Dans la salle d'attente de l'hôpital Albert Schweitzer, à Lambaréné (200 km au sud-est de Libreville), les patients, assis sous le regard sévère d'un buste en bois du médecin-pasteur alsacien, viennent de tout le Gabon.
Certains, bénéficiant pourtant d'établissements publics proches de chez eux, n'ont pas hésité à faire plusieurs heures de voyage pour rejoindre l'hôpital fondé en 1913 par Albert Schweitzer, où, disent-ils, les soins sont moins chers et de meilleure qualité.
Malgré ses 70 ans, six heures de pirogue sur le fleuve Ogooué, le plus long du Gabon, n'ont pas effrayé Samuel Ango, venu de la capitale économique, Port-Gentil (150 km au sud de Libreville), pour une simple consultation.
"Ici ça marche, à Port-Gentil, ça ne marche pas", résume-t-il simplement, avant de préciser: "Ici il y a toujours des médecins, ils comprennent, et puis c'est moins cher".
Joseph, 21 ans, appuyé sur ses béquilles est lui venu en taxi de Kango, pourtant à 70 km seulement de la capitale, car "à Libreville, c'est trop cher et ici ils soignent mieux".
Si la consultation n'est plus gratuite, comme du vivant du "grand Blanc de Lambaréné", décédé en 1965 à 90 ans, elle reste en revanche bon marché, comparée au coût des soins dans les établissements publics du pays.
Facturée 5.000 F CFA (7,5 EUR), elle comprend la consultation elle-même, mais aussi 15 jours de médicaments - délivrés au comprimé près par la pharmacie de l'hôpital -, et les examens de base. Le prix de la journée d'hospitalisation est de 4.000 FCFA, tout compris.
Dans un hôpital public gabonais, si la consultation elle-même est moins chère, le traitement (que le malade doit acheter lui-même) et les examens multiplient facilement par cinq la facture finale.
Conditions d'accueil, médecins absents ou méprisants, malades mal suivis, coûts exorbitants... les patients rencontrés à "Schweitzer" ne ménagent pas leurs critiques à l'égard d'un système hospitalier gabonais en pleine déliquescence.
"A Schweitzer, à la minute on te reçoit, le médecin est là. Il n'y a pas tout le protocole comme à Libreville. Là-bas, avant même d'être reçu il faut payer, même si tu es agonisant!", raconte Michel Boroubou, qui accompagne son fils Yannick, hospitalisé avec un bras dans le plâtre.
"C'est plus cher, et si vous n'avez rien, pas de pitié!", poursuit-il.
En 2001, les médecins de "Schweitzer" ont donné plus de 40.000 consultations. Plus de 7.000 patients ont été hospitalisés en chirurgie, pédiatrie, à la maternité, ou à la clinique dentaire. Quelque 1.500 personnes ont été opérées, et 750 femmes y ont accouché. Des chiffres en constante progression.
Assis devant les chambres de l'hôpital, les "gardiens", amis ou parents qui accompagnent tout malade hospitalisé pour préparer ses repas et prendre soin de lui, devisent à l'ombre. D'autres font la vaisselle ou la lessive à l'un des points d'eau. Dans "l'espace cuisine" dont dispose chaque bâtiment, fument des petits barbecues.
Car depuis plus de 15 ans, si l'hôpital a quitté ses légendaires cases en bois situées en bordure de l'Ogooué pour des bâtiments en dur, il est resté fidèle au concept de "village-hôpital" voulu par son fondateur.
Sur le site cohabitent ainsi les personnes hospitalisées, les "gardiens" (hébergés gratuitement), et une partie du personnel de l'hôpital et leurs familles: au total quelque 1.500 personnes.
"C'est généreux dans le principe, mais pas toujours facile à gérer", s'amuse le directeur de l'hôpital, le français Jean Daudens, qui se sent parfois plus dans la peau d'un "chef de village", chargé de trancher les inévitables problèmes de voisinage.
|