Souvent montré du doigt comme l'une des principales destinations des enfants-esclaves africains, le Gabon vient de se doter d'une loi qui devrait lui permettre d'engager véritablement la lutte contre les trafiquants qui continuent à prospérer sur son territoire.
Promulgué fin septembre par le président Omar Bongo Ondimba, ce nouveau texte interdit spécifiquement toute forme d'exploitation des mineurs et accorde aux forces de l'ordre, aux magistrats et aux fonctionnaires gabonais des pouvoirs de contrôle et d'enquête renforcés.
"Avant cette loi, il existait un vide juridique qui rendait très difficiles les poursuites contre les trafiquants", explique la ministre déléguée à la Famille et à la Protection de l'enfance, Angélique Ngoma. "Désormais, nous disposons d'un arsenal efficace".
"Jusque-là, il fallait se débrouiller. Et si le trafiquant avait un bon avocat, il réussissait souvent à passer entre les mailles du filet", confirme Salaou Lassoukto, du Collectif des ONG contre le trafic des enfants (Cocte). "Ce texte devrait changer pas mal de choses".
"C'est l'aboutissement de deux ans d'efforts", se réjouit Louise Mvono, responsable du dossier à l'Unicef, l'agence des Nations Unies chargée de l'enfance. "Le Gabon rattrape enfin son retard sur d'autres pays, notamment ceux d'Afrique de l'Ouest".
Très longtemps, Libreville a fait figure de maillon faible dans la lutte contre la traite des enfants. Véritable aimant régional, la capitale de "l'émirat" gabonais a attiré, selon les estimations des ONG, jusqu'à 25.000 de ces enfants, la plupart venus du Bénin, du Togo ou du Nigeria, pour être employés illégalement comme domestiques ou commerçants.
Ce manège s'est poursuivi pendant de longues années sous l'oeil indifférent, voire bienveillant, de la population locale ravie de pouvoir profiter de cette main d'oeuvre gratuite, taillable et corvéable à merci.
Ce n'est qu'à partir des années 2000-2001 que les autorités gabonaises, aiguillonnées par les critiques, ont reconnu du bout des lèvres abriter une partie du trafic et décidé de s'y attaquer de front. Campagnes d'information, conférences internationales et maintenant une loi, la cause des enfants s'est lentement imposée parmi les priorités des autorités.
Signe de cette évolution, le centre d'appel téléphonique gratuit lancé l'an dernier pour venir en aide aux mineurs exploités est un succès. "Nous traitons chaque semaine une dizaine de cas", indique sa directrice, Jeanne Nyalendo. "Les gens ont pris conscience de la gravité du phénomène".
Mais, de l'avis même des autorités, la loi ne suffira pas à éradiquer le trafic. "Il faut aller au-delà de la chasse aux trafiquants", assure la ministre Ngoma. "Nous devons organiser le retour rapide des enfants dans leur pays car les garder chez nous motiverait la poursuite du trafic. Et pour ça, nous avons besoin de l'aide internationale".
Plus qu'une loi, les associations elles aussi attendent des moyens. "La loi est belle mais il faut qu'elle entre vite en vigueur et, surtout, qu'elle soit accompagnée d'un véritable engagement financier", prévient Louise Mvono.
"Nous avons un peu peur d'être submergés par les nouveaux cas que la loi va permettre de débusquer", redoute même Salaou Lassoukto. "Car faute de ressources suffisantes, nous ne pourrions pas accueillir toutes les victimes. Et cela n'aurait alors servi à rien..."
"J'attends de la nouvelle loi qu'elle motive les bailleurs de fonds et accélère la prise de conscience de tous", espère lui aussi Justin Ayong, du Bureau international du travail (Bit). "Car, même si le trafic est aujourd'hui moins visible que par le passé, nous savons qu'il continue à prospérer plus discrètement. Rien n'est encore gagné".