Les projets de parcs nationaux du Gabon, lancés en fanfare en 2002 lors de la grand messe verte du sommet de la Terre, avancent à tout petits pas, englués dans les contraintes administratives, les soucis de financement et la persistance d'habitudes peu écologiques.
Devant le parterre de chefs d'Etat et de défenseurs de l'environnement réunis à Johannesburg en 2002, l'annonce du président Omar Bongo Ondimba avait été saluée comme une divine surprise. Pour la première fois en Afrique, un pays décidait de préserver intégralement la faune et la flore de 11% de son territoire, au coeur de la deuxième forêt tropicale du globe.
"C'est une des actions de protection de la nature les plus courageuses de ces dix dernières années", exultait alors le président de la Wildlife Conservation Society (WCS) américaine, le Dr Steven Sanderson.
Mais deux ans après leur création sur le papier, les treize parcs nationaux peinent à se concrétiser. Seules les réserves qui existaient avant 2002 accueillent quelques "écotouristes", les palétuviers du parc d'Akanda (nord-est, proche de Libreville) continuent à tomber sous les coups de machettes et les "quads" pétaradent toujours au milieu des tortues de celui de Pongara, sur la rive gauche de l'estuaire du Komo, en face de Libreville.
"Le Gabon a dit un oui de principe à la conservation", constate le président de l'ONG Brainforest, Marc Ona Essangui, "mais nous n'avons pas encore vu l'ombre d'une mesure concrète sur le terrain".
Installé en 2003 à la tête du Conseil national des parcs nationaux (CNPN), René-Hilaire Adiaheno reconnaît volontiers que son ouvrage ne présente encore qu'une "très légère visibilité". "C'est un travail de longue haleine mais le mouvement est en marche", assure-t-il.
Actuellement en gestation, un projet de loi devrait bientôt fixer les règles de fonctionnement des parcs. Et surtout permettre d'y installer un embryon d'administration.
"Nous sommes en train de créer une agence de gestion des parcs et ce n'est pas une petite affaire. Cela a pris trente ans aux Etats-Unis", plaide Lee White, le responsable de la WCS au Gabon, maître d'oeuvre de l'opération. "Mais nous avons fait de gros progrès", asure-t-il, "même si nous sommes freinés par des questions d'effectifs et de ressources".
Selon M. Adiaheno, seuls 280 millions de francs CFA (427.000 euros) ont ainsi été affectés en 2004 par l'Etat gabonais à ses parcs nationaux. Alors que leur budget de fonctionnement devrait tourner autour de 7,5 milliards FCFA (11,5 millions d'euros) par an.
"Le financement est un problème récurrent", concède le président du CNPN. "Le Gabon ne peut pas tout payer, il nous faut des partenaires extérieurs. Mais pour l'heure, ils attendent la mise en place du cadre juridique qui pérennisera leurs investissements".
Plus encore que de ce manque de ressources, les ONG s'inquiètent de la persistance dans les forêts gabonaises de pratiques peu compatibles, selon elles, avec la protection de la biodiversité.
"Le gouvernement continue à accorder des permis de prospection minière dans les parcs (...) et des compagnies forestières y coupent toujours du bois", accuse Marc Ona Essangui. "Ce qui est en totale contradiction avec les discours officiels sur la protection".
"Ces permis existent, c'est vrai. Mais nous avons fait le choix de la conservation et nous l'assumerons", promet René Hilaire Adiaheno. "L'Etat pourrait déclasser un parc pour cause de promesses minières mais ce serait un très mauvais signal à l'heure où nous devons encore convaincre beaucoup de gens que notre projet n'est pas qu'un slogan politique".
Malgré toutes ces difficultés, Lee White, lui aussi, est optimiste. "Je sens un grand soutien politique et beaucoup d'enthousiasme. Ces parcs sont uniques en Afrique centrale", dit-il. "Un jour, ils serviront de modèle".