Les cimetières, de la capitale ou de l'intérieur du pays, reçoivent de plus en plus la visite d'inquiétants personnages aux mobiles douteux.
SI dans leur majorité, lors de la célébration de la Toussaint, le 1er novembre dernier, les Librevillois ont tenu à rendre manifeste leur respect des morts, il n'en demeure pas moins que cette fête apparaissait plutôt comme une opération de rachat. A voir les uns et les autres s'empresser de refleurir une tombe, remettre en état en une dalle, nul ne serait à même d'imaginer qu'un acte de vandalisme pourrait être perpétré en ces lieux de repos qui n'est plus éternel.
Profanation de sépulture - voici une expression qui peut-être ne dira rien à certains, mais en fera frémir d'autres: Toutefois, au-delà de son évocation et des réactions qu'elle suscite, la réalité demeure brutale, implacable. S'imposant à nous même lorsque l'on désire l'ignorer.
L'ancien cimetière municipal, situé dans le 1er arrondissement (entre les feux tricolores des Charbonnages et la résidence privée du chef de l'Etat), a été récemment le théâtre d'un évènement peu ordinaire. En ce lieu livré de nouveau à la nature qui y a repris ses droits; le propriétaire d'un lopin de terre annexe, l'on ne sait trop pourquoi, a entrepris d'en grignoter quelques mètres. Pour des raisons qui lui sont propres.
Vraisemblablement, la décision d'agrandir sa parcelle a certainement été motivée par l'absence de tombes bien en évidence et de croix visibles. Donc, sitôt pensé, sitôt exécuté. Des monticules de terre furent rasés, des trous pour planter des poteaux furent creusés, etc. Seule une tombe encore intacte, unique iceberg au milieu de l'océan de verdure, opposa une résistance silencieuse à celui qui s'en prenait à son environnement. Mise au courant de la situation, la famille du disparu intervint pour exiger l'arrêt des travaux. Qui cessèrent immédiatement. Cependant, le mal était fait.
L'autre site d'Ambowè est également soumis à un traitement similaire. Abandonné depuis des lustres, ces lieux offrent le même spectacle navrant. Croix renversées, tombes livrées aux gestes insensés des passants, dalles cassées, etc. Seules les sépultures construites en matériaux modernes laissent encore deviner l'ancienne destination de l'endroit. Non loin, se profilent les toits des habitations qui inexorablement semblent empiéter sur le périmètre de l'ancien cimetière municipal.
A ces cas s'ajoute celui de Bikélé déjà relaté dans nos colonnes. Dans ce village situé à 18 kilomètres de Libreville, la famille de Christophe-Hervé Engone découvrait, effarée, le 15 octobre dernier; que le cercueil du défunt avait été subtilisé par des inconnus. Et puisque, selon toute vraisemblance, aucun membre de la famille n'avait ordonné une exhumation, et qu'une plainte a été déposée auprès du tribunal de Libreville, le sacrilège est évident. Pour, cette affaire révélée au grand jour, combien d'autres sont de toute évidence passées sous silence ?
De toutes les façons, qu'il soit question de Bikélé ou d'Ambowè, tout acte qui constitue une atteinte préjudiciable au corps d'un défunt, à un monument commémoratif et à ses ornements, est une profanation. Et comme telle, tombe sous le coup de la loi et par ricochet du code pénal (lire par ailleurs).