Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG d'Elf, a déclaré lundi devant le tribunal correctionnel de Paris, que le groupe pétrolier avait financé, sous sa présidence, les partis politiques de droite comme de gauche à hauteur de "cinq millions de dollars par an".
Un montant largement inférieur à la réalité, selon son ancien bras droit, Alfred Sirven, chargé avec le "Monsieur Afrique" du groupe, André Tarallo, de l'organisation de ce financement occulte. "Ce chiffre me semble particulièrement faible", a déclaré M. Sirven, ancien dire qui s'est cependant refusé à donner d'autres montants.
L'ancien PDG d'Elf a expliqué pour sa part que ces financements politiques provenaient des commissions générées sur les marchés pétroliers. André Tarallo s'occupait selon lui des mouvements politiques de droite et Alfred Sirven de la gauche.
Loïk Le Floch-Prigent a affirmé qu'avant sa nomination à la présidence d'Elf en 1989, le bénéficiaire quasi exclusif de ce financement occulte était le RPR. Il a ajouté qu'à partir de son arrivée à la tête du groupe, ce financement avait été rééquilibré "au profit des autres partis sans ignorer le parti gaulliste" selon le souhait de l'ancien chef de l'Etat François Mitterrand.
Les candidats à la présidence de la République avaient accès au secrétariat général du groupe Elf où on leur remettait une "enveloppe de campagne", a par ailleurs déclaré Loïk Le Floch-Prigent.
André Tarallo a nié avoir "géré (une) caisse noire" à destination d'hommes politiques français. "Je ne me suis occupé que de pays africains", a-t-il affirmé. "Ce que les homme politiques africains ont pu faire à l'occasion d'élection politiques françaises, c'est leur affaire".
"Si jamais un homme politique français a été financé par Omar Bongo (NDLR: le président gabonais), c'est avec l'argent d'Elf", a rétorqué Loïk Le Floch-Prigent.
Selon l'ancien PDG, ces versements sont intervenus pour assurer la suprématie d'Elf, notamment en Afrique. "Il fallait absolument qu'on ait des hommes politiques français qui nous soutiennent", a-t-il expliqué. Or, il y avait "des hommes politiques qui n'avaient pas envie de favoriser la compagnie Elf" et "il fallait que nous les fassions taire, que nous les ayons avec nous".
Du bout des lèvres, l'ancien PDG a admis qu'il pouvait s'agir dans certains cas d'"'autre chose", à savoir de financement politique plus classique sans rapport avec Elf. "J'ai fermé les yeux. Le président de la République a fermé les yeux. Pour votre tribunal, je suis coupable, pour ma conscience non. J'espère que c'était majoritairement dans l'intérêt d'Elf", a-t-il souligné.
La semaine dernière, Loïk Le Floch-Prigent avait avoué l'existence au sein du groupe Elf d'une caisse noire destinée au financement des partis politiques français. Il avait promis d'en dire plus tout en se refusant de livrer en pâture des noms d'hommes politiques.
Pour la première fois, il avait aussi reconnu avoir pris dans la caisse. "J'ai bénéficié indirectement de certains règlements", avait-il dit. AP