulé", mais on n'est pas d'accord sur les motifs. Or, si on fait l'économie de cette recherche, on fait du mauvais droit", poursuit-il.
Après quoi lui aussi se focalise sur l'histoire de son client, celle d'un homme "qui a toujours vécu dans un monde confidentiel, loin de cette lumière crue, publique, dans laquelle nous nous trouvons".
Son avocat suisse, Me Michel Halperin reprend pour sa part, avec éloquence, l'argumentaire principal d'André Tarallo, selon lequel il a été le gestionnaire forcément "discret", via ses comptes en Suisse, de la fortune du président du Gabon Omar Bongo.
Les chefs d'Etats africains, dont il est "notoire qu'ils disposent de patrimoines importants" considéraient que M. Tarallo leur était "indispensable", "voix chaleureuse et amie sans laquelle rien ne se fait", poursuit Me Halperin.
"Il y des comptes, il y a des fortunes considérables et il y a une exigence de secret impérative", poursuit-il, justifiant ainsi que "M. Bongo n'ait pas de compte à son nom" et demande par exemple à Tarallo d'investir pour lui dans l'immobilier parisien "extrêmement prisé en Afrique".
"On dit: curieusement Tarallo achète des oeuvres d'art à son goût , c'est ridicule ! Omar Bongo n'investit pas dans des tableaux pour les mettre sur son mur, il achète pour placer !", poursuit l'avocat.
Sa plaidoirie se poursuivait vers 18H00.
Le procès Elf devait s'achever dans la soirée, après l'annonce de la date du délibéré, probablement en octobre ou novembre.