Dans tous les quartiers de Libreville, jusqu'au moindre recoin, les baraques abritant des églises dites éveillées et d'autres au dessus desquelles surplombent les minarets se disputent le moindre millimètre carré. Entre les fous d'Allah et ceux de Jésus-Christ, la bataille pour la conquête du terrain est âpre.
L'époque s'y prête. En ce moment de crise économique et sociale larvée, les églises et les mosquées constituent des refuges par excellence. Et les marabouts, charlatans et autres vendeurs d'illusions y trouvent des terrains fertiles et féconds pour attirer et conditionner les consciences d'âmes en détresse.
Jeunes hommes et femmes à la recherche du premier emploi, vieilles demoiselles à la conquête du « prince charmant », femmes stériles, individus atteints de maladies psychosomatiques ou autres maladies incurables, pour ne citer que ces cas, tous accourent vers les mosquées et églises éveillées, pensant naïvement trouver des solutions à leurs problèmes.
Et de faux pasteurs, et autres imams situationnistes en profitent pour bâtir de véritables entreprises au nom d'Allah et de Jésus-Christ. Tout ceci ne va pas sans arrière pensée politique. Les récents soubresauts au sein de la communauté musulmane du Gabon sont assez édifiants à cet effet.
Tout porte à croire que le poste de président du Conseil islamique du Gabon présente d'autres enjeux que spirituels. Du coup, on a l'impression que l'on glisse progressivement d'un Etat laïc, républicain et démocratique à un Etat théocratique. Au sein du fameux Conseil islamique, il est, aujourd'hui, difficile de savoir qui est « fidèle » et qui est « infidèle ».
Notamment, lorsqu'on prête ces paroles à l'un de ceux qui président à ses destinées : « J'ai été envoyé pour bloquer l'évolution de l'Islam au Gabon ». Venant d'un prétendu imam le plus en vue, tout ceci prête à confusion. De cette confusion, découle la crise qui mine actuellement la Communauté islamique gabonaise. Et au-delà du poste tant convoité de président du Conseil islamique, il y a d'autres velléités qui ne disent pas leurs noms.
Une course aux pouvoirs est engagée. Mais de quels pouvoirs s'agit-il ? Là gît le lièvre.
Quoi qu'il en soit, le torchon brûle au sein de la Communauté musulmane du Gabon. Beaucoup d'assoiffés de pouvoirs tirent les ficelles dans l'ombre. Dans la course au poste de président du Conseil islamique, tous les coups sont permis, et la frontière n'existe presque plus entre le spirituel et le temporel.
On s'accuse, on s'invective, on se jette des peaux de bananes, le tout sur fond d'ambitions inavouées et démesurées. Les acteurs sont nombreux, certains servant de seconds couteaux à la solde de quelques grosses légumes qui se livrent une guéguerre sans merci au sein de l'échiquier politique gabonais, Les arbitrages du « grand Khalife général » ne permettent pas, dans cette ambiance, de calmer les ardeurs des uns et des autres.
Entre le feu de la fournaise ardente et la chaleur accablante du soleil de midi - ces expressions sont des musulmans du Gabon - il ne sait plus à quelle sourate se référer. Toute tentative de réorganiser les fidèles est sapée par ceux-là même qui sont censés les encadrer.
Les audiences se multiplient au Palais de marbre du bord de mer et rien n'y est fait. Ce Palais de marbre, symbole républicain, risque même de ressembler à la grande mosquée de Jedda d’Arabie Saoudite où les musulmans du monde se rendent chaque année en pèlerinage. D'aucuns s'y rendent, non seulement pour consolider leurs assises politiques, mais aussi, pour avoir la mainmise sur la Communauté musulmane du Gabon. A quelles fins ?
Très récemment, certains musulmans disaient avoir tenté de sortir de cette fournaise ardente, mais mal les en a pris...
Moralité : entre ambitions politiques inavouées et affairisme généralisé de leurs chefs, les musulmans du Gabon ne savent plus quelle prière adressée à Allah, tout puissant. Surtout que parmi ces chefs, il y en a qui sont partis de rien, et qui, aujourd'hui, disent-ils, comptent « parmi les nantis du Gabon », en se servant, accusent-ils, du « trésor de la Communauté musulmane, tout en ne versant pas l'aumône, pilier fondamental de l'islam », ajoutent-ils.
Il y en a même, révèlent-ils encore, qui pratiquent des prêts à intérêts usuraires, toute chose prohibée par le Coran.
Entre péril islamique et croisades chrétiennes, le Gabon est donc à la croisée des chemins. D'un côté comme de l'autre, ceux qui orientent les plus crédules vers un de ces chemins sont animés par la soif du ou des pouvoir (s). Tout chemin menant à ce ou ces pouvoirs, ils ne lésinent pas sur les moyens. La guéguerre qu'ils se livrent actuellement ne date pas d'aujourd'hui, certains piliers, premières figures de proue de l'Islam au Gabon, en ont fait les frais - paix à leur âme.
Animés par l'obsession d'atteindre leurs objectifs inavoués, ils ménagent alors leurs montures, histoire d'aller aussi loin que possible. C'est ainsi que, comme des cow-boys dans leurs ranchs, ils font la pluie et le beau temps en milieu islamique. Des noms de certaines puissances occidentales sont cités par eux, comme étant des commanditaires des actes qu'ils posent, dans le but, avouent-ils en privé et, dit-on, de bloquer la pénétration de l'Islam au Gabon.
Ainsi donc, en terre gabonaise, se livre, par religions monothéistes de souche sémite interposées, la guerre pour l'hégémonie mondiale. Il y a, d'un côté, le Jihad islamique - guerre sainte - avec ses mosquées, ses confréries maraboutiques et leurs soupapes politiques, et de l'autre, les croisades chrétiennes avec ses églises traditionnelles et éveillées, ses prêtres, ses pasteurs, véritables ou préfabriqués.
Et pendant ce temps, la société gabonaise ne fait que s'enliser dans la crise économique, sociale, culturelle, et surtout identitaire.