Sur instruction du président de la République, une mission gouvernementale et parlementaire, conduite par le garde des Sceaux, Honorine Dossou-Naki, est allée se rendre compte de l'état de l'obstruction de l'embouchure 0wonga en vue d'une solution.
LUNDI 7 février 2005. Un hélicoptère de l'armée de l'air, un Puma, atterrit en milieu de matinée dans la petite cours de l'école publique d'Issinga, chef-lieu cantonal du Lac Anengué, à environ 90 kilomètres de Port-Gentil, la capitale économique. Le village donne l'impression d'être vidé de sa population. Une impression seulement. Les premiers à se montrer aux visiteurs sont les écoliers et leurs maîtres. Suivront ensuite les villageois alertés par le bruit assourdissant de l'hélicoptère.
Invariablement, les besoins des personnes rencontrées revenaient aux mêmes choses : le pétrole, le sucre, le sel, le savon... Bref, ces produits de première nécessité, ces "petits rien" dont on ne peut se plaindre lorsqu'on a la possibilité de se les procurer, mais vitaux dès qu'on en arrive à en manquer. Les plus pessimistes redoutent surtout la maladie. Ils se demandent comment évacuer un malade sur Port-Gentil toute proche alors que l'unique voie fluviale conduisant vers la capitale économique est obstinée depuis plus de deux mois par des îlots de plantes aquatiques (roseaux, papyrus etc.) sur une distance de plus de deux kilomètres sur l'eau ?
C'est donc des populations en détresse (on parle d'un regroupement d'une trentaine de villages avec environ 3000 âmes qui y vivent) que la délégation gouvernementale et parlementaire conduite par le garde des Sceaux, ministre de la justice, Honorine Dossou Naki, a rencontrées lundi dernier.
Outre les élus nationaux et locaux qu'elle comprenait, cette mission d'inspection commise par le président de la République, Omar Bongo Ondimba, lors du dernier Conseil des ministres du 3 février courant, était élargie aux cadres ainsi qu'au gouverneur de l'Ogooué-Maritime, Joseph Ickamba. Cette délégation comprenait également des représentants des ministères de l'Intérieur, de la Défense nationale et de la Marine marchande.
CELLULE DE CRISE. C'est le garde des Sceaux, chef de la délégation, qui a porté aux populations enclavées le message de réconfort du chef de l'Etat qui a demandé à ce qu'un compte rendu fidèle de l'état dès lieux lui soit fait afin que «les mesures urgentes qui s'imposent soient prises.» Ce qui justifie la présence, dans la délégation venue de Libreville et de Port-Gentil, des techniciens d'une société connue pour son expertise dans le domaine du désenclavement aquatique.
«Vous n'êtes pas abandonnés» a, d'emblée, tenu à faire savoir Mme Dossou Naki aux populations massées. Elle a ajouté qu'un t'el phénomène naturel - qui n'arrive pas pour la première fois- dans cette région concerne non seulement les populations d'Anengué mais également celles de l'Ogooué, de Bendjè, de l'Ogooué-Maritime, mais aussi l'Etat.
Tout en invitant les populations à «faire confiance aux plus hautes autorités du pays », le garde des Sceaux les a rassurées : «des solutions appropriées seront trouvées dans les meilleurs délais pour que l'isolement dont vous êtes victimes aujourd'hui ne soit plus qu'un triste souvenir demain.» Pour ajouter au réconfort moral apporté aux populations, la membre Dossou Naki a, séance tenante, remis aux populations prisonnières des plantes aquatiques une somme d'argent pour faire face à certaines nécessités vitales.
C'est par la voix de Paulin Narcisse Ntchango Ossouami, vice-président du Conseil départemental de Bendjé, que les populations ont exprimé leurs remerciements et leur reconnaissance à la délégation envoyée par le chef de l'Etat, Omar Bongo Ondimba. Le souhait de ces populations, c'est simplement de voir les choses aller vite pour les sortir de leur isolement.
Pour hâter justement le dossier, une cellule de crise provinciale a été mise sui pied le jour même lors d'une séance de travail à Mpaga village. Elle devait commencer son travail le soir même au siège du conseil départemental de Bendjé pour recueillir et examiner en urgence l'ensemble des dossiers des sociétés - nombreuses - intéressées par le désenclavement de l'embouchure du lac Anengué. En sus d'une proposition sur l'aménagement intégral et pérenne de la zone sinistrée, chaque candidature devra être assortie d'une offre d'ouverture rapide de l'embouchure obstruée afin de parer au plus pressé: libérer plus vite les populations prisonnières des plantes aquatiques. Ici les critères coût et délais primeront. C'est samedi matin que devra se faire à Port-Gentil l'analyse de l'ensemble des offres. Et après, les choses devront normalement aller beaucoup plus vite comme le souhaitent à la fois les populations et les plus hautes autorités du pays.
La colère des génies
L'ENCLAVEMENT actuel du lac Anengué pose avec acuité le problème des solutions pérennes pour ce phénomène naturel provoqué par l'étroitesse de l'embouchure d'Owonga qui débouche sur l'Ogooué. Du fond du lac Anengué, des îlots de plantes aquatiques (roseaux et papyrus essentiellement) se détachent régulièrement par grappes entières pour se diriger vers la sortie du lac, au gré du courant qui malheureusement n'est pas assez fort en aval pour entraîner l'ensemble des rameaux qui s'enchevêtrent à la sortie du lac.
La récurrence du phénomène que certains autochtones assimilent volontiers à la colère des génies a amené d'aucuns à envisager non seulement une grande ouverture de l'embouchure Owonga mais également un aménagement fond du lac pour empêcher le détachement de ces îlots de roseaux et de papyrus vers l'intérieur et la sortie du lac.
D'autres aussi pensent qu'en dehors de l'ouverture d'un passage, il faut créer des courants pour faire naviguer plus facilement les îlots des plantes qui tiennent régulièrement prisonniers des populations impuissantes.
Dans tous les cas, la cellule de crise provinciale mise sur pied lundi à Mpaga-village devra orienter ses conclusions vers une solution pérenne. Peut-être calmera-t-on à jamais la colère des génies ...