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L'atonie gagne Libreville
 | Date: 24 Septembre 2002  | Réactions ()
Section: Société/Culture

Même des dossiers importants tels que les élections locales semblent incapables de retenir l'intérêt des habitants de la capitale

LA politique.? Ils s'en désintéressent. L'économie ? Bof Le football ? Sans plus. A quelques semaines des élections locales, les Librevillois semblent englués dans une atonie glaciale. Pourtant, à mesure qu'approchent à la vitesse de météore, ces consultations électorales le cercle de courtisons qui tiennent lieu d'états-majors politiques dansent la gigue. Depuis la publication du nouveau code électoral par le ministère de l'Intérieur, une certaine frénésie semble s'emparer du microcosme politique -national; Lequel affûte déjà ses armes.

Mais, le dossier électoral paraît aujourd'hui bien éloigné des préoccupations des habitants de la capitale. D'Okala à Ozounguet; en passant par les Charbonnages, Nzeng Ayong, Plein ciel, Beau Séjour, Lalala, Kinguélé, Rio, Akélé ou Nombakélé on ne pense qu'à une chose: où et comment trouver de l'argent. Depuis la dévaluation du franc CFA, l'inflation dévore les salaires. En cette période de rentrée scolaire, les citoyens aux faibles revenus tirent le diable par la queue.

 

.. «J'ai six gosses à scolariser cette année. Je n'ai pas encore payé un seul cahier. Je n'ai pas d'argent et ne sais pas ce que je ferai. pour e ce problème», souligne Pierre Niébana, un habitant de Plein-Ciel Bisseghé.

A en croire la litanie qui revient dans, presque toutes les conversations, on vivrait de plus en plus difficilement à Libreville. «J'éprouve davantage de difficultés à nourrir ma petite famille. Avant, on pouvait faire un marché de cinquante mille francs CFA par mois: Mais cette somme, ne suffit, plus aujourd'hui, souligne Albert Nanga, un jeune fonctionnaire. Au demeurant, toute la ville est fatiguée. Parce qu il n'y a pas d'argent, mais surtout parce que personne n'espère plus rien. .

La plupart des jeunes ont renoncé à chercher du travail. Ceux qui en ont ne croient plus aux vertus de la rigueur économique, ni aux discours sur les retombées positives des fameux plans d'ajustement structurel. La classe politique est soupçonnée de concentrer ses efforts sur son enrichissement personnel: la construction des villas dans des quartiers huppés et l'achat de véhicules haut de gamme attisent les rancœurs. «Les hommes politiques se battent pour leurs intérêts et non pour les causes, du bas peuple», estime pour sa part, Justin Moussavou, un jeune du quartier Lalala.

Dans une large mesure, les notions de sens civique et d'intérêt général se sont effritées au point de disparaître. L'individualisme est la règle, les solidarités classiques ont foutu le camp et nulle société civile n'est venue prendre le relais. Les familles éclatent, les enfants venus de l'intérieur du pays et du reste du continent sont souvent exploités. L'égoïsme bat son plein.. De pauvres hères agonisants dorment devant les grilles closes de tel ou tel ministère, sans que personne ne vole à leur secours.

PERTE DES NOTIONS DE SOLIDARITÉ • Au fil des ans l'on assiste à une véritable perte des notions de solidarité. Des sans domicile fixe meurent en pleine rue et leurs dépouillés restent des heures durant sur le bas-côté, sous le regard indifférent des passants. Il ne se passe plus une semaine sans que les chaînes de télévision locales ne montrent des images de macchabées abandonnés. «L'autre jour, en partant au travail le matin, j'ai vu un cadavre au Pk 5. Quand je suis venu à quatorze heures je l'ai retrouvé au même endroit», témoigne J.B, un agent de la sécurité pénitentiaire. «Ce sont des choses qu'on ne voyait pas fréquemment il y a dix ans. Je ne sais pas ce que notre pays est en train de devenir», conclut-il

Conflits interpersonnels, justice collective perte de valeurs morales, dépravation des mœurs, criminalité. Bref, Libreville d'aujourd'hui fait parfois penser à ces métropoles imaginaires configurées dans les films. «Je ne reconnais plus Libreville des années 80 quand je débarquais ici pour y passer mes vacances», avoue, désemparé, Joe Fred Madouta. Au hit parade des sentiments qui conditionnent le comportement des individus, la cupidité, la haine, la jalousie et la délation devancent largement la prodigalités l'amour et l'émulation.

Annoncée à grands coups de cymbales, la reprise économique permettra-t-elle une reprise en main des comportements individuels ? Rien n'est moins sûr. D'ailleurs, cette situation ne semble émouvoir personne, si bien que Libreville change chaque jour qui passe. Négativement. Les causes de ce grippage, telles qu'apparues au grand jour, sont la crise économique, la faillite financière, la paralysie administrative; la prévarication, la concussion, l'abaissement. des politiques, le chômage, l'exclusion et l'insécurité.

Au demeurant, la chose politique apparaît aujourd'hui comme la principale sinistrée de cette si troublante atonie librevilloise. On assiste, ces dernières semaines, à une étrange posture subversive: alors que jusqu'à présent, l'inscription sur les listes électorales relevait du parcours d'obstacles, désormais ce sont les Librevillois qui se font prier pour gagner le premier round des élections, selon la formule de différents courtisans.


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