De plus en plus de personnes dans la capitale gabonaise se prévalent d'identités et de titres d'autrui, aux fins d'obtenir des services, y compris d'ordre financier. Un soi-disant procureur de la République vient de se faire prendre par les agents de la Coordination -générale des services spéciaux.
LES éléments de la Coordination générale des services spéciaux ont réussi, en début de semaine, à mettre la main sur un jeune compatriote qui se faisait passer pour un procureur de la République. Pamphil Minko Obame s'apprêtait à escroquer un dirigeant d'une entreprise privée de la place.
Sous l'identité de Bertin Méthoma (l'actuel doyen des juges au tribunal de première instance d'Oyem), le jeune compatriote de 23 ans se recommandait aux chefs d'entreprise. Ces derniers devaient l'embaucher en qualité de chauffeur-coursier.
Il a réussi à décrocher un emploi dans une société d'électricité. L'entreprise l'avait même envoyé sur son chantier de Koula-Moutou. De retour, Minko Obame a été mis au chômage technique, en attendant que la société obtienne de nouveaux marchés.
Et le jeune homme de se souvenir de la stratégie qu'il avait mise en oeuvre pour trouver un emploi. De son propre aveux, il s'est adressé à plusieurs chefs d'entreprise. Très chanceux, Minko a encore décroché une place, dans la succursale d'une multinationale qui a pignon sur rue dans le bâtiment.
Mais cette fois-ci, s'étant aperçu de l'efficacité de sa stratégie, le faux procureur de la République s'est laissé aller jusqu'à solliciter une aide financière auprès du dirigeant de la société.
Mal lui en a pris, car, pour avoir déjà été victime d'escroquerie et de braquage, ce patron est devenu très prudent. Il ne s'est donc pas fait prier pour alerter la Coordination générale des services spéciaux, dont les éléments ont appréhendé Pamphil Minko Obame.
Le chef d'entreprise en question a porté plainte contre le jeune homme pour tentative d'escroquerie. Le doyen des juges du tribunal d'Oyem entend aussi donner une suite judiciaire au délit commis par Minko, pour laver son honneur. Il a saisi le procureur adjoint de la République près le tribunal de première instance de Libreville.
Tout compte fait, les cas d"usurpation de titre, accompagnés d'escroquerie, sont de plus en plus nombreux à Libreville. Ici et là, on signale de faux contrôleurs de prix. Les agents de la direction générale de la Concurrence et de la Consommation sont débordés par les plaintes des commerçants. Les services de renseignements aussi.
Idem pour la direction de recouvrement de la mairie. De faux percepteurs de taxes municipales écument la capitale gabonaise. Leur arnaque se trouve facilitée par un réseau de fabrication de faux timbres municipaux.
On a également relevé des cas de faux journalistes s'étant livrés à l'escroquerie. Les coupables d'usurpation de titre poussent la témérité jusqu'à se faire passer pour des agents de la police judiciaire.
Force est de reconnaître que, tout flatteur vivant aux dépens de celui qui l'écoute, ils profitent de la naïveté de leurs victimes. Car, lorsque quelqu'un se prévaut d'un titre ou d'une fonction, la moindre des choses est de lui en demander la preuve: la carte professionnelle, par exemple.
Le cas échéant, un ordre de mission peut être exigé. Faut-il rappeler que «l'habit ne fait pas le moine» ?
En attendant que les citoyens acquièrent les moindres réflexes, les officiers de police judiciaire ont encore du pain sur la planche.