Le chef de l'Etat lance ce mardi matin un grand débat national en vue de sauver le système de santé publique et aboutir à la conception d'un Plan national de développement sanitaire bancable dans l'immédiat. A terme, la tâche du ministère de la Santé publique est de concrétiser son ambition de doter le pays d'"un régime d'assurance maladie universel" à l'européenne.
C'EST dans un contexte de crise du secteur de la santé publique que le gouvernement s engage à organiser un grand débat national destiné à revisiter la politique actuelle dans ce domaine sensible en proie à des difficultés récurrentes.
En effet, ce mardi 29 mars, au palais des conférences internationales de la cité de la Démocratie, s'ouvrent en grande pompe les Etats généraux de la santé qui vont s'étaler jusqu'à vendredi prochain. Ils comportent d'énormes enjeux pour le pays, si l'on en croit l'ambition du chef de l'État, M. Omar Bongo Ondimba de doter dorénavant le pays d' "un régime d'assurance maladie universel inspiré de ce qui se fait de mieux en Europe.
Si l'on en croit le ministre d'État, ministre de la Santé publique, Paulette Missambo, il y a quelques jours, ce forum comporte d'énormes enjeux pour l'avenir car il s'agit de se doter d'une politique réaliste inscrite dans la durée et impliquant à la base les principaux bénéficiaires des soins de santé. Cela requiert effectivement de réanimer le système actuel de santé plongé dans la crise au regard du diagnostic global jugé inquiétant l'avis de la tutelle. Evidemment, l'annonce de ces Etats généraux a suscité des critiques négatives au sein même des acteurs de ce secteur, en l'occurrence de la part du Syndicat des agents de la santé, dont le président, Mouengouefou Koumba, estime que les maux qui les assaillent sont connus des autorités.
Certes, les nouveaux responsables de ce ministère ne le récusent pas, mais nul n'ignore que Mme Paulette Missambo est une politique, et que bien que son ministre délégué soit un médecin de formation, récemment nommés, ils s'estiment fondés à apporter leur propre style, ainsi qu'une méthode originale dans l'approche de ces problèmes. L'ampleur de ces maux requière de l'imagination dans la recherche des solutions, et même des 'partenariats internes et extérieurs si l'on veut mobiliser les capitaux nécessaires au financement de la politique de santé publique. Ce, d'autant que cette question du financement a par le passé ruiné la volonté de faire bouger les choses pour sortir de l'impasse.
Ainsi, cette réunion de concertation entre politiques, médecins, patients potentiels et bailleurs de fonds doit être le signal attendu pour passer véritablement à l'action. Elle a été précédée dans sa phase préparatoire par l'analyse de la situation sur toute l'étendue du territoire afin d'être au fait de la réalité et de disposer d'une base scientifique de travail et non pas de vieilles données statistiques.
De ce contact approfondi issu des dix forums régionaux entre février et mars, ressort qu'un Gabonais sur dix meurt avant l'âge de 5 ans. La malnutrition atteint des sommets et la couverture vaccinale a régressé de 65% à 35% entre 1996 et 2004. Plus inquiétant encore, la mortalité des femmes en grossesse bat des records.
A partir de ce constat, le ministre d'État a jugé opportun d'adresser une lettre de cadrage aux acteurs de la santé. 'L'évaluation récente de notre système de santé réalisée par le ministère de la Santé publique montre qu'en dépit d'un certain nombre de mesures pertinentes prises ces trois dernières années, les indicateurs de santé restent faibles". Entre autres, elle énumère : le paludisme, les maladies diarrhéiques et parasitaires qui constituent les premières cause de morbité et de mortalité chez les enfants, la trypanosomiase, la mortalité maternelle, le déficit de médicaments de base, les dispensaires non fonctionnels à cause de leur état défectueux et du manque, de ressources humaines qualifiées.
PRIORITÉ SOCIALE. Outre l'insuffisance de ces ressources qui est globale, il y a surtout l'inadaptation de l'ENASS; l'inaccessibilité aux soins et leur qualité qui posent problème, l'absence de couverture maladie pour tous, le système sanitaire lugé inorganisé, engendrant plusieurs sous-secteurs juxtaposés et concurrentiels de plus en plus onéreux. Enfin, un système d'information sanitaire inexistant ...
Sans être catastrophique, le tableau n'est pas reluisant, convenons-en. Il est donc acquis qu'au nombre des enjeux, se pose cruellement la qualité des soins dans les hôpitaux et dispensaires dont on attend beaucoup de ces assises. Tout comme on note que les hôpitaux de la Caisse nationale de sécurité sociale ne sont plus bien lotis, leur gestion aujourd'hui n'est pas exempte de tout reproche au regard du climat malsain entretenu.
En somme, l'Etat providence a vécu, mais il reste que seule une politique plus agissante de l'Etat pour financer la politique du médicament peut restaurer l'image de l'hôpital public. A ce jour, l'État ne consacre plus que 8% de son budget à la santé, soit 67 milliards de francs. Cela dit le volontarisme affiché par le président de la République pour financer un système de santé performant est un défi à la tutelle pour se munir d'un instrument convaincant de plaidoirie en faveur de ce secteur. Le ministre d'État Paulette Missambo et son ministre délégué, André Christ Nguimbi, veulent s'appuyer sur les résultats de ce conclave pour plaider pour une hausse intégrale de leur budget le moment venu. Leur objectif est triple, analyser l'état des lieux actuel et le soumettre à la concertation avec les acteurs régionaux et les autres secteurs de la santé; faire, émerger les priorités de santé publique acceptées par tous; permettre aux groupes de travail multisectonels et pluridisciplinaires d'approfondir l'analyse de ces priorités et de proposer des solutions partagées.
Au nom de la priorité nationale de ce secteur la conviction de la tutelle est forte pour dire : "Ces Etats généraux de la santé vont nous servir à plaider la cause de la santé auprès de l'État et des bailleurs de fonds. Et peut-être que dans quelques années la courbe de nos indicateurs commencera à s'améliorer".
Le moment choisi pour tenir cette réunion paraît politiquement correct. Les partenaires bilatéraux et multilatéraux du pays s'étant de l'avis unanime engagés à participer activement à son succès. Y compris soutenir concrètement le Comité de suivi et d'évaluation des résultats qu'ils promettent de mettre en place au tenue des travaux.