La prolifération de sectes au Gabon depuis le début des années 90 - plus de 200 auraient été répertoriées rien que dans la capitale, Libreville - commence à inquiéter les autorités de ce pays qui estiment qu'il serait temps de "combler le vide juridique" dans ce domaine. La découverte mercredi du corps sans vie d'une femme policière, victime d'une de ces multiples sectes, dans un quartier nord de Libreville, a fait jeudi la une du quotidien gouvernemental l'Union sous le gros titre "le Temple de l'horreur". Selon les enquêteurs, Sophie Moussavou, âgée de moins de trente ans, de santé fragile, aurait voulu se faire soigner dans ce temple situé dans la cité de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et tenu par un prédicateur burkinabè connu sous le nom de Jean Bouddha. A leur arrivée, les collègues de la jeune femme, prévenus par des voisins, ont assisté à un "véritable spectacle proche du film d'horreur", selon le témoignage d'un policier.
"D'aspect lugubre, ce lieu de culte et guérison abritait quelques pauvres hères enchaînés, hagards, mais aussi plusieurs statues, des crucifix et des croix fichées en terre, presque dans l'indifférence générale", rapporte de son coté un journaliste de l'Union parvenu sur place peu de temps après la macabre découverte. "Dans cet endroit, qui se révèle en définitive un vrai mouroir, d'autres malades au visage pâle et fatigué, l'air béat, certains dans un état d'excitation, attendent leur tour. L'un d'entre eux, hagard, avait même la peau complètement écorchée", témoigne ce journaliste. A l'arrivée des policiers, le prédicateur avait disparu et était toujours activement recherché jeudi mais il est probable, notait l'un deux, qu'il a déjà franchi les frontières. "Le cas de Sophie Moussavou --un exemple parmi tant d'autres-- pose à nouveau, aujourd'hui plus qu'hier, le sempiternel problème de l'existence et de la prolifération des sectes dans nos communautés. Un phénomène de société entré dans les moeurs et qui se répand à vue d'oeil", note le quotidien.
Interrogé par l'AFP, un spécialiste des églises au Gabon, qui a souhaité resté anonyme, confirme ce phénomène: "Depuis le début des années 90, de multiples sectes profitant des désaccords entre l'église catholique et l'église évangélique du Gabon, dont des membres ont fait scission pour créer l'Alliance chrétienne, se sont créées principalement dans les grandes villes du pays", constate-t-il. Parmi ces sectes, que l'on rencontre surtout dans les quartiers défavorisés, certaines ont pignon sur rue et affichent leur nom au-dessus de simples baraquements. C'est le cas, par exemple, du Christianisme céleste, de l'Eglise du Saint-Sauveur, de l'Eglise du Saint amour de Dieu, du Temple de Jésus ou de l'Eglise de Jésus Christ au Gabon, qui accueillent chacune, les samedi et dimanche, des dizaines d'adeptes. "Nombre d'entre eux, ajoute ce spécialiste, sont à la quête de travail, d'argent, de guérison et il n'est pas rare que certains adeptes fréquentent plusieurs temples à la fois, payant à chaque reprises plusieurs milliers ou dizaines de milliers de F CFA (dizaines ou centaines de FF) pour la réalisation de leurs voeux".
"Parmi les nouveaux "pasteurs" de ces églises, précise-t-il, figurent le plus souvent des charlatans ou des escrocs, mais aussi des hommes politiques et responsables d'administrations avides de pouvoir ou d'argent et celà sous l'abri du principe fondamental de la liberté de culte".
"Exploitant au maximum le désarroi de franges de plus en plus importantes de citoyens auxquels elles promettent guérison-miracle et fortune, les dirigeants de ces sectes exercent dans une totale absence de contrôle et un vide juridique qu'il est sans doute grand temps de combler", conclut de son coté L'Union.
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