Ce thème, à l'ordre du jour de la rentrée du Barreau du Gabon, a fait l'objet d'une conférence-débat animée par un universitaire, qui a fait ressortir que la prolifération des religions peut être utile à la Nation, tout comme elle peut lui nuire du fait des influences que celles-ci exercent sur la société.
DANS le cadre de sa 11e rentrée solennelle, le Barreau du Gabon a eu lieu, hier dans la salle d'apparat du palais de justice de Libreville, une conférence-débat sur le thème "Prolifération des religions : acte de foi ou de désespoir". Cette conférence animée par Ignace Mesmin Ngoua Nguema professeur au département de sociologie de l'Université Omar Bongo, précédait les principales manifestations d'aujourd'hui, en particulier la prestation de serment des avocats, sous le parrainage de Me Pierre- Louis Agondjo Okawè, ancien bâtonnier, et la cérémonie solennelle de rentrée. Déjà, hier après-midi, il était prévu des consultations gratuites au palais de justice et à la mairie d'Owendo.
S'agissant de la conférence-débat, Ignace-Mesmin Noua Nguema a, d'entrée précise que les églises poussent au Gabon comme des champignons, au point qu'aujourd'hui, on recense plus de 1 070 églises éveillées, soit une moyenne de 22 au km2. De surcroît, 4 à 5 voient le jour chaque mois. D'où la question de savoir si les Gabonais étaient devenus très pieux ?
Le conférencier après avoir cerné les tenants et les aboutissants de la naissance de ces églises, s'est attaché à analyser leur mode de gestion, leur fonctionnement et le sens du message qu'elles véhiculent par rapport à la vie et la Constitution de la nation gabonaise. D'autant que parmi cette myriade de maisons de culte, 250 seulement sont reconnues. Les autres exerçant dans l'illégalité totale.
En faisant l'historique de l'émergence des églises dans notre pays, le conférencier a indiqué que leur origine avait une connexion avec le colonialisme, dans la mesure où la religion a permis aux doctrines politiques d'avoir un pouvoir sur la société. Et le Gabon, comme les autres pays, n'est pas resté. en marge. Il a vécu aussi la mouvance des croyances et des pratiques religieuses.
Cependant les églises éveillées ont établi un système de manifestations physiques, de forte émotion collective. Des éléments que ces groupes tentent d'adopter et d'intégrer dans leur propre cohérence. Et le conférencier de faire ressortir une évidence: la prolifération des églises par l'accélération du changement social et culturel est favorisée par la modernité et son corollaire d'urbanisation, le recul de la tradition et la destruction de la cellule familiale.
Sur le plan politique, Ignace Mesmin Ngoua Nguema a indiqué que les messages des responsables de ces églises sont multiformes. Il en résulte une forme de complémentarité des discours dans une logique de clientélisme politique. Mais encore, le discours religieux est porteur d'un message politique, du fait qu'il est axé sur la subversion.
La violence des diatribes vis-à-vis des modes de gestion et d'organisation politique en vigueur dans la société gabonaise explique que les doctrines des églises se situent dans l'axe du refus de l'ordre institutionnel actuel.
Pour éclairer cet aspect, le conférencier s'est appuyé sur la contestation du discours contradictoire dans le contexte de pensée unique que les églises ont récupéré, à la lumière des difficultés économiques et sociales.