Sortis du périmètre urbain par leurs utilisateurs pour des besoins strictement personnels, ces moyens de locomotion se détériorent souvent à cause d'un mauvais usage.
TRISTE sort que celui souvent réservé aux véhicules administratifs dans notre pays. N'ayant consenti aucun sacrifice pour les obtenir, leurs utilisateurs n'en prennent pas souvent soin. Pourtant, l'Etat se saigne financièrement pour doter les différentes administrations des moyens roulants pour faciliter l'exécution de certaines tâches ou l'accomplissement des missions officielles. Mais rares sont les citoyens qui apprécient, à leur juste valeur, ces efforts.
Dans une large mesure, les véhicules administratifs sont toujours malmenés par leurs utilisateurs. Ceux-ci n'hésitent pas souvent de les sortir du périmètre urbain pour des besoins strictement personnels. Malheureusement, certains véhicules ne reviennent pas toujours intacts. A défaut de rester dans les ravins qui bordent la Nationale 1, certaines voitures regagnent Libreville cabossées et abîmées, conséquence d'un mauvais usage. Une petite randonnée sur la première voie de communication permet, en effet, de s'en rendre compte.
Le ballet de véhicules aux plaques d'immatriculation bleues est si impressionnant qu'il laisse parfois penser qu'il s'agit d'un cortège officiel. Pourtant, la réalité est toute autre. Les cadres de différentes administrations prennent leurs véhicules de service pour faire des escapades loin de la capitale. Quelquefois, ce sont leurs proches, à savoir les frères, les neveux, les oncles, les beaux-frères, les épouses ou les copines qui prennent le volant pour entreprendre une villégiature ou une simple balade sur la route nationale. Et le fait que les véhicules administratifs soient exemptés de tout contrôle favorise une certaine anarchie dans la gestion de ce patrimoine de l'Etat.
VÉHICULES DE COMMERCE• Même des citoyens non titulaires d'un permis de conduire n'hésitent pas à prendre les commandes d'une voiture à la plaque bleue, assurés qu'ils ne seront interceptés a aucun poste de contrôle. Généralement, ils roulent à une allure démentielle, les feux de détresse allumés comme s'ils escortaient une haute personnalité.
Certains fonctionnaires indélicats entreprennent des escapades avec des compagnes à qui ils veulent apprendre à conduire sur une voie qui est pourtant la plus fréquentée du pays. En pareille occurrence, les accidents de circulation ne sont pas à exclure.
Car, il s'agit d'un sujet qui ne maîtrise pas encore le volant. Ceux qui se disent des orfèvres en la matière profitent souvent du statut de leurs véhicules pour fouler aux pieds le code la route. Ainsi, se permettent-ils souvent d'effectuer un dépassement à un tournant ou sur un pont. De même, ils veulent coûte que coûte doubler un autre véhicule, même quand l'état de la chaussée ne permet pas une telle manoeuvre, ou en l'absence de toute visibilité.
Ce genre d'agissements fut à l'origine, en août dernier, d'un grave accident de la circulation près de Kan o. Un véhicule administratif à peine sorti de chez le concessi6nnaire avait fini sa course dans le ravin. Tous ses occupants furent grièvement blessés.
Et comme c'est devenu une seconde nature, l'utilisateur un haut cadre parti en villégiature dans le nord du pays - s'est empressé d'enlever la plaque d'immatriculation, afin que l'administration du véhicule ne soit pas identifiable.
En vain. Car roulant juste derrière, nous avons pu nous rendre compte qu'il s'agissait bien d'un véhicule du ministère de l'Education nationale.
Les exemples de ce genre sont nombreux sur la Nationale 1. Les véhicules administratifs sont malmenés à tel point qu'ils ne restent pas en circulation bien longtemps. Des fonctionnaires s'aventurent parfois à les transformer en véhicules de commerce, rivalisant ainsi avec les transporteurs informels dits clandos. Ainsi va la vie... sous l'Équateur.