Suite aux perturbations enregistrées ces derniers temps sur les réseaux eau et électricité, notamment à Libreville et Owendo, nous nous sommes rapproché de M. François Ombanda, président du conseil d'administration de la Société d'énergie et d'eau du Gabon (SEEG) pour en savoir un peu plus sur ce dossier qui alimente depuis plusieurs jours les conversations. Lecture.
M. le président du conseil d'administration, comment expliquez-vous cette nouvelle vague de délestages d'électricité survenus du 24 au 25 février 2005 à Libreville et Owendo ?
François Ombanda : Permettez-moi tout d'abord d'adresser un message à nos clients, pour leur dire que nous sommes conscients des importants désagréments qu'ils ont connus, non seulement avec l'électricité, mais aussi avec l'eau, la semaine dernière.
Les délestages en électricité entre jeudi soir et vendredi soir, sont la conséquence l'explosion d'un transformateur sur la ligne principale de transport d'électricité entre la centrale de production de Kinguelé et Libreville. Cette panne est survenue à un moment de très forte consommation. Nos équipes se sont immédiatement mobilisées, et ont été à pied d'oeuvre toute la nuit de jeudi à vendredi et la journée de vendredi à remettre cette ligne en service dans l'intervalle, nous n'avons pu compter que sur la ligne secondaire qui alimente la ville. Nous avons fait le choix de procéder à des délestages tournants, c'est-à-dire distribuer de l'électricité à l'ensemble des quartiers à tour de rôle. C'est pour cela que les gens ont eu le courant pendant deux heures, et puis le courant est revenu quatre ou cinq heures plus tard ; le temps d'alimenter d'autres foyers. Dès vendredi soir, grâce à l'exceptionnelle mobilisation de nos agents, la situation était revenue à la normale.
Des coupures d'eau ont également été enregistrées, même si cela ne s'est pas manifesté dans les mêmes proportions.
-Vous avez raison de souligner que les difficultés sur la distribution d'eau n'ont pas eu les mêmes proportions, puisque ce sont là seulement 6 000 de nos abonnés, sur plus de 60 000, qui ont été affectés. le dis "seulement", mais je sais bien que six mille c'est encore trop !
Là, le problème est plus préoccupant parce que plus profond. Cette situation est un peu le prolongement de ce que nous avons connu, rappelez-vous, au mois de janvier. Cette situation difficile, nous en connaissons les causes : c'est le fait que la principale rivière ou nous puisons l'eau, la Nzémé, est presque tarie après plusieurs mois de baisse de la pluviométrie dans la région de Ntoum. Cela paraît incroyable, dans un pays humide comme le nôtre. Surtout qu'à Libreville, il a quand même plu ces dernières semaines. Mais vous l'avez constaté vous-même en venant à Ntoum : cette rivière est presque à sec. Que, voulez-vous ? Cette eau, nous ne pouvons pas l'inventer !
Cela dit, comme nous l'avons précisé en janvier, nous avons un problème au niveau de nôs équipements, et ça, c'est notre responsabilité ! En saison sèche normale, quand la Nzémé est tarie, nous puisons l'eau plus loin. Or, en cette période où nous ne devions pas en avoir besoin, une pompe de la station concernée est en réparation.
Mais justement, cette pompe était déjà en maintenance en janvier. Pourquoi n'a-t-elle pas été remise en service depuis ?
- Vous savez, ce n'est pas n'importe quelle pompe. Cet engin mesure 12 mètres de haut, pour un diamètre de plus d'un mètre. Les pièces défectueuses avaient été immédiatement commandées. Les délais de livraison, raccourcis au maximum, restent longs. La bonne nouvelle, c'est que ce matériel vient d'être livré. Nos équipes ont commencé à préparer le chantier. Mais cette opération est lourde et. complexe et réclame beaucoup de précision. Nous avons d'ailleurs fait venir des experts. Les travaux dureront un peu plus de dix. jours. C'est long, mais croyez-moi, nos équipes travaillent 24 h sur 24. D'ici là, si nous avons des niveaux de pluie normaux cette saison, nos clients seront normalement approvisionnés. Sinon, nous connaîtrons de nouvelles baisses de débit dans quelques quartiers, Nous anticipons cette difficulté pour que nos clients subissent le moins de désagréments possibles. Nos agents sont sur le terrain pour veiller, en connaissance de cause, en liaison avec les postes de contrôle. Nous avons une difficulté particulière sur la zone d'Owendo : son éloignement. Mais nos agents y travaillent.
Quel message lancez-vous à l'endroit des consommateurs gabonais, singulièrement ceux de Libreville et d'Owendo ?
-Nous savons que ce type de situation est très dur à vivre. Vous savez, nous-mêmes agents de la SEEG nous sommes directement concernés. Ma famille, mes amis, subissent cette situation. Nous savons, je sais que beaucoup de Librevillois ont souffert de cette situation.
La difficulté rencontrée en milieu de semaine sur l'électricité est résolue à court terme. Bien sûr, nous travaillons à ce qu'elle ne se reproduise pas. Nous avons déjà commandé une dizaine de transformateurs neufs. Ils ont été livrés. Nous allons les mettre en place dans les prochains jours, en prenant bien d'effectuer les travail aux périodes les moins gênantes pour nos clients. Cela nous donnera une plus grande sécurité pour les pics de consommation comme celui que nous avons connu la semaine dernière, où nous avons atteint des niveaux record. La demande augmente très fortement, nous nous employons à nous y adapter.
Quant à la difficulté, plus complexe de l'eau, je viens de vous le dire, les moyens ont été mobilisés. Nous lançons un appel à nos clients pour que dans les prochains jours, ils maîtrisent leur consommation d'eau, afin de préserver les réserves fragiles que nous avons pu reconstituer avec les pluies de la nuit dernière. Souhaitons qu'il pleuve encore !
Mais si la pluie devait encore être insuffisante d'ici la remise en service de la pompe, nous trouverons les moyens de ne pas laisser nos clients habitant dans les quartiers les plus affectés dans la pénurie totale. Nous envisageons, par exemple, de recourir à l'utilisation de camions-citernes d'eau potable envoyés dans les quartiers. Bien évidemment, si nous devions y recourir, ce serait à titre tout à fait exceptionnel, ponctuel et très ciblé sur les quartiers les plus en difficulté. Enfin, au-delà de la remise en service de la pompe défectueuse, nous anticipons la saison sèche nous avons d'ores et déjà commandé une pompe flambant neuf, qui viendra compter notre dispositif de Ntoum avant juin prochain.