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Les femmes encore oubliées dans la campagne des taxis contre le VIH/SIDA
Auteur:  Antoine Lawson  | Date: 22 Décembre 2004  | Réactions ()
Section: Santé  | Source: IPS

Trois cents taxis sur les 3.500 que compte Libreville, arborant des slogans et des images de lutte contre le VIH/SIDA, sillonnent la capitale gabonaise, avec pour objectif la réduction du taux de prévalence.

Selon le Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS), le taux de prévalence du VIH/SIDA a atteint 8,1 pour cent au Gabon.

"Impossible que ces taxis passent inaperçus dans les quartiers ou dans le centre-ville où ils ont pour mission de battre campagne partout avec des slogans ambulants et des images fortes sur la maladie", a déclaré à IPS, Sylvain Edou, concepteur de ces messages publicitaires.

La campagne de sensibilisation dans les taxis contre le VIH/SIA, lancée le 3 décembre, se déroule dans le prolongement de la Journée mondiale du SIDA, célébrée le 1er décembre, selon la mairie de Libreville qui est co-initiatrice avec la section gabonaise de l'Organisation des premières dames d'Afrique contre le SIDA.

L'originalité, dans ces taxis de couleur rouge et blanc, c'est qu'on y distribue gratuitement des préservatifs et des dépliants sur le VIH/SIDA.. Ces taxis sont reconnaissables également à un panneau publicitaire qui rappelle celui des légendaires taxis jaunes de New York, aux Etats-Unis.

Mais, les femmes dénoncent vigoureusement les discriminations entretenues depuis quelques années pendant les campagnes d'éducation et de sensibilisation dans la lutte contre le VIH/SIDA, dont celle des taxis, alors qu'elles représentent la frange de la population la plus touchée par la pandémie.

Selon le PNLS, sur 57.295 personnes ayant fait volontairement leur bilan cette année, 9.500 sont séropositives, dont 14,9 pour cent de femmes et 13,8 pour cent d'hommes.

"L'absence de préservatifs féminins dans les messages de sensibilisation contre la propagation du VIH/SIDA et la discrimination dans les publicités et affiches qui habillent la ville, ne mobilisent pas suffisamment les femmes contre le SIDA", déplore Perpétue Ndong, présidente de l'organisation non gouvernementale (ONG) 'SIDA Zéro'.

Pourtant, la ministre de la Santé, Paulette Missambo, est revenue à plusieurs reprises sur l'engagement de toute la population et le fait que les femmes sont plus vulnérables à la pandémie et deux fois plus infectées que les hommes, faisant référence au Rapport annuel 2003 du PNLS.

"L'implication du gouvernement qui a initié depuis 2000 un Fonds de solidarité thérapeutique de 1,5 milliard de francs CFA (environ 3 millions de dollars), reconductible chaque année, est appréciable, mais la mobilisation ne sera complète que si les femmes deviennent actrices et si des préservatifs féminins leur sont distribués gratuitement", explique Dr Safiou Razak.

Dans ces taxis à cinq places dont la course revient à 20 cents US environ, comme dans les autres, les jeunes affluent pour s'approvisionner en condoms. Les causeries, dans ces taxis, portent souvent sur les comportements à risques, l'homosexualité, les partenaires multiples, dénonçant notamment la polygamie ou encore les relations qu'entretiennent les élèves avec des hommes mariés.

Généralement, ce sont les jeunes gens qui engagent la conversation qu'alimente le conducteur du taxi qui est chargé de distribuer les préservatifs masculins et des dépliants à tous les passagers.

"Nous, les filles, sommes obligées d'accepter de collectionner les préservatifs masculins pour les imposer à nos amis alors qu'il aurait fallu que nous disposions de préservatifs féminins", déclare à IPS, une jeune passagère à bord d'un taxi, qui a requis l'anonymat.

"Les femmes sont alors contraintes d'amener leur partenaire sexuel à utiliser des préservatifs masculins. Les hommes avancent généralement des raisons différentes pour refuser d'utiliser des préservatifs. Souvent, leurs raisons se fondent sur des rumeurs ou des malentendus", a expliqué à IPS, Michèle Menga, enseignante d'école primaire et passagère dans un autre taxi.

Véronique Ntougou du Mouvement gabonais pour le bien-être familial (MGBEF) a affirmé à IPS que "le préservatif féminin est une opportunité de plus en plus offerte aux femmes pour s'auto-protéger contre les infections sexuellement transmissibles (IST) face à la réticence de certains hommes à utiliser le préservatif".

"Beaucoup de clients du planning familial ont besoin d'être protégés contre ces maladies. Nous y veillons et aidons le plus grand nombre à éviter la propagation des IST. Dans cette optique, le préservatif féminin est disponible à 100 FCFA (20 cents environ) l'unité", affirme à IPS, une sage-femme du MGBEF, Patricia Moutsinga.

La mairie de Libreville délivre des autorisations pour exploiter les taxis qui appartiennent à des privés ayant bien voulu s'associer à l'opération de distribution de préservatifs dont le coût n'a pas été révélé par les autorités municipales, ni le montant de la part qui revient aux conducteurs de taxis.

Selon le Rapport 2003 sur l'épidémie du VIH/SIDA et les IST, réalisé par le ministère gabonais de la Santé et le PNLS, "il y a autant de femmes que d'hommes infectés dans les tranches d'âge allant de zéro à 19 ans et de 30 à 50 ans. Les femmes sont plus infectées que les hommes entre 20 et 29 ans".

Bintou Djibo, la coordinatrice du système des Nations Unies au Gabon, a dénoncé les inégalités sociales et toute une série de facteurs (pauvreté, violences, manque d'information, mariages forcés, pression des hommes souvent plus âgés... qui font que la femme et la jeune fille sont plus exposées au VIH/SIDA.

L'Association des femmes éducatrices du Gabon (AFEG), en partenariat avec l'Association des sages-femmes du Gabon, et une autre ONG, Jeunesse carrefour de la vie, s'investit dans le milieu scolaire pour attirer l'attention des jeunes filles sur les grossesses précoces, les IST et le VIH/SIDA.

Sophie Kwenzi Mickala, secrétaire générale de l'AFEG, indique avoir "essayé d'amener les jeunes filles responsables à réaliser l'importance de l'école, en focalisant leur attention sur les dangers auxquels elles s'exposent en rejetant les conseils des parents, des enseignants...sur les conséquences des grossesses précoces".

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Bio de Antoine Lawson: Inter Press Service (Johannesburg)
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