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Recrudescence des avortements clandestins, pouvoirs publics impuissants
Auteur:  Antoine Lawson  | Date: 29 Janvier 2005  | Réactions ()
Section: Santé  | Source: Inter Press Service

Le taux élevé des avortements clandestins au Gabon, responsables de nombreux décès maternels, préoccupe le gouvernement dont la volonté et les moyens de répression sont limités.

Selon une étude statistique réalisée au cours du dernier trimestre de 2004 par le ministère gabonais de la Santé, sur 4.073 complications survenues au cours de la grossesse, 1.102 cas étaient liés à l'avortement clandestin, soit 28,8 pour cent.

"Les causes de décès maternels sont dues à l'avortement clandestin auquel de nombreuses femmes ont recours, généralement pour des raisons économiques car ces femmes ne disposent pas de revenus suffisants pour élever leur nourrisson dès l'accouchement", explique à IPS, la directrice de la Santé maternelle et infantile du Gabon, Patricia Makaya.

Elle indique que "l'avortement était la première cause de la mortalité maternelle au Gabon en 2001. Par mortalité maternelle, il faut entendre tout décès survenant au cours de la grossesse et de l'accouchement jusqu'à 42 jours après la naissance de l'enfant".

Les femmes meurent à cause des infections provoquées par les avortements clandestins pratiqués dans des conditions d'hygiène inadéquates et par des méthodes qui ne garantissent aucune protection médicale aux patientes en cas d'hémorragie.

Le taux de mortalité maternelle actuel au Gabon est de 600 pour 100.000, selon des statistiques officielles.

Dr Hélène Ona Ondo, gynécologue à Libreville, la capitale gabonaise, énumère plusieurs procédés douteux utilisés pour les avortements clandestins : permanganate, eau de javel pour les bains vaginaux, forte absorption de nivaquine ou de décoctions de feuilles médicinales diverses; ou encore l'introduction, dans le vagin, d'objets divers, comme des aiguilles. Ona Ondo s'occupe des problèmes liés à la santé sexuelle et de la reproduction au ministère de la Santé.

Selon le ministère de la Santé, le taux d'avortements clandestins est passé de 16 pour cent en 2001 à 28,8 pour cent en 2004. Ces taux étaient estimés à 18 pour cent en 2002 et à 25 pour cent en 2003. L'ampleur de ces avortements s'explique notamment par des rapports sexuels précoces chez les jeunes filles, la pauvreté, et l'ignorance des risques encourus.

Le ministère de la Santé indique que 23,8 pour cent des filles âgées de 15 à 19 ans ont leur premier rapport sexuel à 15 ans, contre 48,1 pour cent pour les garçons de même âge.

La maturité des filles est précoce dans les villages gabonais où, peu scolarisées, elles sont par tradition sollicitées très jeunes et admises en mariage arrangé entre 10 et 12 ans, dès leurs premières menstruations.

Le ministère de la Santé reconnaît que "l'absence de communication entre les élèves, les enseignants et les parents, a montré que 37,74 pour cent des jeunes élèves parlent de leurs problèmes de sexualité avec leurs amis; 24 pour cent avec les parents; 8,2 pour cent avec des enseignants et 7,55 pour cent avec d'autres personnes".

Le refus de l'autorité parentale ou la démission des parents et autres tuteurs de centaines de jeunes filles les pousse à se livrer à elles-mêmes avant d'avoir atteint l'âge de 18 ans. La plupart se livrent à la mendicité et certaines à la prostitution dès l'âge de 12 ou 13 ans, selon l'Association gabonaise des sages-femmes (AGSF).

Les jeunes filles qui ont quitté le domicile familial, pour diverses raisons, subissent des abus sexuels de la part d'individus de mauvaise foi. La pratique, devenue très courante, est le monnayage de services en échange de rapports sexuels, explique l'AGSF.

"Je considère cette pratique comme la seule option pour obtenir un peu d'argent pour me nourrir et satisfaire mes autres besoins", se justifie Geneviève Meye, une adolescente de 15 ans, partie du domicile de ses grands-parents.

Les filles, sans foyer et ni soutien, sont contraintes de se livrer à des avortements clandestins aux conséquences parfois mortelles. Nombreuses sont celles qui, ayant choisi de vivre leur grossesse jusqu'à terme, finissent, après la maternité, par abandonner leurs études, souligne l'AGSF. Une enquête, réalisée en 2000 par l'AGSF, révèle que les grossesses précoces représentaient 27 pour cent des 14.000 grossesses enregistrées cette année-là, à cause notamment des rapports sexuels non protégés des adolescentes.

"Globalement, l'interruption volontaire de grossesse est due, pour l'adolescente, à un manque d'information", indique l'étude.

Selon une enquête démographique et de santé, effectuée en 2003 sur des femmes en âge de procréer (de 15 à 49 ans), 15 pour cent d'entre elles ont pratiqué l'avortement au moins une fois. Généralement, les femmes victimes de complications d'avortement au Gabon sont jeunes, peu instruites et issues de milieux sociaux défavorisés, selon l'étude. La prévalence de l'avortement est deux fois plus élevée en zone urbaine (17 pour cent) qu'en zone rurale (neuf pour cent).

Au Gabon, 27 pour cent des femmes ont déclaré avoir eu des complications après leur avortement, selon une étude de 2001. Elles sont plus fréquentes chez les femmes âgées de 20-24 ans en milieu rural, peu instruites et qui utilisent des méthodes traditionnelles.

La prévalence de l'avortement varie entre 15 et 23 pour cent chez les femmes de plus de 20 ans, mais l'analyse de l'âge des femmes, à leur premier avortement, montre que 44 pour cent des cas se sont produits à moins de 20 ans, ajoute l'étude.

Selon l'étude, 26 pour cent des femmes ont été assistés, dans leur avortement illégal, par des professionnels de la santé, neuf pour cent par une amie et quatre pour cent par un tradipraticien.

Depuis quelque temps, des femmes policières, accompagnées d'un médecin, passent dans les administrations des hôpitaux gabonais pour savoir si des cas d'avortements sont admis. Généralement, la police est informée de manière anonyme de cas d'avortement. Elle fait alors uniquement des recherches ans les hôpitaux et cliniques connues.

Dr Ona Ondo a expliqué à IPS que "la seule interruption volontaire de grossesse autorisée est l'avortement thérapeutique. Si pour certaines raisons, la vie de la mère est en danger, le médecin peut décider de mettre un terme à sa grossesse".

Selon une loi promulguée en 2001, "Quiconque aura provoqué ou tenté de provoquer l'avortement d'une femme enceinte ou supposée enceinte, qu'elle y ait consenti ou non, sera puni d'un emprisonnement de un à cinq ans et d'une amende de 24.000 à 500.000 FCFA (environ 48 et 1.000 dollars)". Les peines et les amendes sont plus aggravées en cas de récidive.

Mais, les lois ne sont pas suivies d'effet au Gabon ou sont peu appliquées.. Les avortements clandestins restent souvent dans un cercle familial, explique l'AGSF. C'est en cas de complication ou de décès que les autorités sont parfois informées par des hôpitaux publics. Généralement, les cliniques privées ne révèlent pas les cas mortels car elles perçoivent de l'argent. Le coût d'un avortement illégal varie entre 300 dollars et 600 dollars en clinique.

Selon le Tribunal de grande instance de Libreville, une vingtaine de condamnations à des peines d'emprisonnement ferme et quelques-unes assorties d'une amende ont été prononcées entre 1998 et 2003.

Les services de santé de la reproduction axent leurs efforts vers la réduction de la mortalité maternelle, la prévention des grossesses non désirées et les avortements provoqués.

Des centaines de femmes survivent à l'avortement, mais bon nombre d'entre elles s'en sortent avec des lésions et des séquelles (perforation utérine, douleurs pelviennes chroniques ou stérilité secondaire), indique un rapport médical publié en 2004 par des hôpitaux de Libreville.


Des centres de santé, créés par le Fonds des Nations Unies pour la population, sont opérationnels dans certains quartiers de Libreville, pour permettre aux adolescentes et aux femmes adultes de recevoir des conseils sur la santé de la reproduction.

Le ministère de la Famille a créé des haltes-garderies pour les mères adolescentes, et prévu un fonds de soutien aux mères économiquement faibles, dont le montant n'est pas rendu public.

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Bio de Antoine Lawson: Inter Press Service (Johannesburg)
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