Inquiets, les ressortissants de ce canton du département de Bendjé, qui n'ont plus de nouvelles de leurs parents depuis deux mois, se sont réunis samedi dernier au siège du Conseil départemental de Bendjé, en vue de trouver des voies et moyens devant permettre de rouvrir une voie obstruée sur plus d'un kilomètre. Leurs regards sont tournés vers le gouvernement et les généreux donateurs.
POUR que la prochaine fête de l'Indépendance soit couronnée de succès à Omboué, nous devons ajouter dans nos besoins le bitumage de l'Ogooué." Une boutade lâchée dans les couloirs, par un habitant du chef-lieu du département d'Etimbwé venu prendre part à Batanga, dans le même département, à la cérémonie d'inauguration d'une salle de classe construite par la société pétrolière Perenco S.A.
Si l'utopie pouvait devenir réalité, sans doute les populations du lac Anengué (département de Bendjé) réclameraient aussi l'asphalte de leur lagune. Et pour cause ? Depuis quelques années, elles sont souvent prisonnières des papyrus (plantes à longues racines rampantes) qui bouchent leur lagune sur plus d'un kilomètre, comme c'est le cas à l'heure actuelle.
En effet, voici deux mois déjà que les 1800 habitants d'Anengué sont coupés du reste du monde. La lagune conduisant chez eux et qui constitue la seule voie d'accès est fermée par des papyrus. Du coup, ils ne peuvent plus se ravitailler en produits de première nécessité comme le savon, le pétrole, le riz, encore moins se faire soigner en ville. Les ressortissants de la contrée, résidents dans la capitale économique, se montrent très préoccupés par une situation aussi grave, mais qui semble ne pas émouvoir grand monde.
Ils se sont réunis le 29 janvier dernier au siège du Conseil départemental de Bendjé, sous la direction de Paul Moukétou, ancien président de PétroSport, en vue de trouver des voies et moyens pour démêler l'écheveau. Les participants à cette rencontre ont passé en revue les moyens matériels, humains et financiers à mettre en branle.
Aux dires du président de séance, il leur faudrait environ 20 millions de francs en carburant. De ce fait ils préconisent une rencontre avec le gouverneur de province, Joseph lckamba, qui pourra à son tour, saisir le gouvernement, voire le chef de l'État. L'aide des opérateurs économiques et des bonnes volontés serait aussi la bienvenue.
La situation mérite, selon Paul Moukétou, qu'on fasse diligence. Car, en plus de libérer ces gens pris en otage, il faut dire également qu'une fermeture prolongée de cette voie peut entraîner la pénurie de certaines denrées alimentaires dans les marchés de Port-Gentil.
Celle-ci pouvant, également, occasionner la flambée des prix. Parce que, affirme-t-on, le lac Anengué est avec le Fernan-Vaz, le principal pourvoyeur de la cité en manioc et taro. On y exploite du bois et du pétrole dans la zone d'Orembokoto. Une situation à effets collatéraux.
Comme cette institutrice du coin venue à Port-Gentil pour prendre part à un séminaire qui est contrainte de prolonger, son séjour, à son corps défendant. Une absence qui pourrait avoir des répercussions négatives sur le niveau des élèves en fin d'année scolaire.
En attendant des solutions, les spéculations vont bon train. D'aucuns pensent que ce sont les génies qui sont en colère contre les mauvaises pratiques des villageois. D'autres, plus scientifiques, expliquent que la lagune est parsemée d'îlots de papyrus. Lorsqu'il y a tornade ou un vent violent, ces îlots se déplacent en suivant le courant vers l'Ogooué.
L'embouchure étant étroite, un premier îlot va s'accrocher, puis un deuxième jusqu'à former un bouchon de plusieurs centaines de mètres. On apprend que pendant que les "scientifiques" cherchent des solutions en ville, les villageois, qui soutiennent la thèse mystique des génies, se mobilisent à leur manière. Afin de conjuguer, le moment venu, les efforts qu'on appelle de tous les voeux. Comme quoi, tradition et modernisme peuvent faire bon ménage en matière de recherche de solution à un problème donné.
L'essentiel est que chaque partie joue sa partition afin de sortir de l'impasse nos infortunés compatriotes.