Depuis bientôt une semaine, les principaux quartiers de la capitale sont confrontées à une pénurie d'eau. La fourniture de ce précieux liquide se fait de manière intermittente et rotatives, au grand dam de nombreux ménages qui éprouvent d'énormes difficultés à satisfaire les besoins domestiques. Pour s'approvisionner en eau potable, certains citoyens sont contraints de parcourir de longues distances ou de faire la toilette chez des proches habitants de quartiers approvisionnés momentanément.
CE dimanche matin, la ville est particulièrement enveloppée d'un brouillard lacté. La couverture gazeuse observée depuis déjà deux semaines semble épaisse. Sur les principales artères de la capitale, le trafic est moins important. Pourtant, dans les quartiers populaires, des processions d'enfants et de femmes se dirigent vers des fontaines publiques. De fait, Libreville a soif. Depuis bientôt une semaine, l'eau est devenue une denrée rare à la capitale. La fourniture de ce précieux liquide se fait désormais de manière intermittente et rotative.
Au quartier Avéa, la bousculade est de mise à la fontaine publique située à proximité de la route qui mène à Nkembo. Coupée la veille, l'eau vient d'y être rétablie. Mais pour combien de temps ? Assoiffés, les riverains y convergent avec des bidons, de seaux et d'autres récipients.
«Cela fait deux jours qu'on attendait de l'eau ici, relève une jeune femme. C'est une situation difficile à supporter». A mesure que le temps passe, la file d'attente s'allonge. D'autres riverains viennent s'approvisionner en eau potable. Les choses ne sont pas si simples.
Mus par un égocentrisme à fleur de peau, d'aucuns accaparent la pompe. Toute chose qui frustre et fâche. «Nous devons tous puiser de l'eau. La pompe n'appartient pas une seule personne ou à une famille», proteste une femme.
«S'il continue comme ça, je vais le buter pour, qu'il apprenne à respecter ses voisins», tonne son voisin qui pointe du doigt un jeune homme qui a décidé de remplir ses huit récipients avant de céder la place aux autres. Une chaude discussion s'engage aussitôt entre les deux garçons, qui paraissent avoir le même âge. Pendant ce temps, les plus petits profitent pour remplir leurs récipients.
Une dizaine de minutes vont encore s'égrener avant que la sérénité revienne à la fontaine publique. Arrivée sur les lieux, une femme d'une quarantaine d'années a fini par trouver un sésame : chacun va remplir à tours de rôles deux récipients avant de céder la place aux autres. La proposition est vite adoptés, l'objectif étant de contenter tout le monde. Il faut faire vite car l'eau peut être coupée à tout moment. Ceux qui finissent de remplir leurs récipient retournent immédiatement chez eux avant d' revenir. Un accent particulier est mis sur l'eau pour préparer le repas et faire la vaisselle. «L'eau que je viens de puiser va me servir à faire la cuisine. Je n'ai pu remplir que deux seaux. C'est vraiment insuffisant pour les besoins domestiques. Mais je n'avais pas d'autre choix parce qu'il fallait laisser aussi les autres s'en approvisionner», explique une autre jeune femme.
AFFRES DE LA PENURIE. Certains quartiers ne se sont pas réveillés du bon pied ce matin. Kinguélé, par exemple, est à sec. Pas une seule goutte d'eau ne coule à la fontaine publique située à la traversée de la passerelle reliant cet îlot de peuplement à Plein ciel. De temps a autres, des bambins y font de tour pour voir si l'eau coule déjà. II est onze heures mais nombreux sont ceux qui n'ont pas encore fait leur toilette, ce liquide vital étant devenue une denrée rare. «Je n'ai pas pu me rendre à l'église ce matin parce quel je n'ai pas trouvé de l'eau pour me laver. ]e ne pouvais pas aller si sale pour prier Dieu», observe un jeune lycéen. «Tout mon linge est sale. Je n'ai même pas pu laver ma tenue», ajoute sa sœur.
Manifestement, la pénurie irrite autant qu'elle désole les Librevillois. Pour contourner la difficulté, d'aucuns rallient d'autres quartiers pour aller prendre le bain chez un proche. D'autres ont acheté de gros récipients pour stocker une grande quantité d'eau. Les commerçants aussi en font les frais. Ils sont nombreux à subir les affres de cette pénurie.
«Je n'ai pas fait des glaces depuis hier. Je n'avais pas d'eau. ]e profite de les faire maintenant, comme l'eau vient d'être rétablie», souligne Sylvie Adiza, une jeune commerçante gabonaise installée au quartier Ancienne Sobraga. Les lavages auto, les briqueteries, les bistrots, etc , paient les frais de la coupure d'eau.
Dans des quartiers populeux comme Plein ciel, PK6, Pk7, Pk8 ou Nzeng-Ayong, les riverains ont parfois recours aux puits artisanaux pour s'approvisionner en ce liquide qui est source de vie. Malheureusement, ils courent les risques d'attraper des maladies de la peau ou la diarrhée, l'eau des puits n'étant pas traitée. A l'évidence, le malaise est amplifié par le manque des pluies dans la capitale. «Si nous étions en période pluvieuse, nous n'éprouverions pas trop de difficultés pour nous approvisionner en eau parce que nous recueillons parfois celle qui tombe du ciel», explique un patriarche à Terre Nouvelle. En somme, les citoyens habitant des immeubles ou d'autres maisons modernes sentent le poids de cette pénurie d'eau. Dans des milieux comme le campus universitaire, les hôpitaux et les bureaux administratifs, la situation n'est guère enviable dans les douches où les toilettes asséchées.