Les relations entre les présidents Omar Bongo et Denis Sassou Nguesso sont de plus en plus électriques. Le "gendre" et le "beau-père" ont fait bonne figure, le 11 décembre, à Oyo, lors des obsèques de Valentin Ambendé Nguesso, frère aîné du chef de l'Etat congolais. Mais le coeur n'y était plus... Les procès d'intention sont là. Les deux émirs francophones du Golfe de Guinée sont désormais ouvertement en lutte d'influence pour le leadership de la région. Dans l'ombre, chacun cherche à affaiblir son voisin.
Edith Bongo, la toute puissante fille du "chef" à Brazza et femme du "chef" à Libreville, navigue toujours entre les deux capitales, mais le bateau commence à tanguer.
Au-delà des querelles de famille, la rupture de l'alliance politique entre les deux hommes des Plateaux Téké ne serait pas sans conséquence sur l'avenir de la région. Enquête d'ambiance...
Chirac à Brazza en février, Bongo à Paris en avril ? Les deux Pères Noël d'or noir, riches comme Crésus, sont déjà en compétition sévère pour être le "chouchou" de Jacques Chirac. Omar Bongo ne supporte pas que le président français - son ami de quarante ans ! - se rende le 4 février prochain à Brazzaville au Sommet du bassin du Congo sans s'arrêter chez lui, au Gabon (Après le voyage en 2002 de Colin Powell à Libreville, Jacques Chirac n'entend pas laisser aux Américains son dossier de prédilection "écolo" en Afrique). En plus, "le Grand Jacques" aura auparavant effectué une visite officielle de deux jours à Dakar chez Abdoulaye Wade, un autre "concurrent" panafricain du "doyen". Aussi Bongo fait-il des pieds et des mains, non seulement pour co-présider ce sommet "écolo", mais pour être invité en visite d'Etat à Paris au mois d'avril.
Ingérences dans le village congolo-gabonais. Omar Bongo et Denis Sassou Nguesso animent également un théâtre d'ombres avec leur entourage et opposants réciproques. Ainsi, le président congolais soupçonne-t-il son "gendre" de ne pas être étranger à l'installation à Paris de l'ancien président Pascal Lissouba, évincé du pouvoir en 1997. Pour déminer toute "reconstitution de ligue dissoute", Sassou a décidé d'entrer lui-même en contact avec son prédécesseur par l'entremise de son épouse "Antoinette". De son côté, Bongo s'agace de voir son beau-père afficher son soutien à des barons de son régime, à l'instar de l'ancien ministre de l'intérieur Idriss Ngari, aujourd'hui ministre des travaux publics, qui est en conflit ouvert avec le ministre de la défense, Ali Bongo, fils du "chef". Enfin, les Gabonais de la présidence ont toujours le sentiment que leur patron est trop généreux avec les parents congolais, eux-mêmes très riches.
Médiations croisées et "frère ennemis" régionaux. Sassou qui s'est offert la revue Géopolitique africaine dont il est le président d'honneur pour vanter sa posture de futur "grand pacificateur" continental, a déjà quasiment enterré son "gendre" médiateur. Fort du soutien du président angolais Eduardo dos Santos qui l'a aidé à revenir au pouvoir en 1997, le président congolais soigne également ses relations avec ses autres collègues émirs pétroliers comme Fradrique de Menezes (Sao Tomé) et Obiang Nguema (Guinée Equatoriale). Il a même entrepris une médiation entre ce dernier et Omar Bongo pour un différend pétrolo-frontalier et des "problèmes d'amour propre". Bongo, un facilitateur facilité... Désagréable. Grand Maître, comme Bongo, Sassou est également devenu un "grand initiateur", dans la région, de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) comme à Bangui avec le général-président François Bozize. Rêvant d'installer à Kin le vice-président Jean-Pierre Bemba, un homme du Nord (Bangala comme lui), Sassou s'est par ailleurs rapproché du président rwandais Paul Kagamé. Du coup, le président gabonais, pour ne pas s'isoler dans la sous-région, fait désormais les yeux doux à son ancien "frère ennemi" fang, Paul Biya. Enfin, pendant que son gendre discutait il y a quelques semaines, à Libreville, avec les rebelles ivoiriens, Sassou recevait - discrètement -, à Brazzaville, Laurent Dona Fologo, envoyé spécial de Laurent Gbagbo. Gardez-moi de ma famille...