Le projet suscite beaucoup d'espoir. Il permettra d'améliorer les conditions de vie, dans les domaines de la santé, de l'habitat et des transports, d'une partie importante de la population, soumise aux aléas des inondations et des eaux usées déversées librement en surface faute de réseau d'évacuation structuré.
LE choc des images présentant les zones sinistrées, l'importance des dégâts dans les ménages: les reportages de la presse nationale ont rivalisé pour souligner l'ampleur des inondations provoquées par la pluie diluvienne tombée sur Libreville dimanche 19 février, et l'urgence de solutions appropriées susceptibles de répondre à la mesure du fléau.
Libreville les pieds dans l'eau après une grande pluie, le phénomène est récurrent, en particulier dans les quartiers spontanés en raison du manque de réseau d'évacuation structuré. La presse en fait régulièrement ses choux gras. Emues par la situation, des autorités ont, il y a plusieurs mois, pris le problème à bras-le-corps, en initiant un programme d'assainissement prioritaire des eaux pluviales de Libreville.
Prévu pour démarrer au cours du deuxième trimestre 2004, le projet a accusé un certain retard, à tel point que les Librevillois commençaient déjà à perdre espoir et à parler d'un éléphant blanc de plus.
Mais aujourd'hui, les choses semblent aller dans le bon sens. « Le projet est complexe, il a nécessité des études de faisabilité, d'impact environnemental, socio-économique, institutionnelle et foncières», expliquent Bruno Leclerc, directeur de l'Agence française de développement (AFD) au Gabon, Aristide Ngari, directeur général adjoint de la Construction, et Ghislaine Poungui, directeur de l'Assainissement, qui pilotent ce dossier.
Selon ces trois responsables, les études d'avant-projet sommaire (APS) des trois bassins versants étaient terminées en avril 2004. Les avant-projets détaillés (APD), qui devaient être rendus six mois après, soit en octobre 2004, ont pris du retard du fait que le groupement de bureaux d'études a étudié l'ensemble du bassin de Batavéa et non simplement les drains principaux comme initialement prévu, afin d'avoir une vision d'ensemble des travaux à réaliser et ainsi mieux définir les priorités.
RÉUNION. Cette phase de travaux étant terminée, une réunion sera organisée aujourd'hui par le ministère des Travaux publics, de l'Equipement et de la Construction pour examiner avec le groupement de bureaux d'études le calendrier de remise des études définitives (avant-projets détaillés et dossiers d'appel d'offres de travaux).
Après la remise de ces dossiers et le lancement de la consultation des entreprises, les travaux devraient démarrer en septembre-octobre 2005.
« L'idéal serait que les travaux démarrent durant la saison sèche mais l'opération est délicate., il faut donc aller étape par étape pour que les choses se passent bien » prévisent Mme Poungui et MM. Leclerc et Ngari.
Des études ont été menées en parallèle pour définir exactement la liste et le montant des indemnisations à verser aux ayants droit (300 familles sont concernées par les expropriations dans la seule zone de Batavéa) en raison des expropriations à mettre en oeuvre pour réaliser les travaux.
La campagne de sensibilisation et de règlement de ces indemnisations débutera le mois prochain. Concernant la zone industrielle d'Oloumi, la mairie de Libreville mène des actions de son côté avec les entreprises pour la réalisation de travaux prioritaires.
La direction générale de la Construction du ministère des Travaux publics est associée à ces actions.
Pour le contrôle des travaux, la direction générale de la Construction du ministère des Travaux publics a lancé une consultation restreinte à la mi-2004 et le contrat vient d'être attribué.
Le programme d'assainissement prioritaire des eaux pluviales de Libreville permettra au gouvernement d'apporter une réponse rapide et visible à la Lutte contre l'insalubrité urbaine et d'amorcer efficacement la relance de la politique d'assainissement dans la capitale sur ses trois bassins versants principaux.
PRINCIPAUX VOLETS. Le projet comporte trois volets principaux :
• L'aménagement et la réhabilitation d'un programme prioritaire de 14 km de drains primaires dans les trois bassins versants centraux de Batavéa, Sainte Anne-Arambo et Sainte Marie-Awondo, ainsi que le traitement de cinq points noirs et des points critiques dans la zone industrielle d'Oloumi. Des ouvrages de dégrillage et de pré-traitement des effluents jalonneront les drains primaires afin de limiter la diffusion des déchets et eaux usées drainées de l'amont vers l'aval.
• Un accompagnement social de sensibilisation des populations des bassins versants concernés aux règles d'hygiène et de santé.
• Un appui institutionnel structurant comportant :
- l'élaboration d'un schéma directeur de l'assainissement de Libreville,
- la mise en place d'un système pérenne de financement et d'entretien des ouvrages,
- une étude de pré-traitement des rets industriels et le contrôle de la qualité des effluents drainés le long des bassins versants,
- la rénovation des règles d'urbanisme et sanitaire visant la protection de 1 environnement urbain,
- le renforcement des capacités de maîtrise d'ouvrage.
COÛT DU PROJET. La maîtrise d'ouvrage est assurée par le ministère des Travaux publics, de l'Equipement et de la Construction représenté par la direction de l'Assainissement. La mairie de Libreville et le ministère de la Ville sont associés à` toutes les étapes opérationnelles et institutionnelles du projet. Le ministère de l'Habitat, de l'Urbanisme et du .Cadastre est en charge du déplacement des populations occupant les emprises du projet. Un comité interministériel, composé des ministères et entités concernés par les problèmes d'assainissement, est chargé de définir les besoins, les programmes et les règlements en matière d'assainissement: Il décidera notamment des modalités pratiques de financement de l'entretien des ouvrages.
Le coût du projet a été estimé à 21,9 millions d'euros, soit environ 14,366 milliards de francs - dont 7,9 millions d'euros (environ 5,182 milliards de F) sur fonds propres de l'Etat gabonais et 14 millions d'euros (environ 9,184 milliards de F) issus d'un prêt négocié auprès de l'AFD – et son exécution est planifiée sur cinq années à partir de 2004. Outre le financement sur prêt AFD, le Gabon prend en charge sur fonds propres les
impôts et taxes ainsi que le coût de libération des entreprises concernées par les travaux.
Le projet bénéficie par ailleurs d'une assistance technique du ministère français des Affaires étrangères, en appui à la direction générale de la construction du ministère des Travaux publics, de l'Equipement et de la Construction.
Il contribuera à élaborer et à mettre en place une politique à sectorielle cohérente de l'assainissement des eaux pluviales et, en particulier, à pérenniser les actions entreprises en établissant des mécanismes financiers et techniques durables d'entretien des ouvrages.
Le projet aura un fort impact sur le fonctionnement urbain et sur la santé des habitants de Libreville. Il permettra la réduction de la propagation des déchets urbains vers la mer.