Ils jugent les articles 5 et 7 de la loi 1185 préjudiciables à leurs intérêts.
LA rentrée solennelle du barreau du Gabon est l'occasion, pour le bâtonnier, non seulement de faire état des réalisations et des projets de l'ordre des avocats, mais également de se prononcer sur les questions relatives à la justice. Vendredi dernier au palais de justice de Libreville, Me Justin Taty a exprimé les inquiétudes que certaines dispositions de la loi régissant la profession d'avocat inspirent aux membres du barreau.
Ce sont principalement les articles 5 et 7 de la loi 1 /85 qui posent problème. Le premier donne aux avocats étrangers d'un pas accordant la réciprocité la possibilité de plaider devant les juridictions gabonaises, à condition que le bâtonnier ait été informé de leur démarche. La seconde disposition permet aux mêmes avocats d'exercer en qualité de collaborateur attaché à une étude dont le titulaire est un avocat de nationalité gabonaise, ou en qualité d'associé à un avocat national, dans le cadre d'une société civile professionnelle.
Le bâtonnier estimé que l'application de ces deux textes met à nu des lacunes préjudiciables aux avocats gabonais. «Les avocats étrangers répugnent à plaider devant nos juridictions où l'élection de domicile dans un cabinet local est obligatoire, pour investir le domaine plus rémunérateur du secteur publique», aurait remarqué Me Taty.
Le bâtonnier s'inquiète aussi du fait que ses confrères venant d'autres cieux sont dispensés de l'obligation de signaler leur présence au bâtonnier. Ces derniers ne sont pas non plus tenus de domicilier leurs prestations auprès d'un cabinet d'avocat gagnais.
Pour Justin Taty, les failles relevées dans les deux articles cités ci-dessus portent également préjudice à l'État. Les finances publiques, fait-il remarquer, se trouvent ainsi privées de recettes fiscales importantes. Et l'avocat de déplorer le non-respect du principe de la réciprocité par certains Etats.
INQUIÉTUDES* L'intervenant a énuméré les inquiétudes de sa corporation en présence de plusieurs personnalités politiques et administratives, dont le vice-président de la République, Didjob Divungi Di Ndinge, représentant le chef de l'État, et du ministre de l'Immigration et de la Sécurité publique, Pascal-Désire Missongo, représentant sa collègue de la justice. L'avocat gabonais a regretté que les préoccupations des ses confrères locaux n'aient pas été prises en compte dans la nouvelle loi, laquelle est en voie d'adoption.
Avant de faire le point sur les réalisations du barreau, le bâtonnier a déploré la lenteur de la justice dans notre pays et les traitements inhumains infligés aux prévenus et aux coupables •«Cette situation est inacceptable dans un Etat qui a affirmé son ancrage dans la démocratie et qui a pris fait et cause en faveur de adoption de la Charte des droits des détenus», a-t-il soutenu.
En ce qui concerne les réalisations, Me Taty s'est réjoui principalement de la campagne de communication visant à mieux faire connaître la profession d'avocat. Quant aux projets, le barreau envisage la construction de la maison de l'avocat, la création d'un site Internet et la mise en place de la caisse des règlements pécuniaires des avocats du Gabon. Celle-ci a pour but de «recréer la confiance, indispensable, du justiciable envers l'avocat».
En effet, a reconnu le bâtonnier, il y a une crise de confiance entre l'opinion et le professionnel du droit. C'est pourquoi, charité bien ordonnée commençant par soi-même, il s'est voulu critique envers ses confrères gabonais, de plus en plus auteurs d'actes blâmables. Y coin ris en totale violation de la déontologie.
Dans la dénonciation des dévoiements des avocats, Justin Taty a été précédé par Me Pierre-Louis Agondjo Okawé. L'ancien bâtonnier (de 1976 à 1980) est intervenu après avoir reçu la médaille, la première du genre, de reconnaissance des membres du barreau du Gabon.
HOMMAGE. C'est Me Marlyse Issembé qui a été chargée de prononcer l'hommage de la profession à Me Agondjo Okawé. La première avocate gabonaise a énoncé les trois principales qualités de l'avocat, celles-là même qui ont valu au récipiendaire sa réputation : l'audace, le sang-froid et le savoir.
Mais, selon Me Issembé, l'ancien bâtonnier y ajoute la modestie. L'avocate n'a pas manqué de retracer le parcours multidimensionnel, à tout le moins impressionnant, de Pierre-Louis Agondjo Okawé. Sans omettre les heurs et malheurs de l'enseignant d'université, chercheur et homme politique.
La rentrée solennelle du barreau s'accompagnait de la conférence du stage. Avec une éloquence prometteuse (c'est le critère fondamental), le premier secrétaire de cette instance, Floris-Pierre Augé (un avocat stagiaire), a donné sa conception de l'avocat du barreau du Gabon.
Selon lui, le trait dominant doit être l'attachement à la confraternité, qui est comparable au sentiment d'appartenir à une même famille. Aux qualités énumérées par Marlyse Issembé, l'avocat stagiaire a ajouté le dévouement vis-à-vis du client.
Par ailleurs, le jeune Augé a esquissé le portrait de l'avocat de demain. Epris de justice, soutient-il, celui-ci pourrait se voir confier l'administration d'une société, pour prévenir les conflits. inhérents au monde du travail.
Pascal-Désiré Missongo, quant à lui a promis d'être le fidèle interprète des avocats auprès du garde des Sceaux. Non sans rappeler la sollicitude du chef de l'État, président du Conseil supérieur de la magistrature, à l'endroit de la famille judiciaire, il s'est dit optimiste s'agissant des réaménagements sur la loi 1 /85. Au nom du gouvernement, il s'est associé aux avocats pour rendre hommage à Me Agondjo Okawé, qu'il considère comme un repère dans la profession.