DEPUIS hier et ce jusqu'à demain vendredi 17 mars 2005, de nombreux Librevillois et Owendois vont éprouver les pires difficultés pour se déplacer. Soit pour aller au travail, soit pour rallier un quelconque point de leur choix. Raison de cette situation qui restreint leur liberté habituelle de mouvement: la grève déclenchée par les transporteurs terrestres exerçant officiellement dans la capitale et ses environs.
On se souviendra qu'au mois de février écoulé, tous les syndicats de la corporation s'étaient déjà réunis autour d'une table pour discuter d'un ordre du jour, dont le point saillant était "les tracasseries policières dont sont en permanence victimes les transporteurs".
Ce jour-là, en effet, le Syndicat libre des transporteurs terrestres du Gabon (Syltteg), le Syndicat national des propriétaires de taxis (Synprotax), le Syndicat autonome des transporteurs terrestres du Gabon (Satteg) et la Fédération .syndicale gabonaise des transporteurs (Fésygat) étaient tombés d'accord pour déposer un préavis de grève d'une semaine auprès des administrations concernées, aux fins de protester contre ce qu'ils ont désigné par "problème des contrôles intempestifs".
Dans leur déclaration commune, rendue publique par le président du Syltteg, Jean-Robert Menié, il était dit: «Si au bout d'une semai ne, aucune solution n'est trouvée au problème des contrôles intempestifs, nous entrerons en grève». Le porte-parole des transporteurs terrestres était même allé plus loin, en martelant
«Nous disons que trop, c'est trop. Les transporteurs ne sauraient être le fonds de commerce des prédateurs de la route».
Au regard de la recrudescence ces derniers temps des contrôles sur la voie publique - insécurité oblige ! -, des opérations souvent assorties du versement de quelques espèces sonnantes et trébuchantes aux préposés, les syndiqués ont donc décidé de tout arrêter pour trois jours. Le temps d'y voir plus clair et, certainement, de ramener à une plus grande compréhension, les "bourreaux de la route".
Par tracasseries policières, il faut entendre les contrôles nombreux, divers et variés opérés par policiers, gendarmes et... militaires sur des distances parfois très courtes. A l'évidence, les usagers de la route ont le sentiment que ces opérations sont menées sur la voie publique sans coordination préalable des différentes unités y affectées. L'impression générale est que chaque force de sécurité et de défense se livre à son petit contrôle, sans tenir compte de l'existence de l'autre.
Cette façon de faire, évidemment, alourdit la procédure en perdant un temps fou à ceux des passagers qui se rendent à leur lieu de travail notamment. Et voilà la machine économique plombe car, la perturbation des transports en commun entraîne inéluctablement celle du tissu social dans son ensemble, avec son corollaire de désagréments qui ont pour noms: retards ou absences au travail ou à un rendez-vous important, réduction des activités chez les non véhiculés, manque à gagner des propriétaires de taxis, etc. Une situation que déplorent unanimement usagers et chauffeurs de taxis qui voient ainsi leurs marges - de manoeuvre pour les uns, bénéficiaires, pour les autres - rétrécies.
• Propositions fiscales et indemnisations
LES transporteurs ne sauraient être le « fonds de commerce des prédateurs de la route». Cette déclaration du président du Syltteg, Jean-Robert Menié, a valeur de symbole et résume parfaitement la situation que vivent au quotidien les chauffeurs de taxis, ceux des "clandos" et même les simples usagers, harcelés à tout bout de champ par des policiers et des gendarmes de plus en plus cupides.
Les policiers, gendarmes (et militaires) rencontrent-ils tant de difficulté à vivre au point qu'ils n'hésitent plus à racketter à loisir ? se demandent de nombreux Gabonais interloqués devant le comportement blâmable de nos hommes en uniforme, commis au contrôle routier.
Des contrôles improvisés à ceux organisés à tous les coins de rue, on en voit de toutes les couleurs. Et principalement les automobilistes qui ne savent plus où donner de la tête, encore moins à quel saint se vouer.
Pourtant, les contrôles ne sont pas en soi une mauvaise chose. Au contraire, leur fréquence dans le strict respect des lois et règlements en vigueur enchanterait toute la population, qui se sentirait ainsi en sécurité réelle.
Seulement, lorsque ceux-ci sont conditionnés par le versement systématique de sommes d'argent - même quand on dispose de tous ses papiers ! -, c'est à ne plus rien y comprendre. Les agents des forces de l'ordre se sont donc transformés en bourreaux, qui vont jusqu'à confisquer les dossiers des conducteurs quand ceux-ci refusent de s'exécuter.
Pour ces derniers, - surtout les transporteurs -, c'est désormais la quadrature du cercle, parce qu'avoir tous ses papiers ou ne rien posséder revient finalement au même : il faut, casquer, quel que soit le cas de figure. Dans ces conditions, comment manoeuvrer pour que la situation quasiment inextricable aujourd'hui, revienne à la normale ?
À ce sujet, nous nous permettons de proposer au gouvernement, notamment, un certain nombre de pistes, qui une fois explorées, feraient en sorte que tous les acteurs de ce conflit social y trouvent leur compte.
• D'abord, restaurer le contrôle dans son essence première, c'est-à-dire mettre en place des équipes de policiers ou de gendarmes munis de quittanciers dont les contributions financières recueillies sur la voie publique seront intégralement reversées au Trésor public. Ainsi les sujets verbalisés iront directement verser les sommes issues des contraventions dans les caisses de l'État.
• Ensuite, vu le goût immodéré qu'ont acquis nos agents pour l'argent des automobilistes, mettre en place une caisse sous la forme d'indemnités compensatrices qui serviraient a désintéresser les préposés au contrôle routier. Cette solution a l'avantage, d'une part, de limiter le nombre de contrôleurs routiers et d'autre Part, de contenter financièrement ceux qui y sont affectés. Cela permettrait alors de juguler la fuite des recettes fiscales, en favorisant le renflouement des caisses qui en ont bien besoin par ces temps de crise économique et financière sévère.